mardi 12 juin 2012

Guerre monétaire : l’Allemagne est-elle l’idiote utile de ceux qui ont tout à gagner d’un éclatement de la zone euro ?


Bizarre de s'appeler Atlantico.fr et de publier un texte aussi anti-américaniste...
Excellente analyse en tout cas, où  JL Schaffhauser démontre bien la stratégie d'infection de l'Euroland par le virus des CDS, arme bactériologique dédiée à la préservation de l'hégémonie du dollar sur l'économie mondiale, ainsi que la complicité des élites européennes dans cette agression menée contre leurs propres peuples. Une belle bande d'idiots utiles et de collabos...


Les produits dérivés, ces opérations financières dérivées d’autres opérations, ne sont toujours pas régularisés. Mais pourquoi l’Europe rechigne-t-elle à condamner les criminels financiers, et utiliser le bouclier qu’est la BCE contre ce type de dérives ?
  • a Grèce a été intégrée à la zone euro sous la pression politique des États-Unis. Elle a dû fausser ses comptes pour cette raison avec la complicité de Goldman Sachs, société américaine qui pour cette simple raison aurait dû se voir interdire toute activité en Europe, ses responsables interdits de toute activité bancaire et a fortiori de toute responsabilité publique. Mais ses comptes faussés le furent en raison de cette intégration voulue, ils furent un secret de polichinelle ; ses acteurs purent, au contraire, – pour service rendu – accéder aux plus hautes responsabilités bancaires et publiques. Nous les retrouvons au centre de la politique en Grèce et en Europe.
  • On aurait eu l’intention de faire sauter la zone euro, on ne s’y serait pas pris autrement ! Il fallait imposer le maillon faible, car alors la résistance de la chaîne serait au niveau de ce maillon. Néanmoins avec 2.3% du PIB de la zone euro, ce maillon ne pouvait que difficilement affaiblir la zone, car il pouvait être renforcé par la solidarité. Il fallait, dès lors, construire l’effet papillon avec un château de cartes de produits dérivés de crédit, sous la dénomination d’une assurance de crédit sur les dettes souveraines ou CDS. Le risque grec fut ainsi étendu aux autres pays du Sud, il fut amplifié, démultiplié… Si une pièce du château de cartes financier tombait, la zone euro s’effondrerait. Les produits dérivés devinrent cette arme de destruction massive qui pouvait être utilisée contre l’euro et contre l’Europe, à tout moment.
  • Ces produits dérivés sont toujours non régulés. S’il y avait bien une chose à faire, après la crise financière de 2008, et une seule immédiatement à faire en Europe, messieurs de la Commission, c’était cela, réguler les produits dérivés ! Mais les régulateurs européens se sont par contre empressés, avec Bâle III et Solvency II (réglementations financières), de s’en prendre aux banques et assurances européennes en mettant en doute leur solvabilité en raison de la crise. Ces institutions financières européennes étaient certes durement fragilisées – et sans doute devront-elles, à la fin, être reprises en main dans le giron de la collectivité – mais on oubliait les causes de la crise, les coupables, ces institutions, ces hommes qui ont fabriqué des produits dérivés pourris et les ont vendus à nos institutions financières en sachant qu’ils étaient pourris.
  • Par la régulation européenne, on chercha, à réguler les conséquences du crime sans tourner son regard sur le criminel, et donc sur les causes. On associa, en outre, le risque souverain et le risque bancaire. On fragilisa encore plus le système financier européen sans s’en prendre évidemment aux institutions américaines qui ont organisé, planifié, la vente de produits pourris en Europe, contre l’Europe. Ces mêmes produits notés AAA par des agences qui auraient dû être mises également en faillite – comme les banques américaines – par le poids des contraventions, à la hauteur du délit et de ses conséquences pour l’Europe, que cette dernière, souveraine, aurait dû exiger en indemnisation.
  • Pour s’assurer que cette mécanique contre l’Europe et l’euro fonctionnerait, il fallait évidemment que la Banque centrale européenne fût incapable d’intervenir massivement sur le marché de la dette souveraine, car alors, à tout moment, la crise importée pouvait être stoppée. L’Europe, par sa souveraineté monétaire, échapperait à cette déstabilisation. Il suffisait, en effet, qu’elle décide de créer deux fois moins de monnaie que la Fed, à cette époque, pour arrêter toute crise en rachetant toute la dette grecque et portugaise, ainsi que la moitié de la dette espagnole soit 1 000 milliards (donnés ultérieurement mais aux banques), alors que la Fed venait de créer 2 000 milliards de dollars pour diluer la crise des subprimes, et qu’elle avait même donné sa garantie à nos banques, pour bien marquer son contrôle sur le système financier occidental.
  • En suivant la création monétaire de la banque de Chine, la BCE pouvait même ramener toutes les dettes européennes à 60% du PIB. Ce qui mettait la monnaie de base européenne au-dessus du niveau mondial, en pourcentage du PIB, mais, pour la première économie mondiale, cela n’avait rien de choquant. Un euro ramené à un dollar eût été la conséquence première de cette manœuvre qui n’eût rien coûté à la collectivité ; eût dopé les exportations européennes.
  • Cette mesure aurait eu pour conséquence aussi de faire de l’Euro une monnaie de réserve. Nos fondamentaux sont meilleurs que ceux de l’économie américaine, et avec tous ces euros créés, les pays émergents pouvaient ainsi diversifier leurs réserves actuelles en dollars, s’ils en avaient, du moins, la volonté. Nous pouvions le leur demander, du fait que nous sommes, à tort, l’économie la plus ouverte au monde et que nous voulons aussi un monde multipolaire !

L’industrie financière américaine n’a jamais vu d’un bon œil les vélléités européennes de souveraineté monétaire. Le dollar devait dominer comme monnaie internationale avec les avantages de faire payer aux autres pays les déficits américains. La Bundesbank, dont les statuts furent rédigés par les Américains qui occupaient alors l’Allemagne (et qui se permirent, en outre, de mettre un ancien nazi à sa tête) devint le modèle de la banque centrale exerçant sa souveraineté monétaire sous influence américaine. Ce modèle s’imposa à tout l’Occident sous le nom d’indépendance de la Banque centrale (en France, avec la loi de 1973 qui ôtait à notre pays toute souveraineté monétaire). L’euro pouvait faire concurrence au dollar, il fallait donc que la banque centrale européenne fût à l’image de la Bundesbank, permettant par là l’industrie financière américaine de mieux conserver son influence.


Oui, il y a un crime contre l’Europe et contre le peuple grec qui subit cette histoire comme l’enfant faible d’une famille. Mais il y aura aussi un crime de haute trahison contre l’Europe des Européens qui refusent aujourd’hui d’utiliser le bouclier qu’est la BCE en raison de l’abandon organisé de notre souveraineté monétaire. Il est urgent de modifier le statut de la BCE, statut qui empêche de prêter directement aux États et de contourner immédiatement ce statut en faisant du MES – Mécanisme européen de soutien – une banque pouvant se fournir directement à la BCE pour fournir les États en difficulté qui ne peuvent plus s’approvisionner sur les marchés. Il faut éteindre l’incendie.
Par ailleurs, il faut évidemment et en même temps, engager un programme de croissance par l’offre et l’investissement rentable pour que les pays du Sud puissent – compte tenu de leurs déficits structurels de la balance des paiements, leur manque de production de richesses – produire plus pour faire face à leur demande.
Nous enfermons nos démocraties dans cette alternative : ou bien le suicide par la mauvaise rigueur, ou bien le suicide par la sortie de l’euro, qui laissera au dollar sa place de monnaie internationale sans concurrence.
Aujourd’hui, le « crime de haute trahison » contre l’Europe, c’est le refus européen de juger ceux des financiers américains ayant sciemment alimenté la crise, avec le refus d’utiliser le bouclier monétaire de la BCE pour contrer cette guerre économique. Si l’Allemagne refuse, elle portera la responsabilité de l’affaiblissement de l’Europe, en étant l’idiote utile de cyniques intérêts étrangers venus d’Outre-atlantique.

Atlantico.fr

jeudi 7 juin 2012

"La paix en Syrie pourrait être sauvée si tous disaient la vérité."

 Les "rebelles" de l'ASL, des gars visiblement sympas

Après un an de conflit, la réalité sur le terrain est loin du cadre qu’impose la désinformation des moyens de communication de masse occidentaux” : c’est ce qu’affirme, dans un témoignage envoyé à Fides, l’Evêque français Philippe Tournyol Clos, Archimandrite gréco catholique melkite qui a visité ces jours derniers la Syrie, se rendant dans différentes villes, telles que Damas, Alep et Homs.
 
»A Homs, qualifiée de “ville martyr”, les forces d’opposition ont occupé deux quartiers, Diwan Al Bustan et Hamidieh, où se trouvent toutes les églises et les Evêchés raconte à Fides l’Archimandrite. “Le spectacle qui s’offre maintenant à nos yeux – continue-t-il – est celui de la plus absolue désolation : l’église de Mar Élian est à demi détruite et Notre-Dame de la Paix saccagée (près de laquelle on a trouvé plusieurs personnes égorgées) est encore occupée par les rebelles. Les maisons, très endommagées par les combats de rue sont entièrement vidées de leurs habitants qui ont fui sans rien emporter ; le quartier d’Hamidieh constitue encore aujourd’hui le refuge inexpugnable de bandes armées indépendantes les unes des autres, fournies en armes lourdes et en subsides par le Qatar et l’Arabie Saoudite. Tous les chrétiens (138.000) ont pris la fuite jusqu’à Damas ou au Liban ; ceux qui n’y avaient pas de parents se sont réfugiés dans les campagnes avoisinantes, chez des amis, dans des couvents, jusqu’au Krak des Chevaliers. Un prêtre y a été tué ; un autre, blessé de trois balles dans l’abdomen, y vit encore ainsi qu’un ou deux autres, mais ses cinq évêques se sont prudemment réfugiés à Damas ou au Liban”.
»Le Prélat continue: “Dans la capitale, ce que l’on appréhende le plus sont les voitures piégées et les attentats à la bombe, la plupart du temps, le fait de kamikazes alléchés par l’appât du gain, le désir du paradis d’Allah, ou bercés du rêve sunnite de la fin des alaouites au terme de 40 ans de règne. Actuellement, on tente une déstabilisation sanguinaire et systématique du pays par des aventuriers qui ne sont pas syriens. Cette information, qui va à l’encontre des journaux et des reportages télévisés, l’ex-ambassadeur de France, Éric Chevallier, n’avait eu de cesse de la faire entendre alors que de nombreuses informations continuent à être falsifiées afin d’alimenter la guerre contre la Syrie” dénonce l’Evêque à Fides. A Damas, au cours de ces dernières semaines, ont été enregistrés de terribles attentats ayant fait 130 morts (dont 34 chrétiens), 400 blessés et ayant endommagé de nombreuses maisons. “La consternation est générale, le chagrin indescriptible et les nombreuses funérailles déchirantes” note l’Archimandrite, rappelant que le peuple syrien est un peuple simple et joyeux. A propos des chrétiens, l’Evêque déclare : “Les chrétiens vivent en paix, partageant les souffrances de tous mais ils sont prêts à admettre de ne s’être jamais senti aussi libres par le passé et à rappeler la pleine reconnaissance de leurs droits de la part de l’actuel gouvernement”.
»Mgr Philippe Tournyol Clos raconte la clef de lecture de responsables chrétiens et musulmans syriens, qui affirment : « Les ennemis de la Syrie ont enrôlés les Frères Musulmans dans le but de détruire les relations fraternelles qui existaient depuis toujours entre les musulmans et les chrétiens. Pourtant, à ce jour, ils n’y sont pas parvenus : ils ont même provoqué une réaction contraire et rapproché comme jamais auparavant tant les communautés que les individus ». Les militaires syriens continuent à se trouver face à des combattants étrangers, mercenaires libyens, libanais, militants des Etats du Golfe, afghans, turcs. “Les militants sunnites salafistes – déclare l’Evêque – continuent à perpétrer des crimes sur les civils ou à recruter des combattants de force. Les extrémistes fanatiques sunnites combattent avec orgueil une guerre sainte contre les alaouites. Lorsque des terroristes veulent vérifier l’identité religieuse d’un suspect, s’il se dit chrétien, ils lui font réciter le Je crois en Dieu et le laissent partir. S’il se dit ismaélite, il lui est demandé de donner les généalogies qui remontent à Moïse. S’il se dit sunnite, ils exigent qu’il récite une prière dont les alaouites, eux, ont retiré un passage. Les alaouites n’ont aucune chance de s’en tirer vivant.”»

Rapporté par DeDefensa.org

vendredi 1 juin 2012

Modèle allemand : Le rêve du grand patronnat français

MODELE ALLEMAND, NON MERCI… dans etranger

Pas de salaire minimum : plus de 6,55 millions de personnes en Allemagne touchent moins de 10 euros brut de l’heure, 2 millions d’employés gagnent moins de 6 euros de l’heure, et  ils sont nombreux à vivre avec moins de 4 euros par heure, c’est-à-dire moins de 720 euros par mois pour un temps complet.
Pauvreté : 6,5 millions de travailleurs, c’est à dire 22% des actifs, vivent sous le seuil de pauvreté. Les 10% des travailleurs les plus pauvres ne gagnent que 259 euros par mois. Les 10% d’au dessus gagnent seulement 614 euros par mois. Il y a 12 millions de pauvres,  et entre 1992 et 2006, le revenu des 10% les plus pauvres a baissé de 13%, tandis que celui des plus riches s’est accru d’un tiers.  En février 2010, le droit au “minimum vital digne” garanti par la constitution est passé de 359 euros par personne à 374 euros.., 80% des actifs ont perdu du pouvoir d’achat entre 2000 et 2010.
Précarité de l’emploi, explosion du temps partiel et de l’intérim : les réformes ont conduit à une telle multiplication des petits boulots, de 5 ou 8 heures par semaine, que la durée moyenne du travail est tombée à 30,3 heures. Création des contrats “Minijobs” (contrat de travail précaire, de courte durée et moins taxé) et des contrats “Midijobs” (salaire compris entre 400 et 800 euros par mois). Jusqu’à 400 euros, le patron est exonéré de charges. Le salarié aussi, mais du coup il ne cotise pas pour la retraite et l’assurance-maladie. En cas de perte de ce boulot, il n’a pas de droit à l’allocation chômage. Il y a 6,5 millions de « mini-jobers » avec des emplois à 400 euros pour 60 h par mois et 7,84 millions d’emplois à temps partiel. En dix ans, l’Allemagne a créé deux millions d’emplois à temps partiel, de courte durée : 18,3 heures en moyenne. Il y a 1 million d’intérimaires ; pour exemple, l’usine BMW de Spandau n’a pas embauché de CDI depuis 2001, et 26% de ses salariés sont intérimaires.
Baisse des salaires : le salaire moyen a baissé de 4,2% en dix ans. L’espérance de vie des personnes aux plus faibles revenus est passée de 77,9 ans à 74,1 ans en seulement 9 ans (2001 à 2010). Seulement 26,4% des personnes âgées de 60 à 64 ans occupaient en mars 2011 un emploi soumis à cotisations sociales. Moins de 19% occupaient un emploi à temps plein. Rappelons que ces mêmes séniors ont vu l’âge de départ en retraite reculer… sans pour autant trouver du travail. Le développement de l’épargne-retraite privée est par ailleurs encouragé avec la mise en place d’un système complémentaire de pensions privées par capitalisation avec incitations fiscales. Selon le ministère des affaires sociales, plus de 660 000 séniors de 65 à 74 ans ont un emploi à temps partiel pour compléter leur pension.
Le chômage : Seule la 1ère année de chômage est indemnisée. La 1ère année de chômage est indexée sur le dernier salaire ; ne peut toucher cette allocation que celui qui dispose de moins de 9750 euros d’économies, sinon il faut vivre sur ses avoirs. Les chômeurs de moins de 25 ans qui vivent chez leurs parents voient leur indemnité baisser de 20%. Au-delà d’une année, les chômeurs ont droit à une allocation de 370 euros, somme modulée en fonction des revenus du couple, de son patrimoine et du nombre d’enfants – une partie du loyer et du chauffage est remboursée par l’agence pour l’emploi – à condition d’accepter les emplois qui leur sont proposés. L’allocation est réduite de 60% en cas de deux refus la même année. Elle est supprimée au troisième refus. Y compris si l’emploi est en dessous de la qualification. La prostitution étant légale en Allemagne, une chômeuse a été radiée pour avoir refusé d’être secrétaire dans un bordel…
Les « Jobs à 1 euro de l’heure » ne peuvent être refusés par les chômeurs (qui du coup sortent des statistiques du chômage). Un service de l’emploi scandaleusement intrusif : des agents s’invitent au domicile des chômeurs, épluchent les relevés de compte, ouvrent les frigos pour voir si il y a des dépenses inconsidérées, vérifient que vous êtes bien en colocation et non en couple…
Des écoles qui préparent les enfants à une vie de précaire : dans une école spécialisée pour enfants en difficulté à Bochum, les enfants et ados apprennent comment composer un petit déjeuner pas cher en utilisant les promotions, à meubler un appartement de 40m2…
Cerise sur le gâteau, l’Organisation internationale du travail affirme dans un rapport récemment publié que la politique allemande de compétitivité est « la cause structurelle » de la crise en zone euro ! Il faut refuser de suivre cette voie !
 Sources : Spiegel, Organisation internationale du travail, OCDE, Deutsches Institut für Wirtschaftsforschung, Ministère du travail allemand, Rue 89, Marianne, CIDAL

mercredi 30 mai 2012

Bill Bonner : 100 millions d’Américains sont sans emploi



“100 millions d’Américains sans emplois”…
Business Insider nous en dit plus :
“Le taux de chômage [américain] attire beaucoup l’attention, et ces derniers temps, on s’est particulièrement penché sur le taux de participation de la main-d’oeuvre, dans la mesure où beaucoup d’Américains ont abandonné la recherche d’emploi. [Cependant], nous pouvons également constater que pas moins de 100 millions d’Américains n’ont pas d’emploi… Selon les chiffres d’avril, le nombre d’Américains au chômage atteint les 100,9 millions”.

Lire l'article de Bill Bonner : La chronique Agora

Emmanuel Todd VS Nicolas Sarkozy : 5 ans d'amour


Emmanuel Todd VS Nicolas Sarkozy : 5 ans d'amour par Escartefigue51

Petit florilège de quelques critiques d'Emannuel Todd lancées à l'adresse de Nicolas Sarkozy pendant son quinquennat.
Après la démocratie (2008)

mercredi 16 mai 2012

Todd : "les dirigeants allemands vont toujours plus loin dans la menace qu’ils ne le peuvent"

 L'anthropologue et historien français Emmanuel Todd.
Image: Steeve Iuncker-Gomez

Dans « Après la démocratie », vous avez analysé l’élection de Nicolas Sarkozy comme un symptôme des maux de la société française. Que dire de celle de François Hollande, investi hier? Cette élection est très importante. On a dit que c’était un référendum pro ou anti Sarkozy. C’était de fait un référendum sur l’identité nationale avec cette question: Qu’est-ce que la France ? La France est-elle encore celle de l’idéal de 1789 ou se définit-elle aujourd’hui, dans un espace mondialisé, sur des critères ethniques ? A mes yeux, Nicolas Sarkozy qui a fait une campagne à l’extrême droite, dans ce que j’appelle une pédagogie du mal. Il a été le candidat d’une pathologie, d’une déviation de ce qu’est la tradition nationale porteuse d’universalité et d’égalité. François Hollande a fait sourire en se déclarant un président normal. Il était en fait celui de la normalité nationale. Et il a d’ailleurs fait campagne sur ces thèmes. Il y a une illusion dans la démocratie. Les gens pensent qu’ils ont choisi un homme, mais en réalité les Français ont dit ce qu’ils étaient. Un peuple qui vote, dit comment il se juge lui-même. Le résultat a été tangent. Mais les grandes décisions historiques ne se prennent pas à une large majorité.
Pensez-vous que le couple franco-allemand peut rester le pilier de l’Union ? La réconciliation franco-allemande après la guerre, il fallait la faire. Mais, se réconcilier, ce n’est pas décider qu’on est pareil. L’histoire de l’Europe, c’est ça. Au départ, c’est un projet construit sur un modèle franco-compatible, avec des nations à égalité de voix, quelle que soi leur taille ou leur puissance. Avec la mise en hiérarchie des pays membres avec l’Allemagne au sommet, la France en brillant second et les pays latins en queue de liste, on est passé à un modèle plus hiérarchique, à une conception plus allemande, du point de vue des rapports entre structures familiales et idéologies. Mais l’Allemagne n’a pas de véritable aspiration à la domination. Le problème de ce type de société construit sur le modèle autoritaire, c’est que quand il n’y a plus personne au-dessus d’eux, cela peut déraper. Or, l’Allemagne c’est largement émancipée des Etats-Unis. Même Brzezinski pose la question d’une tentation, d’un retour d’une politique bismarckienne de puissance indépendante, avec les accords stratégiques sur l’énergie avec la Russie, par exemple. Il y a des signes qui montrent qu’elle se comporte comme une grande puissance maintenant. Il n’y a pas que les diktats à la Grèce. En revanche, les Japonais, qui ont aussi une structure autoritaire, ne veulent plus être en situation de domination et ont fait le choix d’être le petit frère des Etats-Unis.
Vous faites le constat d’un échec de la monnaie unique. L’Allemagne menace aujourd’hui la Grèce d’une sortie de l’euro. Cela signifie quoi pour vous ?
D’abord, il faut savoir que si l’euro s’effondre, c’est l’Allemagne qui sera le pays le plus touché parce qu’il est le pays le plus exportateur. En 1929, ce sont les Etats-Unis et l’Allemagne qui ont souffert le plus du krach boursier parce que ces deux pays étaient les deux plus grandes puissances industrielles de l’époque. Les Allemands ont parfaitement compris qu’avec un retour aux monnaies nationales, tout le monde va dévaluer autour d’eux pour se protéger des exportations allemandes. Et l’Allemagne retrouve le mark et est étranglée. C’est pour cela que les dirigeants allemands vont toujours plus loin dans la menace qu’ils ne le peuvent. La réalité c’est que les gens qui sont vraiment traumatisés par la disparition de l’euro, ce sont les dirigeants allemands. En revanche, les Grecs et les Français veulent rester dans l’euro pour des raisons plus irrationnelles. Parce qu’il y a un côté magique à la monnaie, parce qu’ils n’y comprennent rien. Ils ne se rendent pas compte que la fin de la monnaie unique leur ferait beaucoup de bien.
Vous dénoncez une sorte de complot de l’oligarchie financière et mondialiste contre la démocratie. Faites vous du Davos du Forum mondial ou de la Genève de l’OMC, des capitales de ce que vous détestez ?
D’abord Davos, ça n’a pas beaucoup d’importance. Quant à Genève, ce n’est pas seulement l’OMC, c’est aussi le siège de l’Organisation internationale du travail et de nombreuses institutions internationales. . L’OMC , ce n’est pas le problème. Si on passe au protectionnisme régionalisé, il faudra juste virer Pascal Lamy. Le problème, c’est le libre-échangisme actuel de l’OMC. Quant à Genève, c’est une grande ville francophone qui a un tel rôle international. Genève est une vraie chance pour la France. Si la France veut se suicider elle n’a qu’à critiquer Genève. Ou Bruxelles. La France doit immensément plus qu’elle ne le croit à ces deux grandes villes francophones qui échappent à l’influence de Paris. Car sans elles, avec son centralisme, la France serait morte depuis longtemps.

 (TDG)

lundi 14 mai 2012

Le génie de Neuilly (suite) : Air Sarko One, l'Airbus d'occasion qui coutait plus cher que le neuf


Rappelons-nous cet exploit (parmi tant d'autres) du génie de Neuilly cité par la cour des comptes :
Pressé d’avoir son avion, Sarkozy a acquis un Airbus ancien au prix du récent…et a dû acheter des moteurs neufs pour 23,4 millions d’euros
 Nicolas Sarkozy, pressé de renouveler la flotte gouvernementale, a acheté un avion ancien au prix du récent. Rien de grave, s’il n’avait pas fallu in fine acheter des moteurs neufs. Surcoût de l’opération, 23,4 millions d’euros, selon le rapport de la Cour des comptes, qui détaille le financement du nouvel A 330-200 de l’Elysée. Petit retour sur une saga, débutée le 15 février 2008. Ce jour là, le chef de l’Etat major particulier de Nicolas Sarkozy notifie à Matignon la décision de renouveler la flotte gouvernementale, avec une exigence de délais : le nouvel avion du président doit être prêt à l’été 2010. De cette exigence vont naître de considérables surcoûts. Au lieu de lancer un appel d’offres conforme au droit commun, la direction générale de l’armement a préféré une procédure de marchés négociés avec mise en concurrence mais sans publicité préalable, explique la cour des comptes. « Sur les trois sociétés sollicitées, Airbus, Air France Industries et Sabena Technics, les deux premières se sont désistées moins d’un mois après la réception du dossier de consultation », écrit la Cour des comptes. Les risques financiers et de délais étaient pour elle très importantes. C’est donc la société Sabena Technics qui a remporté le marché, car elle savait qu’elle pourrait acquérir un Airbus A330-200 auprès d’une entreprise de location ILFC. Vendu par ILFC 45 millions d’euros, l’avion est finalement acheté 50 millions d’euros par l’Etat. Premier surcoût identifié par la Cour des comptes, 5 millions d’euros. Mais le plus gênant n’est pas là. L’Etat a acheté un avion mis en service en 1998 qui totalisant 50 000 heures de vol, alors qu’Air France avait proposé en avril 2008 d’acheter un Airbus A330-200 mis en service en 2003 et totalisant 15 000 heures de vol pour un prix compris entre 46 et 50 millions d’euros. Dans son art consommé de la litote, le premier président de la Cour des comptes, Didier Migaud écrit que « le prix payé par l’Etat a donc correspondu à la limite haute d’une fourchette applicable à un avion plus récent de cinq ans et ayant trois fois moins d’heures de vol ». Bref, l’Etat a acheté du vieux au prix du récent, et cela a fini par lui coûter 23,4 millions d’euros. En effet, échaudé par des incidents intervenus sur les moteurs des vieux A319 gouvernementaux, l’Elysée a demandé de « fiabiliser » les deux moteurs de l’A330 « afin d’exclure tout risque de défaillance ». Le devis présenté par Sabena Technics oscillant entre 23,7 et 30,1 millions d’euros, il a finalement été décidé d’acheter des moteurs neufs pour un coût net de 23,4 millions d’euros, ce qui a accru le coût du marché de 9,7%. Tout compris, l’avion a finalement coûté 259,5 millions d’euros, contre 226 millions prévus initialement.

samedi 12 mai 2012

Emmanuel Todd : le temps joue contre l'Allemagne

Pour Emmanuel Todd, François Hollande doit avant tout gagner du temps. Il doit d'abord expliquer à la Chancelière qu'il a devant lui des élections législatives décisives et qu'il serait suicidaire pour lui de rentrer de Berlin les mains vides. Une fois reportée l'échéance de négociation, Todd propose de prendre langue avec Madrid et Rome afin de montrer qu'une coalition européenne peut se former en dehors de l'Allemagne : « François Hollande peut tout à fait profiter d'une conjoncture exceptionnelle par laquelle l'Espagne, traditionnellement plus proche de l'Allemagne, peut basculer du côté de la France. Parallèlement, il serait bon de développer un projet franco-anglais de nouvelle règlementation bancaire séparant banque d'investissement et banque de dépôt puisque les Français et les Anglais ont sur ce point des points de vue convergents. » Bref, il s'agit pour l'historien de « faire douter l'Allemagne » et de montrer, de façon indirecte, à ses dirigeants que la France peut être un leader européen alternatif s'il s'avérait que, décidément, la politique économique imposée par l'Allemagne mène ses voisins dans le mur en provoquant la colère des peuples. L'inextricable situation dans laquelle est plongée la Grèce pourrait d'ailleurs contribuer à accentuer le doute. D'autant que les banques allemandes sont très exposées à la dette grecque (113 milliards d'euros, selon la Banque des règlements internationaux ). Pour résumer la pensée d'Emmanuel Todd, il convient donc de mettre en place progressivement « une stratégie d'isolement de l'Allemagne » en ayant conscience de ce que le temps, avec le développement de la récession, « joue contre elle ».

Marianne2

samedi 5 mai 2012

Todd :"Je me demande si l'idée nationale n'est pas en train de repasser à gauche."


Emmanuel Todd :"Je me demande si l'idée nationale n'est pas en train de repasser à gauche."

 [...]
  • L’analyse d’Emmanuel Todd
C’est un « souverainiste » de gauche modéré, surtout dubitatif sur l’euro, et partisan d’un protectionnisme européen. Pour lui, après un score très bas en 2002, 11% environ, le vote ouvrier en faveur de la gauche, qui atteignait 20% avec Ségolène Royal en 2007, atteint maintenant les 30% en faveur de François Hollande, auxquels il faut ajouter les 11% de Mélenchon et les 4% des « Verts », et de l’extrême-gauche. Soit un retour à plus de 45% !
Cette élection, notamment si François Hollande est élu, verrait donc une sorte de retour du vote ouvrier à son étiage « normal ». Prolongeons le raisonnement. Si une évolution de même type se produit en Allemagne en 2013, et, après l’échec de Cameron, en Grande Bretagne, et de Monti en Italie, dont les recettes de croissance sont aussi des vieilles lunes, ces nouvelles majorités pourraient donc bâtir cette Europe nouvelle, que voulaient les « nonistes » de 2005. Elle serait mieux protégée, démocratique et « libérée » d’une Commission, restée beaucoup trop libérale dans sa majorité, comme l’incarne son Président Barroso.
Cette Europe nouvelle choisira une relance à partir de ses organes centraux, non endettés, par émission d’obligations d’investissements, et/ou et par la Banque européenne, finançant, dans les divers pays, en commençant par ceux ayant le plus faible taux de croissance, des infrastructures, des projets de recherche , ou des équipements traduisant la conversion énergétique, entre autres. Ensuite, une fois un minimum de croissance atteint, elle pourra mutualiser les dettes des Etats, et reprendre la marche vers l’intégration.

(Extrait de "Nouveau souverainisme ou nouvelle Europe de gauche ?" par Jean Matouk, économiste.

mardi 1 mai 2012

Le génie de Neuilly (suite) : 1 milliard € perdu en 72 heures


Sarkozy et EDF par politique-net


Poursuivons le récapitulatif des exploits de gestionnaire de Sarkozy, le génie qui a, selon le Figaro et le site officiel de l'UMP, permis à la France de se sortir de la crise mieux que la Grèce et le Burkina Faso :
Vente d'actions EDF : la précipitation de Sarkozy coûte 1 milliard d'euros
5 déc. 2007

La semaine dernière, Nicolas Sarkozy a annoncé que l'Etat allait vendre 3% de titres EDF pour financer un plan d'aide pour les universités. Au total, cette vente devait permettre à l'Etat de récupérer 5 milliards d'euros pour financer son plan. Sauf que la précipitation de Nicolas Sarkozy et le cafouillage du ministère de l'économie ont fait perdre près d'un milliard d'euros en 72 heures.
Retour sur une bourde qui vaut un milliard. 

Objectif : financer un plan d'aide pour les universités
Depuis près d'un mois, les étudiants manifestent contre le projet de loi sur l'autonomie des Universités, craignant notamment une privatisation de l'enseignement supérieur. Depuis des années, les universités manquent cruellement d'argent et les facs françaises descendent dans les classements internationaux année après année. Endetté, l'Etat n'a pas les moyens de faire l'effort financier indispensable pour que les universités récupèrent leur retard, d'où la solution de financements privés pour compléter les budgets des universités.
Mais au-delà de la contestation du projet, les étudiants manifestent pour protester contre leurs mauvaises conditions d'études : les logements étudiants sont insuffisants, le montant des bourses trop faible. Après plus d'un mois de manifestations et de blocages en tout genre, le gouvernement a donc décidé de financer un plan d'aides, d'un montant de 5 milliards d'euros. 

Jeudi 29 novembre : Sarkozy annonce la vente d'actions EDF
Faute de moyens, le gouvernement va financer ce plan en procédant à la vente d'actions EDF détenues par l'Etat. C'est Nicolas Sarkozy en personne qui a annoncé ce plan jeudi 29 novembre en précisant que 3% des parts d'EDF seraient vendues pour un montant de 5 milliards d'euros. Aujourd'hui, l'Etat possède 87% d'EDF, après cette vente, il en détiendra 83%.
Christine Lagarde et Bercy sont pris de court
Seul problème, l'annonce de Nicolas Sarkozy a pris de court le ministère de l'Economie qui n'était pas au courant de l'arbitrage présidentiel. Christine Lagarde a appris la nouvelle à la télévision si bien que le lendemain, Bercy n'était absolument prêt à mettre en vente ces actions, un minimum de démarches administratives est nécessaire. Faute d'une coordination entre l'Elysée et le ministère de l'Economie, il a fallu attendre lundi 03 décembre pour que l'Etat mette en vente ces actions. Et ce délai de 72 heures coûte cher car entre temps, le cours de l'action a baissé de 3% et la capitalisation publique a perdu 4,7 milliards d'euros. Cette chute était prévisible et correspond à une règle de base des boursiers : pourquoi acheter cher aujourd'hui ce qu'on peut avoir pour moins cher demain, puisqu'un plus grand nombre d'actions sera mis sur le marché. 
Un manque à gagner de près d'un milliard d'euros
Résultat : lundi 3 décembre, l'Etat a vendu 2,47 % des titres d'EDF (soit 45 millions d'actions) mais non pas pour un montant de 5 milliards d'euros, mais pour un montant de 3,7 milliards d'euros, suite à la baisse du cours de l'action. Autrement dit, pour financer le plan d'aide aux universités, l'Etat devra vendre à nouveau des actions d'EDF. Pour faire passer la pilule de ce raté, l'Etat pourrait procéder à la vente d'actions EDF uniquement aux salariés de l'entreprise. En détenant 83% des parts d'EDF, l'Etat a encore une grande marge de manoeuvre puisque selon la loi, l'Etat doit conserver 70% des parts de l'entreprise. 
De l'argent frais à courte vue
Cette stratégie de vente d'actions semble être à courte vue. Non seulement la précipitation présidentielle a fait perdre près d'un milliard d'euros à l'Etat, mais en vendant des actions, l'Etat se prive de dividendes sur le long terme. En effet, le groupe EDF est en excellente santé financière au point que début novembre, le ministère de l'Economie a réclamé à l'entreprise une avance sur dividendes pour boucler le budget 2007 d'un montant de 920 millions d'euros. Plus l'Etat vend ses parts, moins il pourra compter sur ces dividendes de fin d'année.


*** Sources
- Interview de Nicolas Sarkozy, TF1-France 2, Jeudi 29 novembre 2007
- "Sarko disjoncte en Bourse", Le Canard Enchaîné, mercredi 5 décembre 2007
- Jean-Michel Bezat, "L'Etat ne retire que 3,7 milliards d'euros de la vente de 2,5 % d'EDF", Le Monde, mercredi 5 décembre 2007

- Politique.net

dimanche 29 avril 2012

Le génie de Neuilly : Quand Sarkozy liquidait un cinquième du stock d'or de la France (rappel)

 La prochaine fois qu'un sarkozyste vous bassine avec le merveilleux gestionnaire qui a sauvé le monde de l'apocalypse financière, rappelez-lui ce mémorable exploit du génie de Neuilly :

La Cour des comptes pointe, dans son rapport annuel publié aujourd'hui, des erreurs d'appréciations sur la question de la vente d'une partie du stock d'or de la Banque de France survenue entre 2004 et 2009.
En mai 2004, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Economie, annonce la vente de 500 à 600 tonnes d'or de la Banque de France sur 5 ans. La France pourra placer l'argent ainsi dégagé sur des devises et des placements obligataires, dont les intérêts serviront à réduire la dette. Une erreur d'appréciation que met en avant la Cour des comptes dans son rapport annuel.


Mauvaise idée
Mauvaise idée : entre 2004 et 2011, le prix moyen de l'once d'or explose: il est passé de 409,72 dollars à 1 384,21 dollars.  D'ailleurs au même moment,  les banques centrales européenne et les banques centrales des Etats de la Zone euro, ainsi que  la banque suisse et la suédoise Sveriges Riksbank décident de limiter leurs ventes d'or.

20% des réserves d'or bradées
Le stock d'or de la Banque de France passe de 3 000 tonnes en 2004 à 2 445 tonnes fin juillet 2009. Si la France avait vendu ces 572 tonnes aujourd'hui, elle aurait touché deux fois plus d'argent, soit un montant supérieur à 18 milliards d'euros.