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lundi 16 juillet 2018

Sommet d’Helsinki : L’analyse de Jean Bricmont


Pour RT France, Jean Bricmont, physicien et essayiste belge, revient sur la rencontre entre Donald Trump et Vladimir Poutine à Helsinki ce 16 juillet.

vendredi 2 mars 2018

Jean Bricmont :"Le soutien à l'opposition en Syrie est une violation du droit international"


Réponse à la pseudo-gauche pro-ingérence humanitaire en Syrie à propos de la Ghouta.
(Jean Bricmont est un physicien et essayiste belge, professeur émérite de physique théorique à l'université catholique de Louvain et membre de l'Académie royale de Belgique.)

mercredi 31 janvier 2018

vendredi 4 août 2017

La «BHLisation des esprits» plus grave que leur «lepénisation» : Jean Bricmont répond à BHL


Accusé de négationnisme dans le Bloc note de Bernard-Henri Lévy du 20 juillet (le Point), le physicien et essayiste Jean Bricmont répond et explique sa vision de la liberté d'expression dans un entretien accordé à RT France.

lundi 8 mai 2017

Jean Bricmont - Emmanuel Macron élu président : un Blitzkrieg médiatique


Malgré le soutien massif des médias, de l’establishment, du patronnat, des universitaires, le résultat d'Emmanuel Macron à l'élection n'est pas spectaculaire et une forte opposition se prépare, explique l'essayiste Jean Bricmont.

lundi 24 avril 2017

Jean Bricmont : avec Macron, Hollande mériterait «le prix Nobel de manipulation politique»


L'emprise médiatique et l'ignorance de l'histoire font qu'on peut devenir président même si on nie la culture française, explique l'essayiste Jean Bricmont. (RT)
Maintenant que tout le système de Fillon à Hamon appelle à voter pour lui, peut-être que les médias vont laisser tomber la tarte à la crème du "Macron anti-système". (Bertrand R.)

mercredi 5 octobre 2016

Jean Bricmont : Le capitalisme patriotique de Trump en fait un «marginal parmi les élites»


Alors que les citoyens américains vont élire le chef du «monde libre», le choix entre Donald Trump et Hillary Clinton s'avère crucial car il concerne tous les habitants de la planète et pourrait tout changer en matière de politique internationale.

dimanche 20 mars 2016

Trump et l'intelligentsia libérale Par Jean Bricmont


Un excellent article du professeur Bricmont (même si on n'est pas forcément obligé d'être d'accord sur tout) qui analyse brillament les relations tumultueuses de l'establishment US avec son rejeton terrible : The Donald...
(Le millième article du Blogue!!! + d'un million de visites, merci à tous! N'hésitez pas à faire un petit geste pour soutenir le Connétable grace au bouton paypal ci contre, à droite => ;) ) 

Un nouveau spectre hante les élites américaines: la candidature de Donald Trump à l'élection présidentielle et son succès dans la course à l'investiture du côté républicain. Même l'establishment républicain souhaite bloquer son ascension, bien qu'il attire des foules considérables vers son parti. Du côté démocrate, on espère que son aspect répulsif permettra de faire élire Hillary Clinton.

Commençons par admettre ce qui paraît évident: Trump est grossier, insultant, démagogue, dit une chose et son contraire et est un peu mégalomaniaque.
Mais au-delà de cela, il y a dans la rhétorique anti-Trump pas mal d'aspects révélateurs de la mentalité des élites.
D'abord, on y trouve un de leurs arc-réflexes favoris: les accusations de «fascisme» et d'être un «nouvel Hitler». Depuis que Nasser fut le «Hitler sur le Nil» lors de la nationalisation du canal de Suez, les «nouveaux Hitler» poussent dans l'imaginaire occidental comme les champignons dans les bois en automne : Milosevic, Le Pen, Poutine, Khadhafi, Saddam Hussein, Assad ont tous eu droit à ce genre de comparaisons.
Mais un président des États-Unis n'est pas un dictateur et il n'y a aucun mouvement insurrectionnel derrière Trump. Si Trump s'attaquait sérieusement aux droits ou aux privilèges des élites, il serait rapidement remis à sa place. Après tout, Nixon a remporté une victoire électorale éclatante en 1972 et a dû démissionner peu après parce que, au lieu de s'attaquer brutalement aux marginaux, aux révolutionnaires ou aux peuples d'Indochine, comme il avait l'habitude de le faire, il était impliqué dans une tentative d'espionnage du parti démocrate - le Watergate.
En fait, si Trump tentait d'appliquer les aspects protectionnistes de son programme ou ceux contre l'immigration illégale, il aurait face à lui toute la force du patronat transnational, et le plus gros de la presse et du Congrès. S'il tentait d'être réellement neutre dans le conflit israélo-palestinien, comme il prétend vouloir l'être, le lobby pro-israélien lui ferait vite comprendre que ce ne sont pas des choses qui se font aux États-Unis.


Au moins, le candidat démocrate Sanders, qui est aussi un peu "hors norme", a averti ses électeurs qu'il ne pourrait rien faire, comme président, sans un mouvement populaire derrière lui (ce qui est exact). Mais la même chose est vraie pour Trump, sauf que Trump pense incarner l'homme providentiel qui va tout régler lui-même. Loin d'être une «menace fasciste», le danger de Trump président serait qu'il ne fasse rien de ce qu'il promet à ses électeurs et qu'il poursuive les politiques traditionnelles avec plus de vigueur.
Un autre aspect amusant des campagnes anti-Trump dans la bien-pensance de gauche, c'est qu'on le présente comme totalement hors-norme, inacceptable, à cause de son «racisme». Tout d'abord, comparé à quoi une présidence Trump serait-elle pire? À la guerre du Vietnam, au bombardement du Cambodge et du Laos, à toutes les guerres au Moyen-Orient, au soutien à l'apartheid en Afrique du Sud à l'Indonésie de Suharto et à Israël lors de chacune de ses guerres, aux massacres de masse en Amérique centrale, aux coups d'Etats en Amérique Latine ou en Iran, aux multiples embargos contre Cuba, l'Iran, l'Irak, à la politique des sanctions, à la course aux armements infligée aux pays qui déplaisent aux États-Unis et qui doivent se défendre?

Les intellectuels libéraux américains qui sont horrifiés par Trump oublient un peu vite tout ce que leur pays a infligé à ce qu'ils appellent le ROW (le «rest of the world»- le reste du monde). Le commentateur John Walsh pose la question: qu'est-ce qui est pire, dénigrer les gens en fonction de leur race ou de leur religion ou les tuer par centaines de milliers? Qui parmi les intellectuels libéraux va dénoncer la politique de Clinton comme étant raciste? Mais peut-on croire une seconde que Clinton encouragerait les politiques qu'elle a encouragées en Irak, Libye, Palestine ou que son amie Madeleine Albright a applaudies («500.000 enfants morts en Irak des conséquences de l'embargo pendant les années 1990, oui, ça en vaut la peine») si elle considérait les victimes de ces politiques comme réellement humaines?


Comme nous vivons dans une culture où les paroles sont plus importantes que les actes, et que Clinton est parfaitement politiquement correcte dans sa façon de s'exprimer, ce racisme-là est invisible. Bien sûr, en fin de compte, l'important n'est pas de savoir si les gens sont tués par racisme, mais s'il sont tués dans des guerres non défensives.

On pourrait répondre que Trump, justement à cause de son «racisme» ferait pire. Mais il n'y a aucune indication allant dans ce sens. Il est le premier homme politique américain d'importance à vouloir «America First», ce qui signifie une politique non-interventionniste. Il dénonce non seulement les milliers de milliards de dollars dépensés dans les guerres, les morts et blessés américains, mais aussi les victimes irakiennes d'une guerre déclenchée par un président républicain; il le fait devant un public républicain et arrive à être soutenu par celui-ci. Il dénonce l'empire des bases américaines, il veut construire des écoles aux États-Unis et pas ailleurs. Il veut de bonnes relations avec la Russie. Il constate que les politiques militaristes suivies depuis des décennies ont fait détester les États-Unis un peu partout dans le monde. Il traite Sarkozy de criminel qu'il faudrait juger à cause de son rôle en Libye. Autre avantage de Trump: il est détesté par les néo-conservateurs, qui sont les principaux architectes du désastre actuel.
Bien qu'il soit loin d'être pacifiste (position impossible chez les Républicains), si la gauche n'avait pas tant adhéré aux idées de l'impérialisme humanitaire, le programme de Trump serait vu par elle comme le plus progressiste qui soit en politique étrangère américaine depuis longtemps (même Sanders ne dénonce pas la politique d'ingérence de façon aussi nette).
 
Si on veut comprendre son succès, vu ses positions anti-traditionnelles en politique étrangère, il est un peu facile de tout attribuer au racisme supposé de ses supporters. Comme l'explique Thomas Frank, si des millions d'Américains soutiennent Trump, c'est parce qu'ils voient en lui l'incarnation de leur révolte contre l'establishment, à la fois de gauche et de droite, les deux s'étant parfaitement partagées le travail si on peut dire: la droite prône l'ouverture des marchés et, dans sa branche néo-conservatrice, des guerres sans fin, la gauche fournit des arguments «droits-de-l'hommistes» à la fois à cette ouverture et à ces guerres.
La question du protectionnisme et du libre-échange est compliquée mais on ne peut pas nier qu'elle ait un aspect de classe: pour les gens dont les revenus sont stables, c'est tout bénéfice de pouvoir importer des biens produits dans des pays à bas salaires ou d'utiliser les services fournis par des travailleurs provenant de ces pays. Mais pour ceux qui produisent ces biens ou fournissent ces services, la concurrence de gens qui vendent leur force de travail à moindre coût est inévitablement un problème et le discours de Trump, à la fois en faveur du protectionnisme et de la limitation de l'immigration, ne peut que les attirer.


La gauche intellectuelle (dont la plupart des représentants ont justement des revenus stables, par exemple les universitaires) a totalement ignoré ce problème et l'a abordé uniquement en termes moraux: ne serait-il pas magnifique de vivre dans un monde ouvert aux autres, sans racisme ni discrimination? En gros, on a dit au travailleur blanc qui a perdu son emploi suite aux délocalisations et qui se retrouve au mieux livreur de pizza de se réjouir de vivre dans un monde multiculturel où l'on peut manger des sushis, écouter de la musique africaine et passer ses vacances au Maroc. On lui a aussi dit qu'il ne fallait surtout pas faire de remarques racistes, sexistes, homophobes, que le mariage pour tous était un immense progrès, et que l'idéal de la société n'était pas une relative égalité, mais «l'égalité des chances», c'est-à-dire que les inégalités économiques peuvent être aussi grandes que l'on veut pourvu qu'elles ne soient pas liées à des discriminations et que l'on retrouve parmi les milliardaires un nombre de femmes, de Noirs, d'homosexuels etc. proportionnel à la fraction de la population qu'ils représentent.


Comme cette façon de penser a dominé la gauche depuis des décennies, celle-ci a totalement abandonné la classe ouvrière, en tout cas celle qui est «blanche» et qui, comme le souligne Chomsky, est la grande perdante de cette «mondialisation heureuse», au point de voir son espérance de vie diminuer, ce qui n'est le cas d'aucun autre groupe ethnique aux États-Unis. À partir du moment où la gauche a abandonné comme but l'égalité (relative) de condition en faveur de l'égalité des chances, elle a aussi joué la carte de la politique de l'identité, en mettant en avant tout ce qui est supposé être «différent», «étranger», «minoritaire», «marginal», sans tenir compte, à nouveau, de l'aspect de classe de ce discours, tenu le plus souvent par des intellectuels économiquement privilégiés et où le rôle du méchant est joué par le  «peuple» chauvin, raciste, enraciné quelque part.

Le mépris que ce discours exprime à l'égard du groupe majoritaire, blanc ou chrétien, supposé être éternellement privilégié en vertu des hasards de la naissance alors qu'il est en crise totale, devait nécessairement produire une réaction. La campagne de Trump peut être vue en partie comme une réaction identitaire «blanche» à la politique de l'identité, ce qui suscite évidemment des cris d'indignation de la gauche bien-pensante. Le problème est qu'il ne fallait pas commencer à jouer à la politique de l'identité.


A bien des égards, le succès de la campagne de Sanders, même s'il est plus faible dans le camp démocrate que celui de Trump dans le camp républicain, exprime aussi la révolte des masses contre les élites, mais sans l'aspect «réaction identitaire blanche» (qui est totalement politiquement incorrect à gauche) et une réaction isolationniste moins marquée (Sanders étant sans doute modérément séduit par l'idée d'ingérence humanitaire).

Finalement, il faut se demander ce que la campagne de Trump signifie pour nous, les vassaux, citoyens de l'Empire mais dépourvus du droit de vote aux États-Unis. Tout d'abord, cette révolte populaire dans un pays où tout est supposé aller pour le mieux et que la «construction européenne» s'efforce d'imiter tout en nous y soumettant est aussi un problème pour nos élites. L'élection de Corbyn à la tête du parti travailliste en Grande-Bretagne ainsi que la montée de «l'extrême droite» en Europe continentale sont un peu les analogues des phénomènes Sanders et Trump aux États-Unis. Ici aussi, le consensus dominant en faveur de l'ouverture maximale des marchés et des politiques de confrontation avec le reste du monde au nom des droits de l'homme est en train de s'effondrer.


Face à cela, nos élites n'ont qu'un seul mot à la bouche, un seul espoir, une seule foi: Hillary Clinton. Et il est probable que la mobilisation des médias, de la grande majorité des intellectuels et des artistes, du patronat transnational, de la gauche des droits de l'homme ainsi que de la plupart des Églises, lui permettra d'abord d'achever de vaincre Sanders et, avec l'appui de celui-ci, de vaincre Trump en novembre. On aura alors droit à quatre ans, si pas huit, de plus de militarisme, de guerres et de menaces de guerre, pendant que notre gauche célèbrera cette nouvelle victoire de la démocratie, du féminisme et de l'anti-racisme.
Mais le mécontentement populaire continuera à grandir; ceux qui veulent éviter qu'il ne débouche sur un nouveau Trump - ou pire - ne doivent pas s'en remettre à la "reine du chaos" mais construire une alternative à la Sanders, et sans doute en plus radical.

RT France

mercredi 9 septembre 2015

dimanche 2 août 2015

samedi 9 mai 2015

Jean Bricmont : "On vit dans l'illusion de la liberté !"



Jean Bricmont réagit sur l'actualité récente en France à propos de la loi sur le renseignement, la condamnation du révisionniste Vincent Reynouard, le livre de Todd, le clash Fourest/Caron, les aventures statistiques de Ménard... etc



Tous droits réservés : independenza webtv © - Paris (France), jeudi 7 mai 2015. independenza webtv s'entretient avec Jean Bricmont (physicien et essayiste belge) : "On vit dans l'illusion de la liberté !"
contact : independenzatv@gmail.com

jeudi 9 avril 2015

Entretien d'actualité avec Jean Bricmont (avril 2015)


De passage à Paris suite à une conférence donnée à la Faculté de Grenoble 1, Jean Bricmont revient sur la polémique qu'a suscité cette invitation. Nous aborderons également la récente réélection de Netanyahou en Israël pour terminer enfin sur l'issue des interminables négociations du nucléaire iranien.



Agence Info Libre

jeudi 8 janvier 2015

Attentat à Charlie Hebdo : la réaction de Jean Bricmont



Jean Bricmont (physicien et essayiste belge) s'est exprimé sur l'attentat contre Charlie Hebdo, les racines du terrorisme, Eric Zemmour et Dieudonné. Paris, mercredi 7 janvier 2015.
Journaliste : independenza webtv.

samedi 6 décembre 2014

Jean Bricmont : "Le monde est en guerre et la gauche se combat elle-même sur Facebook"


Interview ( skype) du physicien et essayiste belge Jean Bricmont, auteur de "La République des censeurs". Editions de l’Herne. Propos recueillis le 03.12.2014 par Silvia Cattori - Montage vidéo Gérard Lazare.



Arrêt sur Info 

lundi 4 août 2014

Jean Bricmont sur la Palestine : La véritable solidarité commence par notre propre autonomie



Quelles sont les limites des mouvements de "solidarité" ?
Les actions et les engagements "politiques" exigent que les citoyens s’assurent que leur propre autonomie et leur espace de liberté d’expression ne soient entravés d’aucune manière, par des intérêts sectaires, contraires au bien commun. Pour le professeur Jean Bricmont il y a une nécessité absolue pour nos sociétés à reconquérir cette autonomie confisquée.

Vidéo et interview réalisés par Gérard Lazare pour Arrêt sur Info.

Silvia Cattori

jeudi 8 juillet 2010

Où est passé la fierté nationale française ?


Au moment ou le parlement s'apprête à voter une loi islamophobe, hypocrite et liberticide, dite "loi sur la burka", avec l'assentiment tacite de ce qu'on appelle "la gauche", Jean Bricmont s'interroge sur la dualité si singulière du nationalisme français.
Notons, au passage, que Bricmont n'est pas français mais belge, ce qui est en soi une éclatante démonstration de ce qu'il écrit.

Merci Jean. Merci la Belgique.


Quelques remarques sur le nationalisme français

Par Jean BRICMONT

S’il y a un préjugé fort répandu dans l’extrême-gauche française, ainsi que chez de nombreux étrangers, c’est que les Français sont très nationalistes. Un incident récent permet néanmoins de s’interroger sur la nature de ce "nationalisme".

Un article du magazine Rolling Stone rapporte des propos non démentis du général américain Stanley McChrystal, au moment où il dirigeait encore les forces de l’Otan en Afghanistan. En visite à Paris, McChrystal déclare à son entourage qu’il préfère « se faire botter le cul par une salle remplie de gens que d’aller à ce dîner ». Après qu’il soit parti, le journaliste demande à un de ses assistants avec qui le général va dîner. Réponse : « Un ministre français - c’est un foutu truc de pédés » ("It’s fucking gay", en anglais).

Suite à cet article, McChrystal a été démis de ses fonctions par Obama. Mais bien entendu pas pour ses propos peu élégants sur ses alliés français, mais pour d’autres remarques désobligeantes visant de hauts responsables américains, y compris le vice président américain Joe Biden.

À ma connaissance, ces propos n’ont suscité aucune réaction en France – ni protestation officielle, ni scandale médiatique. Or, vu l’impact exceptionnel de cet article aux Etats-Unis (le remplacement de McChrystal par Petraeus comme commandant en chef de la guerre en Afghanistan), il est difficile de croire que les journalistes et les services diplomatiques français n’en n’aient pas eu connaissance.

Que dit Libération, si prompt à traquer l’homophobie quand elle émane de « beaufs français », de « cathos tradis », ou de musulmans ? Rien. On ne va quand même pas attaquer le grand frère américain et la patrie du capitalisme.

Résumons : des soldats français se battent et parfois meurent en Afghanistan, en réponse aux appels insistants des Etats-Unis, et sous le commandement d’un général américain qui préfère « se faire botter le cul » plutôt que d’aller dîner avec un ministre français. Et cela ne suscite pas un murmure de protestation de la part des autorités politiques, des journalistes ou des excités de « l’identité nationale ».

Où est passé la fierté nationale française ?

En réalité, le nationalisme français a eu, depuis 1789, une nature duale. A cause de sa radicalité, à la fois antireligieuse, antiféodale et égalitariste, la Révolution française a souvent joué un rôle symbolique par opposition aux autres « révolutions bourgeoises », anglaise ou américaine. Au moins jusqu’en 1917, ce sont les idéaux de cette révolution qui servirent de référence à presque tous les contestataires de l’ordre établi et, dans beaucoup d’endroits hors de France, elle fut l’emblème de l’opposition aux oppressions religieuses et féodales et même, parfois, coloniales.

A cause précisément de cela, les réactionnaires et les cléricaux du monde entier ont vu la France de la révolution comme la bête à abattre, au moins symboliquement. Et, en France même, la version de droite du nationalisme s’est appuyé sur tout ce qui, dans l’histoire de France, faisait penser à autre chose qu’à la révolution de 1789 : la longue histoire de la monarchie, les deux Napoléon, l’empire colonial, la fille ainée de l’Eglise, etc. Du point de vue de ce nationalisme, il fallait que la France se repentisse de son exception historique révolutionnaire et devienne une nation « comme les autres », certains de ces « nationalistes » prenant modèle sur l’Allemagne, d’autres sur l’Angleterre, et aujourd’hui, presque tous sur les Etats-Unis. Le Sacré Coeur de Montmartre voulait expier les pêchés de la Commune. Le pétainisme était un régime de repentance – pour les « folies » du Front populaire, et trouvait son inspiration dans les régimes fascistes qui dominaient, avant 1940, presque toute l’Europe, sauf la France.

Bien entendu, tous les nationalismes ont quelque chose de mythique et d’intellectuellement indéfendable - pourquoi être fier d’être né ici et pas ailleurs ? Mais pas plus que les religions, qui sont souvent encore plus irrationnelles. En gros, il y a deux sortes d’instincts qui poussent l’être humain vers l’irrationnel : l’un est l’invention de causes imaginaires (qui engendre religions et superstitions), l’autre le sentiment d’appartenance à un groupe (qui engendre le nationalisme). Les deux sentiments se combinant pour le pire dans les « identités religieuses ».

Mais alors que presque toute la gauche applaudit au rôle progressiste de la théologie de la libération et pour certains, de la résistance islamique (Hamas ou Hezbollah), presque personne ne veut admettre qu’il pourrait y avoir un aspect objectivement progressiste dans une certaine version du nationalisme français, celle qui était présente dans la Commune de Paris, le front populaire et la résistance. Un nationalisme, qui contrairement à sa version de droite, insiste sur la tradition issue de la Révolution, sur la singularité française et sur son indépendance. Un nationalisme qui, étant politique plutôt qu’ethnico-racial, ne s’oppose pas à un véritable internationalisme : il y avait plus d’opposition (même si on peut la juger insuffisante) aux guerres d’Indochine et d’Algérie dans le PCF de l’époque (qui était porteur de ce nationalisme progressiste) que d’opposition, dans toute la gauche actuelle, à la guerre en Afghanistan ou à l’alignement français sur l’état d’Israël. Une ironie de l’histoire veut que la gauche actuellement dominante soit issue idéologiquement de la “nouvelle gauche” des années 60, laquelle est née de la critique du PCF et, en particulier, de la mollesse de son opposition aux guerres impériales.

Mais ce nationalisme progressiste a aujourd’hui quasiment disparu, de même que le PCF, qui d’ailleurs se garderait bien aujourd’hui de défendre la souveraineté de la France comme il le faisait dans les années 1960, à l’époque où il avait encore un certain poids.

Le discours nationaliste est entièrement aux mains de la droite et consiste en une exaltation d’une identité éternelle et mythique, qu’on a essayé pitoyablement et en vain de “définir” – sans arriver à autre chose qu’à une vague islamophobie. Le PS suit, en ajoutant une dose de “laïcité” et de “droits de l’homme”, ou de la femme, plutôt rhétorique. Tout cela va de pair avec une soumission croissante envers l’étranger — les Etats-Unis, Israël ou la bureaucratie européenne. Mais à la gauche du PS, la « riposte » consiste à insister encore plus sur l’auto-dénigrement. C’est-à-dire que ce qui domine aujourd’hui sont précisément les deux faces du pétainisme : prendre exemple sur l’étranger et dénigrer la spécificité française. Le paradoxe, c’est qu’une bonne partie de la gauche, souvent celle qui se croit la plus « antifasciste », assume le rôle de dénigreur, en refusant de percevoir la nature duale du nationalisme français.

En fait, c’est autour de Mai 68, mouvement dont la nature politique était ambigüe, qu’on est passé d’un nationalisme objectivement progressiste (gaullo-communiste), car accompagné d’avancées sociales et opposé à l’hégémonie américaine, à l’auto-dénigrement réactionnaire ; le changement de paradigme étant symbolisé par deux films : celui qui incarne le mythe résistancialiste, "L’armée des ombres", et celui qui a inauguré la religion de la culpabilité, "Le chagrin et la pitié". Sous Pétain, la France devait se repentir des crimes du front populaire ; aujourd’hui elle doit se repentir des crimes de Pétain (et, pour certains, du colonialisme). Mais aucune politique progressiste ne pourra jamais se fonder sur la culpabilité et la haine de soi.

Les discours de De Gaulle à Moscou ou à Phnom Penh dans les années 1960, ou celui de Villepin à l’ONU en 2003, semblent avoir disparu dans les poubelles de l’histoire. Des pays bien moins puissants que la France, comme le Venezuela, Cuba ou l’Iran, tiennent tête aux Etats-Unis et suscitent, comme la France l’a parfois fait dans le passé, l’admiration des peuples du monde.

Les conséquences de ce changement sont catastrophiques, à la fois à l’étranger et en France. Avant 1968, il aurait été impensable d’envoyer des troupes françaises combattre sous commandement américain, par exemple au Vietnam. Si un personnage politique avait suggéré une telle chose, il aurait été dénoncé comme "valet de l’impérialisme américain" par toute la gauche. Aujourd’hui, personne n’oserait utiliser cette expression "désuète" et "stalinienne" pour parler de Sarkozy. Pourtant, rhétorique mise à part, c’est exactement ce qu’il est.

Sur le plan intérieur, on ordonne aux gens issus de l’immigration d’aimer la France (ou, sous-entendu, de la quitter). Mais comment aimer un pays qui ne s’aime pas lui-même ? Qui se soumet aux puissants et qui méprise les faibles ? Qui combat la burqa et accepte les propos de McChrystal ?

Ce n’est que si la France renoue avec ce qui fit, dans le passé, sa véritable grandeur, la liberté de sa pensée, son idéal égalitariste et l’indépendance de sa politique, qu’elle sera acceptée par tous ses citoyens et redeviendra une source d’inspiration pour le reste du monde. Mais aucune force politique, et malheureusement pas la gauche de la gauche, n’est prête aujourd’hui à contribuer à cette entreprise.

Jean Bricmont
6 juillet 2010.