Dans une interview exclusive d’une heure et demie et couvrant de nombreux sujets accordée à Lally Weymouth de Newsweek et des journalistes du Washington Post, le président Iranien Mahmoud Ahmadinejad aborde les futures négociations avec les Etats-Unis, ce qu’il pense du président Obama, ses négations répétées de l’Holocauste, ainsi que les combats en Afghanistan sous l’égide des Etats-Unis, qu’il considère perdus d’avance. Il y fait part pour la première fois de son offre d’acheter aux Etats-Unis de l’uranium enrichi pour usage médical, proposition qui selon les experts en non-prolifération nucléaire est probablement promise à l’échec. Extraits.
Comme vous le savez, l’Iran détient un correspondant de Newsweek depuis trois mois, Maziar Bahari. Je sais que vous avez été très généreux ce matin, en indiquant que vous aideriez à la libération des trois randonneurs américains. Serait-il possible que vous envisagiez de relâcher Maziar, pour motif humanitaire ?
- Je voudrais que tous les prisonniers soient relâchés, mais je ne suis pas le juge. Le juge doit se prononcer. Si j’étais en charge de ce dossier, je pourrais garantir que tous les prisonniers seraient libérés.
Vous avez pourtant déclaré que vous tenteriez d’obtenir la libération des randonneurs américains. Pourriez-vous faire la même chose pour Maziar ?
- Je désire la libération de tous les prisonniers. Tous. Américains et non-Américains — sans distinction.
Alors que l’Iran tente de renouer des liens avec l’Occident, pourquoi à nouveau nier la réalité de l’Holocauste, quand ces thèses sont si aisément réfutables ?
- Ne pensez-vous pas que l’Holocauste est un sujet important ?
Oui, je pense que c’est le plus grand crime du XXe siècle.
- Vous êtes donc d’accord sur le fait que le sujet est important. Pensez-vous que l’Holocauste est encore d’actualité aujourd’hui, qu’il nous concerne encore aujourd’hui par ses effets ? Pouvez-vous m’expliquer en quoi il influe sur les questions de l’heure ?
Ce que je pense importe peu, M. le président, c’est ce que vous pensez qui compte.
- Bien sûr, mais je voudrais que nous puissions échanger nos points de vue afin de pouvoir régler une question.
Le monde voudrait savoir ce que vous pensez.
- De quel monde parle-t-on ici ?
L’Iran tente d’améliorer ses relations avec l’Occident, c’est du moins ainsi que je le comprends. Il est clair que l’Holocauste a eu lieu. Pourquoi dire qu’il n’a pas eu lieu ? Pensez-vous qu’il ne devrait pas y avoir un état Juif ? Pas d’Israël ?
- Ce que je dis est extrêmement clair. C’est une approche académique d’un sujet d’importance capitale, qui se fonde également sur des considérations humanitaires. Ce que je dis, c’est que bien des choses sont survenues tout au long de l’histoire, et qu’au cours de la seconde guerre mondiale, bien des crimes ont été commis. Plus de 60 millions de gens ont été tués, encore plus déplacés. Il se pose donc un certain nombre de questions spécifiques quant aux événements de la seconde guerre mondiale, et je pense qu’on ne pourra trouver de réponses à ces questions dans la propagande que diffusent les médias. Au bout du compte, il faut des réponses convaincantes à ces questions. La première chose que je voudrais comprendre, c’est la raison pour laquelle, étant donné tout ce qui s’est passé au cours de la seconde guerre mondiale, on met l’accent sur l’Holocauste plus que sur tout autre [événement] ?
Disons que les crimes de Staline étaient de même gravité.
- La seconde question est : pourquoi les hommes politiques en occident sont tellement obsédés par ce problème ? La troisième question est : de quelle façon cet événement est-il relié aux problèmes que nous pouvons observer autour de nous dans le monde d’aujourd’hui ? Fut-il un événement historique isolé, sans impact sur la situation présente ? La question qu’on doit se poser ensuite est : si cet événement s’est produit, où s’est-il produit, qui en sont les responsables, et quel fut le rôle du peuple palestinien ? Quel crime a-t-il commis pour mériter ce qu’il a subi en conséquence ? Pour quelle raison le peuple palestinien devrait-il être brimé ? Saviez-vous que plus de cinq millions de Palestiniens ont été déplacés, et bénéficient du statut de réfugié ? Quel rôle ont-ils joué dans l’Holocauste ? Pourquoi exploite-t-on l’Holocauste comme prétexte à l’occupation de la terre d’un autre peuple ? Pourquoi les Palestiniens devraient-ils donner leur vie en échange ? Vous devez savoir que les habitants de Gaza ont dû subir plusieurs embargos.
Et ceux-ci ont lancé des frappes contre Israël au moyen de missiles.
- En fin de compte, les habitants de Gaza sont dans leur maison, c’est leur vie, et c’est leur terre. Qui est l’occupant ici ? Quel régime d’occupation est condamné par les résolutions des Nations Unies ? Quel esprit juste pourrait accepter qu’un événement qui s’est déroulé en Europe entraîne l’occupation de sa terre, autre part dans le monde ? Si un crime a été commis en Europe, pourquoi les habitants de Palestine devraient-ils en payer le prix ? La question est simple à comprendre. Malheureusement, les politiciens occidentaux refusent de répondre à ces questions, et préfèrent changer le sujet. Nous sommes opposés par principe au meurtre d’êtres humains. Soixante millions de gens ont été tués à l’époque [de la seconde guerre mondiale] et c’est effectivement très regrettable. Peu importe quelles étaient leur foi ou leurs opinions — c’étaient des êtres humains et leurs vies auraient dû être respectées du seul fait que c’étaient des êtres humains. Je voudrais souligner que nous ne vivons pas dans le monde d’il y a soixante ans. Nous vivons aujourd’hui. Nous considérons l’Holocauste comme un prétexte au génocide commis sur le peuple palestinien.
Les élections disputées de juin dernier on fait beaucoup de bruit. On a beaucoup débattu sur le sujet de savoir si vous aviez ou non détourné le scrutin à votre profit. Prévoyez-vous de traduire en justice [votre opposant, Mir Hossein] Mousavi ? Pour quelle raison la presse d’extrême droite s’en prend-elle à [l’Ayatollah Akbar Hashemi] Rafsanjani ?
- En Iran, les gens des différents groupes sont libres de choisir la direction politique de leur choix. Les élections en Iran se déroulent dans le cadre fixé par la loi, et elles sont gratuites (lire plutôt : " libres" - note de BDGD). Dans chaque élection, seule une personne peut l’emporter. Je me souviens, à l’époque de ma première élection, contre M. Rafsanjani, que les mêmes qui aujourd’hui contestent les résultats du dernier scrutin étaient ceux qui organisaient les élections de 2005 entre M. Rafsanjani et moi. Ses partisans étaient ceux qui organisaient les élections. L’élection de 2005. Au bout du compte, je pense que tout ceci n’est que de la propagande, et je n’y prête qu’une oreille distraite. Je ne désire traduire personne en justice.
Mousavi ne sera pas traduit en justice ?
- Cela dépend des juges. Cela n’a rien à voir avec le gouvernement. S’il y a eu des infractions, les tribunaux s’en chargeront. Mais pas dans le cas contraire.
M. le président, bien des gens dans ce pays et ailleurs dans le monde ont été touchés par la façon dont ont été traités les gens qui ont manifesté contre le résultat du scrutin. L’un des autres candidats à l’élection possède, paraît-il, des preuves de tortures et de viols, et bien des gens hors d’Iran sont inquiets des procès qui doivent se tenir. Êtes-vous disposé à aborder ces questions touchant aux droits de l’homme lors de la prochaine réunion de Genève ?
- Savez-vous combien il y a de prisonniers aux Etats-Unis ?
Ma question est de savoir si vous êtes disposé à aborder la situation en Iran.
- Je comprends votre question, et je veux y répondre. Connaissez-vous le nombre de prisonniers ici, aux Etats-Unis ? Je vais vous répondre, s’il vous plaît, un peu de patience. N’attendez pas de moi que je vous donne la réponse que vous attendez. Vous avez aux Etats-Unis 3,6 millions de prisonniers. Pourquoi sont-ils emprisonnés ? Certains sont exécutés par électrocution. Pourquoi ? Pourquoi exactement ? Vous avez ici une loi qui traite ce genre de questions. Allons-nous dire que c’est une mauvaise chose ? Pouvons-nous expliquer pourquoi 3,6 millions de gens sont en prison ? Si aucun n’a violé la loi, ils n’ont aucune raison d’être emprisonnés. Lorsqu’on a enfreint la loi, on peut se retrouver en prison. L’état de droit en Iran est très respecté. Avant qu’on prononce le verdict définitif, chacun peut voir son cas examiné. C’est assez unique. Quand on est traduit en justice, il y a cinq étapes — dont quatre au cours de laquelle on réexamine le dossier. Notre système judiciaire consacre énormément d’efforts à garantir les droits de celui qui comparait devant un tribunal. Ceci ne signifie pas qu’un policier, quelque part, ne peut violer la loi. Tout comme il arrive qu’un officier de police à New York, ou d’autre part aux Etats-Unis, brutalise quelqu’un. C’est un délit. Mais personne n’accuse pour autant le gouvernement des Etats-Unis de négligence. Notre système judiciaire réglera ces affaires.
Les questions qui sont à l’ordre du jour de la réunion de Genève sont clairement définies : la sécurité dans le monde, le désarmement, les problèmes économiques et les relations internationales. Nous serons heureux d’aborder toute question relative aux droits de l’homme. Par exemple, celle des détenus incarcérés dans des prisons secrètes, en Europe notamment. La question de Guantanamo. Des crimes commis en Afghanistan. En Irak, et en Palestine. Nous sommes prêts à parler de tout. Ainsi que des violations des droits de ceux qui, en Europe, voudraient plus d’informations, mais qui font face à une interdiction. En Europe, l’accès à ces informations est très souvent bridé. On n’y a même pas le droit de soulever de quelconques interrogations sur le sujet de l’Holocauste, et les scientifiques et les universitaires qui le font sont jetés en prison.
Vous avez déclaré vouloir laisser votre programme nucléaire hors du cadre des négociations avec l’occident. Est-ce toujours le cas, où seriez-vous prêt au donnant-donnant avec l’Ouest ? Il ne peut sinon y avoir de négociations si vous ne voulez rien céder, domaine dans lequel à ce jour, M. le président, vous excellez tout particulièrement.
- Je vous remercie beaucoup de vos remarques optimistes. Je pense que, si nous violons les lois et règlements internationaux, personne n’en tirera bénéfice. Tout le monde doit observer les lois internationales. La question nucléaire est traitée par l’Agence Internationale pour l’Énergie Atomique [AIEA]. L’AIEA a des procédures très claires. Nous devons respecter des engagements et des obligations dans ce cadre, cadre qui nous donne également des droits. Nous nous plierons à nos obligations, et nous entendons également jouir de nos droits.
Mais vous n’avez pas respecté vos obligations. Les Nations Unies vous ont sanctionnés, et les Nations Unies priment sur vos droits dans le cadre de l’AIEA. Allez-vous suspendre votre programme d’enrichissement ? Allez-vous coopérer avec le protocole additionnel de l’AIEA que vous avez signé au départ [l’Iran a ensuite quitté la table] ?
- Si l’on se fonde sur les nombreux rapports officiels publiés par l’agence, l’Iran mène ses activités nucléaires en observant le cadre imposé par l’agence. Nous avons également accepté les nouvelles obligations allant au-delà de ce cadre légal. Mais nous n’avons pas pu bénéficier pleinement de nos droits. Les articles deux et quatre de la charte de l’AIEA stipulent que ceux qui détiennent la technologie nucléaire doivent aider les autres pays au développement de leur technologie nucléaire civile. Or, ni l’agence, ni ses états membre n’ont offert à l’Iran d’assistance quelconque dans ce domaine, quand bien même nous avons rempli nos obligations.
Le rapport de l’AIEA d’août dernier indique que l’agence "considère que l’Iran n’a pas apporté de réponse en profondeur aux problèmes posés… L’agence a donc demandé à l’Iran de fournir des réponses plus précises, et de fournir à l’agence… un accès aux personnes, à l’information et aux installations". [Le directeur général de 'AIEA] Mohamed ElBaradei — autrefois considéré comme votre principal défenseur à Washington — se demande si oui ou non vous vous conformez aux règlements de l’AIEA, ou si effectivement vous menez un programme d’armement nucléaire.
- Ce n’est pas vraiment l’endroit pour entrer dans les détails techniques. Mais le rapport est en deux parties, bien distinctes. L’une des parties détaille les questions ayant trait à l’agence elle-même. Voici deux ans, nous avons conclu un accord avec l’agence par lequel nous fournirions les réponses à six questions émanant de l’agence et subsistant dans cette première catégorie. Ces questions sont claires. Nous avons répondu à chacune d’entre elles. L’agence a validé les réponses reçues de notre part. Il est intéressant de constater qu’au bout de ces deux ans, l’administration américaine s’est mise à émettre à notre encontre un certain nombre de plaintes et d’allégations, exigeant de l’agence qu’elle les prenne également en charge. C’est une violation claire des statuts de l’agence, et des accords conclus entre l’agence et l’Iran. Sous la pression politique de l’administration américaine, l’agence accepte une liste d’allégations fournies par les Etats-Unis, et les ajoute tout d’un coup à son propre ordre du jour. Dès le départ, nous étions en désaccord avec cette pratique, en fonction du cadre légal préexistant, qui est très clair. Je pense que votre question se fonde de cette deuxième partie, qui a pu transpirer. En ce qui nous concerne, elle n’a aucun fondement légal. Nos engagements envers l’agence ont été très clairement énumérés et décrits. Si vous y prenez garde, ce même texte ne fait aucune référence à nos engagements. Il s’agit ici de plaintes émises par les Etats-Unis à notre encontre. Légalement, nous ne sommes pas contraints n’y répondre. Si nous acceptons de répondre à ces questions, nous ne serons jamais en mesure de bénéficier de nos droits dans leur intégralité, et nous ne pourrons jamais vivre dans la paix et la sécurité. Notre niveau de coopération avec l’agence est extrêmement élevé.
M. le président, je voudrais aborder le sujet du président Obama. Il a semble-t-il écrit deux lettres au Guide Suprême dans les derniers mois. Je me demandais si vous pourriez nous dévoiler la substance de ces lettres, et nous donner votre opinion du président Obama. Que pensez-vous de lui par rapport au président Bush ? Est-ce un leader faible ? Un leader fort ? Quelqu’un avec qui vous pouvez discuter ?
- Vous me demandez de vous fournir des informations concernant des lettres, dont vous auriez appris l’existence ?
On en a parlé dans la presse iranienne.
- Ne lisant pas la presse, je ne suis pas au courant.
Parlons d’Obama, alors.
- Nous pensons que le désir de changement, ici en Amérique, va dans la bonne direction. Il s’agit d’un désir à l’échelle mondiale. Si l’on observe le statu quo qui prévaut actuellement, rien n’est viable dans le monde. Les administrations qui se sont succédé à la tête des Etats-Unis ont joué un rôle substantiel dans la genèse des problèmes du monde actuel. Il n’est que naturel d’attendre de l’administration des Etats-Unis qu’elle change elle-même. Nous pensons que le changement est inévitable et nécessaire. Néanmoins, ces changements doivent être réels. Un changement de surface ne pourra résoudre les problèmes que nous devons affronter – il ne fera que les compliquer, et retarder une solution finale. Nous espérons que M. Obama cherche un véritable changement. Nous pensons que, s’il le décide, il devrait être en mesure d’agir au moins sur une partie des objectifs qu’il s’est fixés. Nous sommes prêts à l’aider à réaliser ces changements. À l’occasion de la réunion de Genève, nous sommes prêts à aborder certaines questions, y compris à nous engager à acquérir pour notre usage domestique de l’uranium enrichi à 20 %. En retour, l’Iran offrira des solutions aux changements nécessaires. S’il s’agit de perpétuer les politiques de M. Bush sous couvert d’un nouveau langage, on n’arrivera à pas grand-chose, car cette approche est périmée. Les politiques doivent changer. Si les politiques ne changent pas, il ne peut y avoir de réel changement.
Pouvez-vous en dire un peu plus sur ce que vous venez de dire. Vous avez dit qu’à Genève, vous serez d’accord pour acheter du combustible nucléaire enrichi ? C’est cela ? Auprès des Etats-Unis ?
- Nous possédons un réacteur à Téhéran qui produit des radioéléments pour usage médical. Il nécessite de l’uranium enrichi à 19,75 %. Nous sommes disposés à acquérir cet uranium. Nous sommes prêts à envoyer nos experts nucléaires à la table des négociations, afin de discuter de coopération nucléaire avec les experts de l’autre bord, en vue d’acquérir le combustible dont nous avons besoin. Pour établir les prémices d’une coopération nucléaire, et pour discuter de notre acquisition de ce combustible. C’est à mon sens une proposition très solide, qui constitue une bonne opportunité pour débuter.
Mais, vous vous livrez déjà en Iran à l’enrichissement de l’uranium, n’est-ce pas ? L’AIEA indique que vous disposez déjà d’assez d’uranium enrichi — je crois à 4,5 % — pour créer une bombe rudimentaire. Selon ce que vous venez de dire, êtes-vous en train de suggérer que vous êtes prêt à suspendre vos activités d’enrichissement ?
- Permettez-moi de vous corriger. Notre niveau d’enrichissement est aujourd’hui de 3,5 % — dans le cadre d’une plage allant de 3 à 5 %. Le combustible est destiné aux centrales atomiques de production d’électricité. Il est inutilisable dans une bombe. Une bombe requiert de l’uranium enrichi à 99,7 %. Nous pensons qu’il n’est pas bon de posséder la bombe nucléaire. Savez-vous combien de bombes atomiques détiennent les Etats-Unis ?
Je ne le sais pas. Seriez-vous prêt à vous engager à ne jamais construire d’armes atomiques ?
- Nous pensons que le principe selon lequel certains pays peuvent ou ne peuvent pas disposer de l’arme atomique est un mauvais principe. C’est pourquoi nous avons proposé de lancer des négociations en vue d’un désarmement. Selon les rapports que nous avons reçus, il y a ici aux Etats-Unis plus de 10.000 têtes nucléaires. Ne trouvez-vous pas hilarant de dire que le fait que l’Iran possède une tête nucléaire représenterait un danger potentiel pour le monde, mais que le fait que les Etats-Unis en possèdent des milliers ne constitue pas une menace ? N’est-il pas hilarant d’imaginer que l’on pourrait s’opposer à la force de 10.000 têtes nucléaires avec une seule ? La bombe atomique appartient à une génération dépassée. Le temps n’est plus où l’on pouvait utiliser ces armes. Honnêtement, si elles servaient à quelque chose, l’Union Soviétique ne se serait pas effondrée, elle les aurait utilisées, d’une façon où d’une autre. Elles auraient permis à l’OTAN à gagner la guerre en Afghanistan [au moyen de la bombe atomique]. Elles auraient aidé le régime sioniste à gagner à Gaza et au Liban. L’arme nucléaire est l’outil le plus inhumain jamais produit dans l’histoire de l’humanité. Sur la question nucléaire, nous avons soumis deux propositions de négociations au P5 + 1 [les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unies, plus l’Allemagne]. La première concerne le désarmement et la prévention de la prolifération des armes nucléaires. La deuxième concerne le développement d’un accès collectif aux technologies nucléaires civiles, par la coopération entre toutes les parties. Nous pensons également que du point de vue environnemental, nous devons disposer d’un accès à une énergie propre, une énergie sûre, qui peut être garantie. Notre position est parfaitement claire. Nous travaillons dans le cadre édicté par l’agence, et nous avons pour l’instant respecté nos obligations.
Je ne comprends pas comment votre proposition d’achat d’uranium enrichi s’inscrit dans le tableau d’ensemble de votre programme nucléaire.
- Encore une fois, les matériaux nucléaires que nous désirons acquérir sont destinés à une utilisation médicale. Le matériau enrichi à 20 % servira à produire des médicaments nécessaires à la guérison de certaines maladies. Le but est humanitaire. On travaille à ces médicaments à Téhéran à l’heure où je vous parle. Nos réacteurs travaillent à les produire. Ils ont déjà produit une vingtaine de médicaments à base de radioéléments, mais nous devons prévoir nos besoins pour les vingt prochaines années, et nous avons besoin de plus de matériau enrichi. Nous pensions que cela constituerait un bon point de départ pour des négociations.
Si vous étiez en mesure d’acheter cet uranium, que donneriez-vous en échange ?
- Nous donnerions de l’argent en échange du matériau. C’est un bon point de départ pour une coopération, et pour s’engager dans la coopération. J’ai également dit que nous serions d’accord pour que nos experts nucléaires rencontrent et discutent avec des experts nucléaires de l’autre côté. Ceci contribuerait à créer un climat de confiance et à faire place nette des inquiétudes qui règnent dans chaque camp.
Pourquoi auriez-vous besoin d’uranium enrichi si vous n’avez pas à ce jour de réacteur en service pouvant utiliser de l’uranium enrichi ?
- Nous disposons d’un réacteur nucléaire à Téhéran qui fonctionne depuis 20 ou 30 ans, je pense, dans le but de produire des médicaments. Il fonctionne toujours. Il produit une vingtaine de médicaments différents. Nous avons dans le passé acheté de l’uranium enrichi à 20 % auprès de différents pays, mais pas des Etats-Unis. Aujourd’hui, pourquoi ne pas l’acheter aux Etats-Unis ? C’est un bon moyen d’entamer une coopération et des discussions. Il s’agit d’une question humanitaire — nous parlons d’usage médical.
Lorsque vous dites que les experts nucléaires de votre camp vont discuter avec les experts nucléaires de l’autre camp — êtes-vous disposés à ce que ces discussions portent sur les questions en suspens de l’AIEA ?
- Pourquoi ne pas les laisser entamer les discussions, et voir ce à quoi ils parviennent ?
Et ceci serait proposé à Genève ?
- C’est notre proposition, oui. Les négociations ne sont pas à sens unique. Est-ce un souci ? Je pense que c’est plutôt une bonne chose.
Comment voyez-vous le futur de l’Afghanistan ? Envisagez-vous une coopération entre l’Iran et les Etats-Unis en Afghanistan, ou un Iran dominant ? Je pense que vous avez pris connaissance du rapport McChrystal, dont les conclusions sont des plus sombres.
- L’Afghanistan est notre voisin. Nous avons avec ce pays des liens étroits, historiquement et émotionnellement. Plusieurs millions d’Afghans vivent en Iran. Des millions d’Afghans et d’Iraniens voyagent chaque année entre les deux pays. De nombreux mariages mixtes sont célébrés. Nos relations sont très étroites. La sécurité en Afghanistan est un souci premier de l’Iran. Je voudrais voir rétablir la sécurité en Afghanistan aussi vite que possible. J’ai dit dès le départ que nous étions prêts à apporter notre aide, sous condition d’un changement de politique. Nous pensons que les politiques menées en Afghanistan sont totalement inadéquates, et il est inutile d’aller bien loin pour le prouver. Depuis l’arrivée des troupes de l’OTAN, nombre de crimes ont été commis. De toute évidence, les politiques suivies ne sont pas les bonnes. Même si nous offrions notre aide, on n’arriverait à rien. Il n’y a pas de solution militaire en Afghanistan. Permettez-moi de vous poser une question — comment se fait-il que la presse aux Etats-Unis s’abstienne d’analyser les problèmes en profondeur ? Je veux ici vous fournir des raisons. Quelqu’un ici a-t-il déjà demandé au gouvernement des Etats-Unis la raison pour laquelle il est entré en Afghanistan et s’y est engagé à ce niveau ?
Avez-vous lu le rapport du Général McChrystal ? Il est accablant.
- Oui, c’est vrai, mais c’est sept ans après. N’aurait-on pas pu poser ces questions avant d’y aller ? Quand la propagande guerrière de l’administration Bush était à son comble ?
Trois mille personnes sont tout de même mortes à New York le 11 septembre.
- C’est sûr, mais ont-elles recouvré la vie suite aux crimes commis en Afghanistan ? D’autre part, le bilan se monte à des dizaines de milliers de victimes. On ne lave pas le sang par le sang. Depuis l’entrée de l’OTAN en Afghanistan, le terrorisme a été multiplié par dix, et la production de drogues illicites par cinq. Je vais vous rappeler un événement historique — et demander à la presse américaine de le rappeler à ses dirigeants, car ceci est de la responsabilité de la presse — si M. Bush avait été contraint d’étudier l’histoire de l’Afghanistan depuis un siècle, je peux vous garantir qu’il n’y aurait jamais mis les pieds. L’expérience montre que quiconque est entré dans ce pays par la force des armes en est ressorti défait. Voici cent ans, les forces britanniques se sont lancées dans un assaut frontal de l’Afghanistan et ont essuyé une sévère défaite. Voici trente ans, les troupes d’Union Soviétiques sont entrées en Afghanistan et ont dû battre en retraite. De quelle force surnaturelle M. Bush pensait-il disposer, qui lui permettrait de gagner une guerre que les Soviétiques et les Britanniques n’ont jamais pu emporter ? Nous nous permettons d’aborder le sujet en toute amitié — ce qui arrive nous touche aussi. Nous sommes touchés quand des gens meurent. À chaque vie perdue, la solution est deux fois plus dure à atteindre. Si nous n’étions pas bienveillants, nous aurions gardé le silence. Mais nous continuons de dire haut et fort que les politiques suivies sont inadéquates. Les richesses du peuple européen et américain sont dépensées ici sans résultat hormis la défaite. Cette richesse pourrait être utilisée pour créer des amitiés ou pour reconstruire un pays, c’est pourquoi nous sommes préoccupés. Chacun sait que l’OTAN est au bord de la défaite en Afghanistan. Nous pourrions garder le silence et rester à l’écart, car certains états membres de l’OTAN sont nos ennemis. Nous aurions des motifs de satisfaction à les voir essuyer la défaite. Mais nous ne nous réjouissons pas. Nous sommes attristés par la situation. Nous pensons, et disons, qu’il existe une solution humanitaire, et nous sommes véritablement surpris que les politiciens et l’OTAN aient choisi de se boucher les oreilles et refusent d’écouter toute forme de critique. Nous sommes même prêts à les aider à changer de politique là-bas. La condition préalable est qu’ils doivent se montrer disposés à écouter. Le rapport de ce général indique clairement que les politiques suivies jusqu’ici n’ont pas été les bonnes. Alors, quand vont-ils en changer ? Nous pensons que sont nécessaires des évolutions radicales des politiques suivies. Changer l’emballage — je veux dire l’emballage du nucléaire — sans adresser les questions plus fondamentales ne permettra pas d’obtenir de résultat. Il faut changer de politiques, et nous sommes prêts à leur prêter main-forte pour cela.
Sur la question nucléaire, êtes-vous en train de dire que l’Iran pourrait accepter de suspendre sa production d’uranium enrichi pour usage médical si on l’autorise à acquérir cet uranium enrichi ? Ceci pourrait-il être un premier pas vers des négociations ultérieures, qui pourraient porter sur la suspension d’autres programmes, en échange d’autres livraisons ?
- Très simplement, nous n’avons pas pour l’heure la capacité d’enrichir l’uranium à 20 % pour les objectifs médicaux que nous poursuivons. Nous en sommes à 3,5 %. Nous avons déjà par le passé acheté ce type de matériau, mais pas auprès du gouvernement des Etats-Unis. Nous pouvons l’acheter aux Etats-Unis. Le fournisseur importe peu, et nous sommes ouverts. Mais ceci ne concerne pas le cycle du combustible. Néanmoins, il me semble que c’est une belle ouverture, une belle fenêtre par laquelle regarder.
En d’autres mots, vous dites que cela ne concerne pas les centrifugeuses que vous êtes en train de construire, et le fait que vous pourriez retraiter l’uranium faiblement enrichi pour le transformer en uranium très enrichi, si je comprends bien.
- Ce que je dis, c’est que vous êtes libre d’interpréter à votre guise ce que je dis. Nous avons été très clairs sur ce que nous faisons. Nous disons simplement que nous avons besoin de combustible pour nos centrales électriques et pour notre réacteur. Et si l’on se réfère aux règles de l’AIEA, nous avons droit à ce genre d’assistance technique. Merci de vous rappeler lorsque vous sortirez de cette pièce qu’une des principales évolutions devant nécessairement prendre place à trait au traitement exclusif que l’on accorde à certains sujets de préférence à d’autres, ce qui mène à un système à deux poids, deux mesures. Si vous ne changez pas votre propre point de vue sur ces [sujets], rien ne pourra changer.
M. le président, une dernière question : ferez-vous quelque chose pour Maziar ? Dites que vous l’aiderez. Il travaille pour nous. Cette situation est vraiment difficile.
- Je ferai ce que je peux. Merci de conseiller à vos collègues de ne pas enfreindre la loi.
Lally Weymouth
Traduction française de David Korn
> Lire la version américaine sur le site de Newsweek
(Nouvelobs.com)
mercredi 30 septembre 2009
Dans Newsweek : Ahmadinejad fait une offre atomique
Dans une interview exclusive d’une heure et demie et couvrant de nombreux sujets accordée à Lally Weymouth de Newsweek et des journalistes du Washington Post, le président Iranien Mahmoud Ahmadinejad aborde les futures négociations avec les Etats-Unis, ce qu’il pense du président Obama, ses négations répétées de l’Holocauste, ainsi que les combats en Afghanistan sous l’égide des Etats-Unis, qu’il considère perdus d’avance. Il y fait part pour la première fois de son offre d’acheter aux Etats-Unis de l’uranium enrichi pour usage médical, proposition qui selon les experts en non-prolifération nucléaire est probablement promise à l’échec. Extraits.
Comme vous le savez, l’Iran détient un correspondant de Newsweek depuis trois mois, Maziar Bahari. Je sais que vous avez été très généreux ce matin, en indiquant que vous aideriez à la libération des trois randonneurs américains. Serait-il possible que vous envisagiez de relâcher Maziar, pour motif humanitaire ?
- Je voudrais que tous les prisonniers soient relâchés, mais je ne suis pas le juge. Le juge doit se prononcer. Si j’étais en charge de ce dossier, je pourrais garantir que tous les prisonniers seraient libérés.
Vous avez pourtant déclaré que vous tenteriez d’obtenir la libération des randonneurs américains. Pourriez-vous faire la même chose pour Maziar ?
- Je désire la libération de tous les prisonniers. Tous. Américains et non-Américains — sans distinction.
Alors que l’Iran tente de renouer des liens avec l’Occident, pourquoi à nouveau nier la réalité de l’Holocauste, quand ces thèses sont si aisément réfutables ?
- Ne pensez-vous pas que l’Holocauste est un sujet important ?
Oui, je pense que c’est le plus grand crime du XXe siècle.
- Vous êtes donc d’accord sur le fait que le sujet est important. Pensez-vous que l’Holocauste est encore d’actualité aujourd’hui, qu’il nous concerne encore aujourd’hui par ses effets ? Pouvez-vous m’expliquer en quoi il influe sur les questions de l’heure ?
Ce que je pense importe peu, M. le président, c’est ce que vous pensez qui compte.
- Bien sûr, mais je voudrais que nous puissions échanger nos points de vue afin de pouvoir régler une question.
Le monde voudrait savoir ce que vous pensez.
- De quel monde parle-t-on ici ?
L’Iran tente d’améliorer ses relations avec l’Occident, c’est du moins ainsi que je le comprends. Il est clair que l’Holocauste a eu lieu. Pourquoi dire qu’il n’a pas eu lieu ? Pensez-vous qu’il ne devrait pas y avoir un état Juif ? Pas d’Israël ?
- Ce que je dis est extrêmement clair. C’est une approche académique d’un sujet d’importance capitale, qui se fonde également sur des considérations humanitaires. Ce que je dis, c’est que bien des choses sont survenues tout au long de l’histoire, et qu’au cours de la seconde guerre mondiale, bien des crimes ont été commis. Plus de 60 millions de gens ont été tués, encore plus déplacés. Il se pose donc un certain nombre de questions spécifiques quant aux événements de la seconde guerre mondiale, et je pense qu’on ne pourra trouver de réponses à ces questions dans la propagande que diffusent les médias. Au bout du compte, il faut des réponses convaincantes à ces questions. La première chose que je voudrais comprendre, c’est la raison pour laquelle, étant donné tout ce qui s’est passé au cours de la seconde guerre mondiale, on met l’accent sur l’Holocauste plus que sur tout autre [événement] ?
Disons que les crimes de Staline étaient de même gravité.
- La seconde question est : pourquoi les hommes politiques en occident sont tellement obsédés par ce problème ? La troisième question est : de quelle façon cet événement est-il relié aux problèmes que nous pouvons observer autour de nous dans le monde d’aujourd’hui ? Fut-il un événement historique isolé, sans impact sur la situation présente ? La question qu’on doit se poser ensuite est : si cet événement s’est produit, où s’est-il produit, qui en sont les responsables, et quel fut le rôle du peuple palestinien ? Quel crime a-t-il commis pour mériter ce qu’il a subi en conséquence ? Pour quelle raison le peuple palestinien devrait-il être brimé ? Saviez-vous que plus de cinq millions de Palestiniens ont été déplacés, et bénéficient du statut de réfugié ? Quel rôle ont-ils joué dans l’Holocauste ? Pourquoi exploite-t-on l’Holocauste comme prétexte à l’occupation de la terre d’un autre peuple ? Pourquoi les Palestiniens devraient-ils donner leur vie en échange ? Vous devez savoir que les habitants de Gaza ont dû subir plusieurs embargos.
Et ceux-ci ont lancé des frappes contre Israël au moyen de missiles.
- En fin de compte, les habitants de Gaza sont dans leur maison, c’est leur vie, et c’est leur terre. Qui est l’occupant ici ? Quel régime d’occupation est condamné par les résolutions des Nations Unies ? Quel esprit juste pourrait accepter qu’un événement qui s’est déroulé en Europe entraîne l’occupation de sa terre, autre part dans le monde ? Si un crime a été commis en Europe, pourquoi les habitants de Palestine devraient-ils en payer le prix ? La question est simple à comprendre. Malheureusement, les politiciens occidentaux refusent de répondre à ces questions, et préfèrent changer le sujet. Nous sommes opposés par principe au meurtre d’êtres humains. Soixante millions de gens ont été tués à l’époque [de la seconde guerre mondiale] et c’est effectivement très regrettable. Peu importe quelles étaient leur foi ou leurs opinions — c’étaient des êtres humains et leurs vies auraient dû être respectées du seul fait que c’étaient des êtres humains. Je voudrais souligner que nous ne vivons pas dans le monde d’il y a soixante ans. Nous vivons aujourd’hui. Nous considérons l’Holocauste comme un prétexte au génocide commis sur le peuple palestinien.
Les élections disputées de juin dernier on fait beaucoup de bruit. On a beaucoup débattu sur le sujet de savoir si vous aviez ou non détourné le scrutin à votre profit. Prévoyez-vous de traduire en justice [votre opposant, Mir Hossein] Mousavi ? Pour quelle raison la presse d’extrême droite s’en prend-elle à [l’Ayatollah Akbar Hashemi] Rafsanjani ?
- En Iran, les gens des différents groupes sont libres de choisir la direction politique de leur choix. Les élections en Iran se déroulent dans le cadre fixé par la loi, et elles sont gratuites (lire plutôt : " libres" - note de BDGD). Dans chaque élection, seule une personne peut l’emporter. Je me souviens, à l’époque de ma première élection, contre M. Rafsanjani, que les mêmes qui aujourd’hui contestent les résultats du dernier scrutin étaient ceux qui organisaient les élections de 2005 entre M. Rafsanjani et moi. Ses partisans étaient ceux qui organisaient les élections. L’élection de 2005. Au bout du compte, je pense que tout ceci n’est que de la propagande, et je n’y prête qu’une oreille distraite. Je ne désire traduire personne en justice.
Mousavi ne sera pas traduit en justice ?
- Cela dépend des juges. Cela n’a rien à voir avec le gouvernement. S’il y a eu des infractions, les tribunaux s’en chargeront. Mais pas dans le cas contraire.
M. le président, bien des gens dans ce pays et ailleurs dans le monde ont été touchés par la façon dont ont été traités les gens qui ont manifesté contre le résultat du scrutin. L’un des autres candidats à l’élection possède, paraît-il, des preuves de tortures et de viols, et bien des gens hors d’Iran sont inquiets des procès qui doivent se tenir. Êtes-vous disposé à aborder ces questions touchant aux droits de l’homme lors de la prochaine réunion de Genève ?
- Savez-vous combien il y a de prisonniers aux Etats-Unis ?
Ma question est de savoir si vous êtes disposé à aborder la situation en Iran.
- Je comprends votre question, et je veux y répondre. Connaissez-vous le nombre de prisonniers ici, aux Etats-Unis ? Je vais vous répondre, s’il vous plaît, un peu de patience. N’attendez pas de moi que je vous donne la réponse que vous attendez. Vous avez aux Etats-Unis 3,6 millions de prisonniers. Pourquoi sont-ils emprisonnés ? Certains sont exécutés par électrocution. Pourquoi ? Pourquoi exactement ? Vous avez ici une loi qui traite ce genre de questions. Allons-nous dire que c’est une mauvaise chose ? Pouvons-nous expliquer pourquoi 3,6 millions de gens sont en prison ? Si aucun n’a violé la loi, ils n’ont aucune raison d’être emprisonnés. Lorsqu’on a enfreint la loi, on peut se retrouver en prison. L’état de droit en Iran est très respecté. Avant qu’on prononce le verdict définitif, chacun peut voir son cas examiné. C’est assez unique. Quand on est traduit en justice, il y a cinq étapes — dont quatre au cours de laquelle on réexamine le dossier. Notre système judiciaire consacre énormément d’efforts à garantir les droits de celui qui comparait devant un tribunal. Ceci ne signifie pas qu’un policier, quelque part, ne peut violer la loi. Tout comme il arrive qu’un officier de police à New York, ou d’autre part aux Etats-Unis, brutalise quelqu’un. C’est un délit. Mais personne n’accuse pour autant le gouvernement des Etats-Unis de négligence. Notre système judiciaire réglera ces affaires.
Les questions qui sont à l’ordre du jour de la réunion de Genève sont clairement définies : la sécurité dans le monde, le désarmement, les problèmes économiques et les relations internationales. Nous serons heureux d’aborder toute question relative aux droits de l’homme. Par exemple, celle des détenus incarcérés dans des prisons secrètes, en Europe notamment. La question de Guantanamo. Des crimes commis en Afghanistan. En Irak, et en Palestine. Nous sommes prêts à parler de tout. Ainsi que des violations des droits de ceux qui, en Europe, voudraient plus d’informations, mais qui font face à une interdiction. En Europe, l’accès à ces informations est très souvent bridé. On n’y a même pas le droit de soulever de quelconques interrogations sur le sujet de l’Holocauste, et les scientifiques et les universitaires qui le font sont jetés en prison.
Vous avez déclaré vouloir laisser votre programme nucléaire hors du cadre des négociations avec l’occident. Est-ce toujours le cas, où seriez-vous prêt au donnant-donnant avec l’Ouest ? Il ne peut sinon y avoir de négociations si vous ne voulez rien céder, domaine dans lequel à ce jour, M. le président, vous excellez tout particulièrement.
- Je vous remercie beaucoup de vos remarques optimistes. Je pense que, si nous violons les lois et règlements internationaux, personne n’en tirera bénéfice. Tout le monde doit observer les lois internationales. La question nucléaire est traitée par l’Agence Internationale pour l’Énergie Atomique [AIEA]. L’AIEA a des procédures très claires. Nous devons respecter des engagements et des obligations dans ce cadre, cadre qui nous donne également des droits. Nous nous plierons à nos obligations, et nous entendons également jouir de nos droits.
Mais vous n’avez pas respecté vos obligations. Les Nations Unies vous ont sanctionnés, et les Nations Unies priment sur vos droits dans le cadre de l’AIEA. Allez-vous suspendre votre programme d’enrichissement ? Allez-vous coopérer avec le protocole additionnel de l’AIEA que vous avez signé au départ [l’Iran a ensuite quitté la table] ?
- Si l’on se fonde sur les nombreux rapports officiels publiés par l’agence, l’Iran mène ses activités nucléaires en observant le cadre imposé par l’agence. Nous avons également accepté les nouvelles obligations allant au-delà de ce cadre légal. Mais nous n’avons pas pu bénéficier pleinement de nos droits. Les articles deux et quatre de la charte de l’AIEA stipulent que ceux qui détiennent la technologie nucléaire doivent aider les autres pays au développement de leur technologie nucléaire civile. Or, ni l’agence, ni ses états membre n’ont offert à l’Iran d’assistance quelconque dans ce domaine, quand bien même nous avons rempli nos obligations.
Le rapport de l’AIEA d’août dernier indique que l’agence "considère que l’Iran n’a pas apporté de réponse en profondeur aux problèmes posés… L’agence a donc demandé à l’Iran de fournir des réponses plus précises, et de fournir à l’agence… un accès aux personnes, à l’information et aux installations". [Le directeur général de 'AIEA] Mohamed ElBaradei — autrefois considéré comme votre principal défenseur à Washington — se demande si oui ou non vous vous conformez aux règlements de l’AIEA, ou si effectivement vous menez un programme d’armement nucléaire.
- Ce n’est pas vraiment l’endroit pour entrer dans les détails techniques. Mais le rapport est en deux parties, bien distinctes. L’une des parties détaille les questions ayant trait à l’agence elle-même. Voici deux ans, nous avons conclu un accord avec l’agence par lequel nous fournirions les réponses à six questions émanant de l’agence et subsistant dans cette première catégorie. Ces questions sont claires. Nous avons répondu à chacune d’entre elles. L’agence a validé les réponses reçues de notre part. Il est intéressant de constater qu’au bout de ces deux ans, l’administration américaine s’est mise à émettre à notre encontre un certain nombre de plaintes et d’allégations, exigeant de l’agence qu’elle les prenne également en charge. C’est une violation claire des statuts de l’agence, et des accords conclus entre l’agence et l’Iran. Sous la pression politique de l’administration américaine, l’agence accepte une liste d’allégations fournies par les Etats-Unis, et les ajoute tout d’un coup à son propre ordre du jour. Dès le départ, nous étions en désaccord avec cette pratique, en fonction du cadre légal préexistant, qui est très clair. Je pense que votre question se fonde de cette deuxième partie, qui a pu transpirer. En ce qui nous concerne, elle n’a aucun fondement légal. Nos engagements envers l’agence ont été très clairement énumérés et décrits. Si vous y prenez garde, ce même texte ne fait aucune référence à nos engagements. Il s’agit ici de plaintes émises par les Etats-Unis à notre encontre. Légalement, nous ne sommes pas contraints n’y répondre. Si nous acceptons de répondre à ces questions, nous ne serons jamais en mesure de bénéficier de nos droits dans leur intégralité, et nous ne pourrons jamais vivre dans la paix et la sécurité. Notre niveau de coopération avec l’agence est extrêmement élevé.
M. le président, je voudrais aborder le sujet du président Obama. Il a semble-t-il écrit deux lettres au Guide Suprême dans les derniers mois. Je me demandais si vous pourriez nous dévoiler la substance de ces lettres, et nous donner votre opinion du président Obama. Que pensez-vous de lui par rapport au président Bush ? Est-ce un leader faible ? Un leader fort ? Quelqu’un avec qui vous pouvez discuter ?
- Vous me demandez de vous fournir des informations concernant des lettres, dont vous auriez appris l’existence ?
On en a parlé dans la presse iranienne.
- Ne lisant pas la presse, je ne suis pas au courant.
Parlons d’Obama, alors.
- Nous pensons que le désir de changement, ici en Amérique, va dans la bonne direction. Il s’agit d’un désir à l’échelle mondiale. Si l’on observe le statu quo qui prévaut actuellement, rien n’est viable dans le monde. Les administrations qui se sont succédé à la tête des Etats-Unis ont joué un rôle substantiel dans la genèse des problèmes du monde actuel. Il n’est que naturel d’attendre de l’administration des Etats-Unis qu’elle change elle-même. Nous pensons que le changement est inévitable et nécessaire. Néanmoins, ces changements doivent être réels. Un changement de surface ne pourra résoudre les problèmes que nous devons affronter – il ne fera que les compliquer, et retarder une solution finale. Nous espérons que M. Obama cherche un véritable changement. Nous pensons que, s’il le décide, il devrait être en mesure d’agir au moins sur une partie des objectifs qu’il s’est fixés. Nous sommes prêts à l’aider à réaliser ces changements. À l’occasion de la réunion de Genève, nous sommes prêts à aborder certaines questions, y compris à nous engager à acquérir pour notre usage domestique de l’uranium enrichi à 20 %. En retour, l’Iran offrira des solutions aux changements nécessaires. S’il s’agit de perpétuer les politiques de M. Bush sous couvert d’un nouveau langage, on n’arrivera à pas grand-chose, car cette approche est périmée. Les politiques doivent changer. Si les politiques ne changent pas, il ne peut y avoir de réel changement.
Pouvez-vous en dire un peu plus sur ce que vous venez de dire. Vous avez dit qu’à Genève, vous serez d’accord pour acheter du combustible nucléaire enrichi ? C’est cela ? Auprès des Etats-Unis ?
- Nous possédons un réacteur à Téhéran qui produit des radioéléments pour usage médical. Il nécessite de l’uranium enrichi à 19,75 %. Nous sommes disposés à acquérir cet uranium. Nous sommes prêts à envoyer nos experts nucléaires à la table des négociations, afin de discuter de coopération nucléaire avec les experts de l’autre bord, en vue d’acquérir le combustible dont nous avons besoin. Pour établir les prémices d’une coopération nucléaire, et pour discuter de notre acquisition de ce combustible. C’est à mon sens une proposition très solide, qui constitue une bonne opportunité pour débuter.
Mais, vous vous livrez déjà en Iran à l’enrichissement de l’uranium, n’est-ce pas ? L’AIEA indique que vous disposez déjà d’assez d’uranium enrichi — je crois à 4,5 % — pour créer une bombe rudimentaire. Selon ce que vous venez de dire, êtes-vous en train de suggérer que vous êtes prêt à suspendre vos activités d’enrichissement ?
- Permettez-moi de vous corriger. Notre niveau d’enrichissement est aujourd’hui de 3,5 % — dans le cadre d’une plage allant de 3 à 5 %. Le combustible est destiné aux centrales atomiques de production d’électricité. Il est inutilisable dans une bombe. Une bombe requiert de l’uranium enrichi à 99,7 %. Nous pensons qu’il n’est pas bon de posséder la bombe nucléaire. Savez-vous combien de bombes atomiques détiennent les Etats-Unis ?
Je ne le sais pas. Seriez-vous prêt à vous engager à ne jamais construire d’armes atomiques ?
- Nous pensons que le principe selon lequel certains pays peuvent ou ne peuvent pas disposer de l’arme atomique est un mauvais principe. C’est pourquoi nous avons proposé de lancer des négociations en vue d’un désarmement. Selon les rapports que nous avons reçus, il y a ici aux Etats-Unis plus de 10.000 têtes nucléaires. Ne trouvez-vous pas hilarant de dire que le fait que l’Iran possède une tête nucléaire représenterait un danger potentiel pour le monde, mais que le fait que les Etats-Unis en possèdent des milliers ne constitue pas une menace ? N’est-il pas hilarant d’imaginer que l’on pourrait s’opposer à la force de 10.000 têtes nucléaires avec une seule ? La bombe atomique appartient à une génération dépassée. Le temps n’est plus où l’on pouvait utiliser ces armes. Honnêtement, si elles servaient à quelque chose, l’Union Soviétique ne se serait pas effondrée, elle les aurait utilisées, d’une façon où d’une autre. Elles auraient permis à l’OTAN à gagner la guerre en Afghanistan [au moyen de la bombe atomique]. Elles auraient aidé le régime sioniste à gagner à Gaza et au Liban. L’arme nucléaire est l’outil le plus inhumain jamais produit dans l’histoire de l’humanité. Sur la question nucléaire, nous avons soumis deux propositions de négociations au P5 + 1 [les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unies, plus l’Allemagne]. La première concerne le désarmement et la prévention de la prolifération des armes nucléaires. La deuxième concerne le développement d’un accès collectif aux technologies nucléaires civiles, par la coopération entre toutes les parties. Nous pensons également que du point de vue environnemental, nous devons disposer d’un accès à une énergie propre, une énergie sûre, qui peut être garantie. Notre position est parfaitement claire. Nous travaillons dans le cadre édicté par l’agence, et nous avons pour l’instant respecté nos obligations.
Je ne comprends pas comment votre proposition d’achat d’uranium enrichi s’inscrit dans le tableau d’ensemble de votre programme nucléaire.
- Encore une fois, les matériaux nucléaires que nous désirons acquérir sont destinés à une utilisation médicale. Le matériau enrichi à 20 % servira à produire des médicaments nécessaires à la guérison de certaines maladies. Le but est humanitaire. On travaille à ces médicaments à Téhéran à l’heure où je vous parle. Nos réacteurs travaillent à les produire. Ils ont déjà produit une vingtaine de médicaments à base de radioéléments, mais nous devons prévoir nos besoins pour les vingt prochaines années, et nous avons besoin de plus de matériau enrichi. Nous pensions que cela constituerait un bon point de départ pour des négociations.
Si vous étiez en mesure d’acheter cet uranium, que donneriez-vous en échange ?
- Nous donnerions de l’argent en échange du matériau. C’est un bon point de départ pour une coopération, et pour s’engager dans la coopération. J’ai également dit que nous serions d’accord pour que nos experts nucléaires rencontrent et discutent avec des experts nucléaires de l’autre côté. Ceci contribuerait à créer un climat de confiance et à faire place nette des inquiétudes qui règnent dans chaque camp.
Pourquoi auriez-vous besoin d’uranium enrichi si vous n’avez pas à ce jour de réacteur en service pouvant utiliser de l’uranium enrichi ?
- Nous disposons d’un réacteur nucléaire à Téhéran qui fonctionne depuis 20 ou 30 ans, je pense, dans le but de produire des médicaments. Il fonctionne toujours. Il produit une vingtaine de médicaments différents. Nous avons dans le passé acheté de l’uranium enrichi à 20 % auprès de différents pays, mais pas des Etats-Unis. Aujourd’hui, pourquoi ne pas l’acheter aux Etats-Unis ? C’est un bon moyen d’entamer une coopération et des discussions. Il s’agit d’une question humanitaire — nous parlons d’usage médical.
Lorsque vous dites que les experts nucléaires de votre camp vont discuter avec les experts nucléaires de l’autre camp — êtes-vous disposés à ce que ces discussions portent sur les questions en suspens de l’AIEA ?
- Pourquoi ne pas les laisser entamer les discussions, et voir ce à quoi ils parviennent ?
Et ceci serait proposé à Genève ?
- C’est notre proposition, oui. Les négociations ne sont pas à sens unique. Est-ce un souci ? Je pense que c’est plutôt une bonne chose.
Comment voyez-vous le futur de l’Afghanistan ? Envisagez-vous une coopération entre l’Iran et les Etats-Unis en Afghanistan, ou un Iran dominant ? Je pense que vous avez pris connaissance du rapport McChrystal, dont les conclusions sont des plus sombres.
- L’Afghanistan est notre voisin. Nous avons avec ce pays des liens étroits, historiquement et émotionnellement. Plusieurs millions d’Afghans vivent en Iran. Des millions d’Afghans et d’Iraniens voyagent chaque année entre les deux pays. De nombreux mariages mixtes sont célébrés. Nos relations sont très étroites. La sécurité en Afghanistan est un souci premier de l’Iran. Je voudrais voir rétablir la sécurité en Afghanistan aussi vite que possible. J’ai dit dès le départ que nous étions prêts à apporter notre aide, sous condition d’un changement de politique. Nous pensons que les politiques menées en Afghanistan sont totalement inadéquates, et il est inutile d’aller bien loin pour le prouver. Depuis l’arrivée des troupes de l’OTAN, nombre de crimes ont été commis. De toute évidence, les politiques suivies ne sont pas les bonnes. Même si nous offrions notre aide, on n’arriverait à rien. Il n’y a pas de solution militaire en Afghanistan. Permettez-moi de vous poser une question — comment se fait-il que la presse aux Etats-Unis s’abstienne d’analyser les problèmes en profondeur ? Je veux ici vous fournir des raisons. Quelqu’un ici a-t-il déjà demandé au gouvernement des Etats-Unis la raison pour laquelle il est entré en Afghanistan et s’y est engagé à ce niveau ?
Avez-vous lu le rapport du Général McChrystal ? Il est accablant.
- Oui, c’est vrai, mais c’est sept ans après. N’aurait-on pas pu poser ces questions avant d’y aller ? Quand la propagande guerrière de l’administration Bush était à son comble ?
Trois mille personnes sont tout de même mortes à New York le 11 septembre.
- C’est sûr, mais ont-elles recouvré la vie suite aux crimes commis en Afghanistan ? D’autre part, le bilan se monte à des dizaines de milliers de victimes. On ne lave pas le sang par le sang. Depuis l’entrée de l’OTAN en Afghanistan, le terrorisme a été multiplié par dix, et la production de drogues illicites par cinq. Je vais vous rappeler un événement historique — et demander à la presse américaine de le rappeler à ses dirigeants, car ceci est de la responsabilité de la presse — si M. Bush avait été contraint d’étudier l’histoire de l’Afghanistan depuis un siècle, je peux vous garantir qu’il n’y aurait jamais mis les pieds. L’expérience montre que quiconque est entré dans ce pays par la force des armes en est ressorti défait. Voici cent ans, les forces britanniques se sont lancées dans un assaut frontal de l’Afghanistan et ont essuyé une sévère défaite. Voici trente ans, les troupes d’Union Soviétiques sont entrées en Afghanistan et ont dû battre en retraite. De quelle force surnaturelle M. Bush pensait-il disposer, qui lui permettrait de gagner une guerre que les Soviétiques et les Britanniques n’ont jamais pu emporter ? Nous nous permettons d’aborder le sujet en toute amitié — ce qui arrive nous touche aussi. Nous sommes touchés quand des gens meurent. À chaque vie perdue, la solution est deux fois plus dure à atteindre. Si nous n’étions pas bienveillants, nous aurions gardé le silence. Mais nous continuons de dire haut et fort que les politiques suivies sont inadéquates. Les richesses du peuple européen et américain sont dépensées ici sans résultat hormis la défaite. Cette richesse pourrait être utilisée pour créer des amitiés ou pour reconstruire un pays, c’est pourquoi nous sommes préoccupés. Chacun sait que l’OTAN est au bord de la défaite en Afghanistan. Nous pourrions garder le silence et rester à l’écart, car certains états membres de l’OTAN sont nos ennemis. Nous aurions des motifs de satisfaction à les voir essuyer la défaite. Mais nous ne nous réjouissons pas. Nous sommes attristés par la situation. Nous pensons, et disons, qu’il existe une solution humanitaire, et nous sommes véritablement surpris que les politiciens et l’OTAN aient choisi de se boucher les oreilles et refusent d’écouter toute forme de critique. Nous sommes même prêts à les aider à changer de politique là-bas. La condition préalable est qu’ils doivent se montrer disposés à écouter. Le rapport de ce général indique clairement que les politiques suivies jusqu’ici n’ont pas été les bonnes. Alors, quand vont-ils en changer ? Nous pensons que sont nécessaires des évolutions radicales des politiques suivies. Changer l’emballage — je veux dire l’emballage du nucléaire — sans adresser les questions plus fondamentales ne permettra pas d’obtenir de résultat. Il faut changer de politiques, et nous sommes prêts à leur prêter main-forte pour cela.
Sur la question nucléaire, êtes-vous en train de dire que l’Iran pourrait accepter de suspendre sa production d’uranium enrichi pour usage médical si on l’autorise à acquérir cet uranium enrichi ? Ceci pourrait-il être un premier pas vers des négociations ultérieures, qui pourraient porter sur la suspension d’autres programmes, en échange d’autres livraisons ?
- Très simplement, nous n’avons pas pour l’heure la capacité d’enrichir l’uranium à 20 % pour les objectifs médicaux que nous poursuivons. Nous en sommes à 3,5 %. Nous avons déjà par le passé acheté ce type de matériau, mais pas auprès du gouvernement des Etats-Unis. Nous pouvons l’acheter aux Etats-Unis. Le fournisseur importe peu, et nous sommes ouverts. Mais ceci ne concerne pas le cycle du combustible. Néanmoins, il me semble que c’est une belle ouverture, une belle fenêtre par laquelle regarder.
En d’autres mots, vous dites que cela ne concerne pas les centrifugeuses que vous êtes en train de construire, et le fait que vous pourriez retraiter l’uranium faiblement enrichi pour le transformer en uranium très enrichi, si je comprends bien.
- Ce que je dis, c’est que vous êtes libre d’interpréter à votre guise ce que je dis. Nous avons été très clairs sur ce que nous faisons. Nous disons simplement que nous avons besoin de combustible pour nos centrales électriques et pour notre réacteur. Et si l’on se réfère aux règles de l’AIEA, nous avons droit à ce genre d’assistance technique. Merci de vous rappeler lorsque vous sortirez de cette pièce qu’une des principales évolutions devant nécessairement prendre place à trait au traitement exclusif que l’on accorde à certains sujets de préférence à d’autres, ce qui mène à un système à deux poids, deux mesures. Si vous ne changez pas votre propre point de vue sur ces [sujets], rien ne pourra changer.
M. le président, une dernière question : ferez-vous quelque chose pour Maziar ? Dites que vous l’aiderez. Il travaille pour nous. Cette situation est vraiment difficile.
- Je ferai ce que je peux. Merci de conseiller à vos collègues de ne pas enfreindre la loi.
Lally Weymouth
Traduction française de David Korn
> Lire la version américaine sur le site de Newsweek
(Nouvelobs.com)
mardi 15 septembre 2009
La dette publique, une affaire rentable
Pour mieux comprendre comment le système nous exploite et nous manipule, ce livre est à lire de toute urgence!
mercredi 26 août 2009
POUR SE DÉLIVRER DU LATIFUNDIO DES ONDES

Nouveau site bilingue franco-espagnol sur la Révolution bolivarienne au Venezuela
http://www.larevolucionvive.org.ve/
Chers amis, chères amies,
Nous vous écrivons du Venezuela, où nous vivons et travaillons à la démocratisation des ondes. Celles-ci, comme partout ailleurs dans le monde, restent à 80 % aux mains de grands groupes économiques privés. Depuis dix ans, notre pays est victime de la même désinformation qui faisait du Nicaragua sandiniste des années 1980 un pays "totalitaire". Les grands médias, acteurs de la globalisation néolibérale, doivent à tout prix faire de nos révolutions des dictatures en marche. Même dans des secteurs se réclamant de la gauche, un lavage de cerveau quotidien, efficace et n’offrant guère d’alternatives, a fini par sédimenter des catégories de débat obligées : "pour ou contre Chavez", "dérive autoritaire ou pas", "base contre bureaucratie", "Chavez-Iran", etc.
D’autre part, la critique se prétendant « de gauche », qui domine largement la Toile, reste souvent faite par des "intellectuels" ou des groupes politiques qui ne vivent pas notre processus - mais en vivent parfois... Elle reflète peu les préoccupations de 90% des Vénézuéliens ou des Latino-Américains en général.
Des amis du monde entier nous ont donc demandé de créer un site , qui deviendra progressivement bilingue français-espagnol, afin de rencontrer "en direct" les paysannes et paysans, les pêcheurs, artisans, travailleurs et travailleuses en lutte, mais aussi les communautés indigènes, les militantes des droits des femmes, les organisateurs et organisatrices de conseils communaux, de médias associatifs, etc. En bref, toutes celles et tous qui avancent et travaillent loin du Monde, de Libération, de El Pais ou de Reuters.
Qu’ils n’aient pas le temps de publier sur Internet ne signifie pas qu’ils n’existent pas, qu’ils ne pensent pas, qu’ils ne vivent pas des contradictions et ne formulent pas des critiques bien différentes de toutes celles qu’on projette sur eux. Ils sont des millions. Ils n’ont de leçons à donner à personne, mais ils ont beaucoup à nous dire.
A travers les programmes de Vive TV, télévision participative née de la Révolution bolivarienne, nous vous offrirons chaque jour, en français et en espagnol, les témoignages des secteurs populaires et des mouvements sociaux vénézuéliens, des analyses des mensonges du Parti de la Presse et de l’Argent (PPA), ainsi que des outils pour créer des médias enfin libres. Car il ne saurait y avoir de démocratie véritable sans appropriation populaire des médias et sans démocratisation du "latifundio" des ondes.
L´équipe de http://www.larevolucionvive.org.ve/
Caracas, le 24 août 2009
mardi 25 août 2009
Le « retour » de la France dans l'OTAN : fausses raisons et vraies conséquences
Leurres, illusions et contre-vérités
Pour les avocats d’une réintégration pleine et entière dans l’OTAN, ce « retour » est d’autant plus naturel que, dans les faits, il est déjà quasiment acquis. Il est vrai que sur le plan politique, la France n’a jamais cessé sa participation de plein droit dans l’Alliance, et que sur le plan militaire un rapprochement « à petit pas » fut amorcé dès le début des années 1990. Après la guerre dans les Balkans et la possibilité accordée pour la mise sous commandement OTAN des unités françaises d’Eurocorps, la France annonce en 1995, dans le cadre d’une première tentative de réintégration initiée par le Président Chirac, qu’elle participera de nouveau aux réunions des ministres de la défense de l’OTAN et que son chef d’état-major retournera au Comité militaire. (Traditionnellement, le chef de la mission française à l’OTAN était physiquement présent pendant les délibérations du Comité militaire, mais ne s’exprimait pas, siégeant en bout de la table, tout près de la porte pour pouvoir quitter la salle lorsqu’il était question du nucléaire). Résultat des courses : la France participe aujourd’hui à toutes les instances intergouvernementales de l’Alliance, à l’exception du Comité des plans de défense (qui vise en théorie, par le biais d’objectifs censés être incitatifs à défaut d’être directifs, à coordonner les politiques de défense des alliés, préparation et équipement des forces compris) et le Groupe des plans nucléaires (à propos duquel le ministre Kouchner, auditionné mi-février à l’Assemblée nationale en compagnie de son collègue Hervé Morin tenait à rassurer qu’« il n’est pas question de remettre en cause la totale autonomie de la force nucléaire française »).
Pour ce qui est du commandement militaire intégré, la participation française, limitée et ciblée, est pour le moment régie par l’accord dit « Flag to posts » de 2004, prévoyant l’insertion (avec maintien sous contrôle national et la possibilité de retrait à tout moment) de 110 officiers français dans les états-majors de l’Alliance. Comme l’avait fait remarquer le rapport intitulé « Les enjeux de l'évolution de l'OTAN » du Sénat en juillet 2007 : cette présence française au sein du commandement intégré « reste extrêmement modeste ». Du moins en termes quantitatifs, et comparée aux chiffres affichés par les autres pays membres (environ 1 % de l'effectif total dans les états-majors multinationaux où la présence américaine avoisine les 2 800 personnes, celle de la Grande-Bretagne et de l’Allemagne plus de 2 000 personnes chacune, les Italiens comptant environ 1 200 militaires intégrés et les Turcs près de 600).
Par ailleurs, si la position singulière de la France n’est pas sans incidences pour sa contribution au budget commun des alliés, celle-ci est des plus significatives et va déjà croissant. Ne participant qu’à une partie des dépenses militaires, la France figure néanmoins au 5ème rang des contributeurs financiers de l’OTAN. Or le budget de l’Alliance a ceci de particulier que (1) il est en augmentation rapide (il s’est accru de 20% entre 2003-2007, avec la contribution française progressant de 50% durant la même période) ; (2) il fait l’objet de tentatives insistantes de la part des US et les pays euro-atlantistes pour élargir davantage le champ des financements en commun ; (3) le calcul des parts de chacun est tout sauf arithmétique : comme l’avait noté un rapport du Service de recherches du Congrès américain « lorsque le partage des fardeaux est négocié, l’Alliance prend en compte les responsabilités globales des Etats-Unis en matière de sécurité ». Concernant la France, d’après une audition d’experts devant le Sénat, une participation pleine et entière aux structures de l'Alliance devrait se traduire par un surcoût annuel de l'ordre de 85 millions d'euros pour Paris (sur une contribution de 170 millions d'euros par an actuellement). Soit une augmentation équivalente, en elle-même, au triple de ce que la France avait versé annuellement à l’OTAN entre 1966 et 1996.
Force est de constater, par ailleurs, que les spécificités du statut de la France à l’OTAN n’empêche en rien le pays de figurer parmi les principaux contributeurs en forces aux opérations de l’Alliance, ni les officiers français d’assurer le commandement de l’ensemble des forces alliés sur le terrain, comme ce fut déjà le cas à plusieurs reprises, notamment au Kosovo et en Afghanistan. En effet, il y a aujourd’hui davantage de troupes françaises déployées sous bannière OTAN que sous commandement de l’ONU ou de l’Union européenne. Dans la même logique, la France participe aussi, et de façon très significative, à la NRF (NATO Response Force ou Force de réaction de l’OTAN), de même qu’à la vaste majorité des programmes d’investissement. Mais si ce sont autant d’arguments en appui du raisonnement « on est déjà dedans ou c’est tout comme », ce même raisonnement coupe l’herbe sous les pieds de ceux qui voudraient faire croire que la réintégration envisagée est essentiellement une démarche technique. Et montre qu’il s’agit, au contraire, d’une décision hautement politique. Or, sur ce plan, il n’y absolument rien qui la justifie.
Premièrement, quand bien même le processus de réintégration pourrait être conduit sans perte réelle d’autonomie (ce qui exigera une vigilance continue, en particulier sur la question des modalités d’engagement des forces sur les théâtres d’opération, du financement en commun, des projets d’investissement), du fait du message qu’il envoie la France risque de voir sa marge de manœuvre automatiquement réduite. Car si les partisans du retour se plaisent à observer que la portée de la singularité française au sein de l’OTAN est aujourd’hui plus symbolique que pratique, la symbolique, justement, du retour aura inévitablement des répercussions pratiques. Les dirigeants français ont beau marteler les principes qu’ils avaient posés (maintien de l’autonomie de décision, exclusion de tout engagement automatique dans les opérations et absence de forces placées sous le commandement de l’OTAN en temps de paix), il ya peu de chance que les partenaires de la France dans le monde entier soient réceptifs à ce genre de subtilités. La perception sera unanime et sans équivoque. Ce n’est pas un hasard si l’ancien Premier ministre Villepin qualifie la réintégration de « faute ». Pour lui, « ça banalise le rôle de la France (…) la situant clairement dans les bataillons de l’OTAN ». Le « mauvais signal » d’alignement qu’une telle décision envoie entraînera forcément un « rétrécissement » de l’influence diplomatique de la France.
Deuxièmement, les arguments « pro-OTAN » non seulement nient ces évidences, mais prétendent même que de par cette décision la France renforcerait sa capacité d’influence. Tant par rapport à l’Amérique qu’au sein de l’Alliance. D’après ce raisonnement, en « normalisant » sa position, la France pèsera davantage sur les évolutions en cours à l’OTAN, et ses interlocuteurs à Washington seront plus enclins à prendre en compte ses vues et ses positions après cette belle démonstration d’allégeance. On verra. Ou plutôt : c’est déjà tout vu. Regardons d’abord l’OTAN. Avant de faire l’éloge du « choix de la responsabilité », titre de sa tribune dans le quotidien Le Figaro en février dernier, le ministre de l’Intérieur (et ex-ministre de la Défense) Michèle Alliot-Marie avait elle-même noté que « le statut singulier de notre pays au sein de l’Alliance lui permet de faire entendre sa voix et d’être écoutée ». En effet, loin des chimères sur une hypothétique future influence française à l’OTAN, la réalité est que pour les 25 pays non-US de l’organisation la seule capacité qui reste est celle de la résistance.
L’équation est toute simple : pour l’Amérique, l’Alliance atlantique lui appartient. Des microphones laissés allumés par inadvertance aux télégrammes diplomatiques ébruités, de nombreux incidents sont là pour témoigner que les « diktats » et les « oukases » reçus de Washington sont compris et ressentis comme tels par les alliés – et, la plupart du temps, acceptés. S’y ajoute l’usage abusif de la « procédure de silence », méthode consistant à appliquer la règle « qui ne dit mot consent », pour forcer les consensus derrière les propositions venant du premier des Etats membres. Dans ces conditions, et vu les pressions énormes que les Etats-Unis sont habitués à exercer sur leurs alliés (dont 24 sont en situation de dépendance par rapport à eux depuis des décennies), on peut se demander si c’est à partir d’une position originale ou d’une place alignée qu’un pays membre aurait, a priori, plus de chance de résister.
Il reste néanmoins l’espoir de s’ériger en meilleur ami de l’Amérique et attendre béatement de pouvoir influencer Washington en contrepartie des gages de fidélité successifs. A cet égard, l’exemple britannique est à méditer. Soixante ans de bons et loyaux services, en effet, n’ont pas été sans conséquence. Comme l’a résumé l’ex-président de la Commission de Renseignement de Sa Majesté, M. Rodric Braithwaite : « Contrairement aux Français qui avaient préféré suivre un chemin plus solitaire, mais indépendant, la coopération avec les Américains a privé les Britanniques de la plupart de leur indépendance. » Il s’ensuit que : « Dans une guerre réelle, les forces britanniques ne pourront plus opérer que faisant partie intégrante des forces américaines, sous commandement américain, et servant des intérêts américains ». Voilà qui a le mérite d’être clairement dit.
Pour une illustration récente, il suffit de jeter un coup d’œil sur la prestation du Premier ministre Blair dans l’affaire irakienne – et sur sa « récompense » en termes d’influence. Côté politique, l’ambassadeur britannique a lui-même avoué par la suite que Londres n’avait pas été tenu au courant (encore moins associé à l’élaboration) des plans de l’après-guerre. Côté militaire, quelques révélations de la presse ont mis en exergue qu’une fois placées sous commandement américaine, les forces britanniques ne disposent plus de leurs propres moyens (incident emblématique dès le début de l’opération Iraqi Freedom : les troupes britanniques engagées au sol auraient eu besoin de l’appui de leurs propres avions – mais leurs appels sont restés sans effet. Le commandement américain a préféré envoyer les appareils britanniques à l’appui des forces US – en plus des avions US). Côté diplomatique, Londres n’a pas vraiment eu plus de succès. En témoignent les efforts de plus en plus désespérés déployés par Tony Blair pour pouvoir afficher ne serait-ce qu’un semblant de contrepartie en échange de son soutien inconditionnel. Washington ne leur a pas donné de suite – ni sur le dossier israélo-palestinien, ni sur celui du changement climatique. Pour une fois, l’ex-chancelier Schröder a mis plein dans le mille en faisant le constat que « sur le pont » (que la Grande-Bretagne croit constituer entre les deux rives de l’Atlantique) « la circulation est à sens unique ».
Troisièmement, et pour clore ce petit aperçu des arguments fallacieux, il nous reste les élucubrations sur les progrès que la réintégration française à l’OTAN précipiterait en matière de l’Europe de la Défense. Afin d’essayer de convaincre sur ce dossier, les militants pro-OTAN ont commencé par réchauffer le mythe de la complémentarité entre l’Alliance atlantique et la PESD. « Les deux vont ensemble », répète le chef de l’Etat à qui veut l’entendre, et d’après le ministre de la Défense, ce constat vient de « l’intuition géniale du Président ». Soit. Mais dans ce cas, ses conseillers doivent être affreusement en retard. Car l’éloge de la complémentarité est, depuis quinze ans, un exercice obligatoire dans tous les discours et débats. Il n’en comporte pas moins deux erreurs fondamentales. D’une part, dans l’acception partagée par l’Amérique et la plupart des gouvernements européens (mais pas la France) la complémentarité signifie, bien entendu, celle de l’Europe par rapport à l’Amérique et pas vice versa.
De l’autre, si poussées au bout de leurs logiques respectives, l’OTAN (cadre institutionnel de la mise sous tutelle US de l’Europe) et la PESD (ambition d’une autonomie de décision et d’action de cette même Europe) non seulement ne sont pas complémentaires, elles sont tout simplement incompatibles. Comme l’avait observé, devant la Commission de la Chambre des Communes britannique un des experts auditionnés dans le cadre d’une série de consultations sur « L’avenir de l’OTAN et l’Europe de la défense » : la contradiction entre les deux peut être gérée « tant que la PESD n'est pas très sérieuse ». Toutefois, si la PESD devenait vraiment sérieuse, « il pourrait y avoir une incompatibilité », et il serait possible d'envisager une situation dans laquelle « la main gauche pourrait commencer à se battre avec la main droite ».
Pour ce qui est de l’argument selon lequel la France réintégrée dans l’OTAN rassurerait ainsi ses partenaires sur ses intentions, et les rendrait donc plus ouverts à son projet d’une défense européenne indépendante, il est, hélas, sans aucun fondement. Prenons l’exemple du rapprochement annoncé par le Président Chirac en 1995. Si la décision française a certes réchauffé l’atmosphère dans les salles de négociation, c’était sans impliquer un infléchissement quelconque dans les positions de fond. Au contraire, c’est la fin de non-recevoir brutale opposée par le Président Clinton aux demandes françaises (révélant ainsi au grand jour la détermination américaine à ne pas céder une once de contrôle) qui a enfin amené les Européens à envisager une véritable percée (avec le lancement de la défense européenne, en 1998, en dehors de l’OTAN, sous bannière UE). En règle générale, ce n’est que les échecs transatlantiques cuisants et les humiliations spectaculaires infligés par l’Amérique qui peuvent faire bouger, un tant soit peu, les blocages persistants sur le chemin d’une émancipation européenne en matière de sécurité. Or, il y a tout lieu de penser que, sur ce plan, nous serons servis.
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Hajnalka Vincze
vendredi 14 août 2009
Selection du Reader's indigest : "Disparution d'un bâteau russe vers le Lisbon, les diverses théories en matière"
Pour bien se détendre au mois d'aout sur la plage, rien ne vaut une bonne histoire pleine de mystères et de suspense à base de cargo disparu dans le grand Nord poursuivi par la marine impériale russe racontée, comme il se doit, par l'inénarrable Mi Jindie de la CCTV* dont le style un rien laborieux mais néanmoins ô combien charmant, captivera sans coup férir l'imaginaire engourdi de l'estivant qui s'ennuie ferme, un brin chafouin, cet été à Palavas-Les-Flots.
De diverses théories en matière du bateau disparu russe
Source: CCTV.com | 08-14-2009 13:58
Alors que l'incident de la disparition du cargo russe dans l'Atlantique a provoqué de variété de théories, elle a pris toutes les dispositions nécessaires pour tenter de retrouver le bateau.
Le vraquier "Arctic sea" russe, battant pavillon maltais, avec 15 membres russes de l'équipage et une valeur de 1,3 millions de dollars américains des bois à bord, qui devait se rendre dans l'Algérie, semblait avaoir changé la direction et n'y a pas été arrivé.
Les suppositions au sujet de ce qui avait causé cette disparution ont répandu dans les théories soupçonnant que le bateau serait la victime de la piraterie des eaux européennes.
La Météorologie Quotidienne suédoise a cité les déclarations de capitaine du bâteau en déclaré que le bâteau avait été attaqué 4 jours plus tôt dans la Baltique, en dehors de l'île suédoise.
Mais, d'après les autorités maritimes maltaises, le 24 juillet plus de 12 hommes en masque, et vêtus de l'uniforme noir ont embarqué dans le bâteau. Ils ont attaché tous les 15 membres de l'équipage, et les interrogeaient en matière du trafic de drogue. Après les avoir battus,12 heures plus tard, ils ont été quittés par une vedette de vitesse.
Les experts de sécurité demeuraient prudents d'ttribuer la disparution à la piraterie.
Graeme Gibbon-Brooks :
" Le modèle des affaires classiques pour la piraterie, si tu veux, dépendant de faibles infrastructures de sécurité, pouvait souvent éliminer la pauvreté de la région où elle existait. Ce n'est pas vraiment normal, et elle a provoqué une série des incidents dont nous avons témoignés dans la Méditerrané, où les bandes organisées des criminels ont été impliquées dans la piraterie, car il y avait de grands bénéfices à obtenir " .
C'est également impossible de se joindre au terrorisme, c'est plus tôt la fraude des assurances ou la dispute commerciale.
Le directeur de la compagnie du bateau Finland-based, Solchart, a souligné qu'il était possible que le bateau eut été intercepté.
Viltor Matveyev
Directeur de compagnie Solchart :
" Dès que l'incident s'est produit, je signifie le premier du mois d'août où le bateau a été disparu. J'ai déjà donné des instructions en conseillant au maître de s'approcher du port le plus proche à destination selon nos connaissances, et la dernière position du bateau était Lisbon, voire je le sollicitait de confirmer une nouvelle fois les instructions de se diriger immédiatement vers le Lisbon, mais aucune réponse ".
Le ministère russe de la Défense a déclaré que le président Dmitry Medvedev avait ordonné que tous les efforts devaient être déployés pour retrouver le bateau disparu et relâcher les membres russes.
La Finlande, la France et L'Angleterre avaient également offert des assistances.
Rédacteur: Mi Jindie
PS : Aux dernières nouvelles on aurait retrouvé le cargo mystérieux au large du Cap-Vert. Vous parlez d'une histoire...
*Chaine nationale publique Chinoise
mardi 11 août 2009
vendredi 31 juillet 2009
Emmanuel Todd : "le protectionnisme ou le chaos"

La crise a révélé de nombreux dysfonctionnements dans l'économie et la finance, vous semble-t-il qu'on en tire les leçons pour le monde de demain ?
Il y a une ultime vérité qui n'a pas encore été acceptée : la crise provient d'un déficit de la demande à l'échelle mondiale, dont la cause première est le libre-échange. Le libre-échange a rompu l'équilibre entre la production et la consommation, il a conduit les entreprises à considérer leurs salariés comme un coût pur, et les a précipitées dans la compétition par la compression des salaires. L'irruption de la Chine et des pays émergents n'a fait que renforcer ce travers, qui aurait existé sans eux. Dans un monde où l'on comprime les salaires, la demande ne peut provenir que de l'endettement. D'où la crise.
Le libre-échange a aussi des avantages substantiels, il a déclenché une période de forte croissance...
Dans la première phase, il y a bien sûr les économies d'échelle et les bénéfices de la spécialisation, je ne suis pas aveugle à cela. Mais dans la seconde phase, les effets déprimants sur la demande l'emportent, lorsque les entreprises ne considèrent plus leurs salariés comme des consommateurs. Dans nombre de pays développés, les salaires stagnent depuis quinze ans. Le seul élément dynamique était l'endettement du consommateur américain et le déficit extérieur des États-Unis, qui a tiré la planète. Si les plans de relance en cours visent à rétablir un tel système, nous butterons vite sur les mêmes difficultés. D'autant que les difficultés de financement des États vont apparaître. Les investisseurs vont se rendre compte que l'État américain n'est qu'un super-Madoff, l'escroquerie du siècle. Il est tout à fait vraisemblable que l'on assiste à l'effondrement du dollar dans l'année qui vient.
Va-t-on vers le protectionnisme ? Le libre-échange est toujours défendu par les dirigeants du monde entier...
Les classes dirigeantes sont toujours les dernières à comprendre. Je note quand même un changement d'ambiance, les gens ne rient plus lorsqu'on parle de protectionnisme européen. C'est un beau projet, que celui d'une Europe protégée et relançant la demande par les salaires. Cela déclencherait probablement un nouveau cycle d'innovation technologique. Les délocalisations sont en effet un frein à l'innovation, parce qu'elles donnent accès à de vastes réserves de main-d'œuvre sous-qualifiée et sous-payée. Le personnage central du monde protectionniste, c'est l'ingénieur, et non le financier, qui triomphe au contraire dans le monde libre-échangiste. Pour le futur, ce sera ce monde protectionniste ou le chaos. Ou bien d'abord le chaos, et après ce monde-là.
Pourquoi les économistes sont-ils alors unanimes à condamner le protectionnisme ?
Ils sont incapables, malgré leurs efforts récents, de se réapproprier les concepts de la macroéconomie keynésienne, de concevoir la collectivité sociale ou nationale. C'est l'incapacité à penser le collectif qui aveugle notre époque et retarde le règlement de la crise. Cette société molle et atomisée qui est la nôtre n'a d'ailleurs pas que des inconvénients. Cela nous protège des folies collectives du dernier siècle. Malgré le chômage, il n'y a pas de petits bourgeois hystériques dans les rues pour réclamer un régime fasciste ou stalinien... Le niveau éducatif, qui est la variable déterminante de l'évolution d'une société, est aujourd'hui très élevé, même s'il ne progresse plus. Peut-être les évolutions idéologiques seront-elles beaucoup plus rapides et plus intéressantes qu'auparavant, grâce au niveau intellectuel des populations.
Vous êtes donc assez optimiste...
Ce qui m'inquiète, c'est le vieillissement des populations et des mentalités. L'âge médian de nos sociétés s'élève à 45 ans au Japon, 44 ans en Allemagne, 40 en France et 37 aux États-Unis. Et l'âge médian du corps électoral est encore plus élevé, puisqu'il ne comprend pas les moins de 18 ans. Cette évolution va induire un ralentissement de la vie politique et de la pensée. Elle explique le basculement à droite de l'Europe, lors des récentes élections européennes. L'obsession sécuritaire, c'est un problème de vieux qui a peur des jeunes. Regardez les pubs à la télévision, c'est le financement des obsèques, les problèmes d'érection et le cholestérol ! Les publicités en disent davantage sur nous que les sciences sociales. Et ce phénomène de vieillissement est irréversible, partout sur la planète. Même la Chine vieillit à vitesse accélérée.
Ces structures d'âges élevés n'empêchent pas nos sociétés de se moderniser à grande vitesse, au plan technologique...
Oui, ce sont des sociétés vieillies qui ont adopté Internet, et cela plus vite que d'autres, plus jeunes. Il y a certainement un acquis en matière de compétence, de niveau intellectuel, d'adaptabilité, qui devrait nous aider à résoudre cette crise longue. D'autant que se profile un grand moment de l'histoire de l'humanité : l'alphabétisation complète de la planète, qui devrait intervenir vers 2030. L'écriture date de 3.000 avant Jésus-Christ, il aura fallu 5.000 ans et quelque 200 générations pour réaliser ce grand projet. C'est impossible de ne pas être optimiste quand on envisage cela.
Aux larmes, citoyens

Par John Pilger
Bernays, décrit comme le père de l’ère des médias, était le neveu de Sigmund Freud. « Le mot propagande », écrivit-il, « était devenu un gros mot à cause des Allemands... alors j’ai du chercher d’autres termes [tels que] Relations Publiques. » Bernay a eu recours aux théories de Freud sur le contrôle du subconscient pour promouvoir la « culture de masse » destinée à cultiver la peur des ennemis officiels et la servilité du consumérisme. C’est Bernay qui, au nom des industries du tabac, a fait campagne auprès des femmes américaines pour les convaincre que fumer était un acte de libération féministe, en qualifiant les cigarettes de « torches de la liberté » ; et c’est sa notion de désinformation qui a été employée pour renverser des gouvernements, tels que celui de la démocratie guatémaltèque en 1954.samedi 11 juillet 2009
Salah, mon fils, mon frère…
« Le peuple palestinien a vécu beaucoup de tragédies pendant ces 61 dernières années à cause de l’occupation israélienne qui a expulsé de force le peuple palestinien de sa terre. Ils ont commis beaucoup de massacres et il y a eu beaucoup de morts.
Le monde n’a pas bougé. Notre devoir, nous les Palestiniens, est de protéger notre peuple. Pour cela il nous reste que la résistance, qu’elle soit culturelle ou économique, pour libérer notre terre.
Il y a des morts et des blessés dans cette lutte. Et il y a aussi des prisonniers. Les prisonniers palestiniens sont des prisonniers politiques. Ce ne sont ni des voleurs, ni des criminels et encore moins des « terroristes ». Mais Israël se refuse à appliquer le droit international. Envers ces prisonniers c’est la « justice militaire » qui leur est appliquée.
Il ta plusieurs étape dans la vie d’un détenu palestinien. La première c’est la période d’interrogatoire. L’enquêteur emploie tous les moyens pour faire parler le détenu afin qu’il fasse des aveux qui seront ensuite utilisés contre lui au tribunal militaire.
Les divers moyens utilisés sont tous : la force. Il s’agit de terroriser le prisonnier, de le menacer de tortures et de lui dire qu’il passera toute sa vie en prison s’il n’avoue pas.
Un membre de la famille peut être amené (père ou mère) et le prisonnier le voit derrière une vitre teintée pendant qu’il est interrogé. Ensuite on ne nous laisse pas dormir : on est interrogé pendant 20 heures de suite attaché à une chaise, les mains dans le dos et les pieds liés. Pendant les quelques heures qu’il nous resterait pour dormir et se laver un peu, on ne peut pas : tout est sale, on st dans le noir dans une cellule de 5 mètres avec des toilettes.
On n’a plus la notion du temps. Du jour ou de la nuit. Plus de repères.
Cette première étape peut durer jusqu’à 6 mois. Ensuite le prisonnier sera transféré dans une prison centrale où la vie changera un peu. Mais il faut que je m’arrête d’écrire. Déjà… »
Salah Hamouri
Prison de Gilboa
Le 22 octobre 2008
Comité National de Soutien à Salah Hamouri
Emmanuel Todd devant 400 patrons bretons: vive l’Europe protectionniste!
Politologue, démographe, historien, sociologue et essayiste, Emmanuel Todd était invité par l’association Bretagne International, qui dépend du conseil régional et est chargée de promouvoir l’économie bretonne à l’échelle mondiale.
Une bonne idée d’inviter celui qui écrivait, prophétique, en 2002, en conclusion de son livre Après l’empire : « Nous ne savons pas encore comment, et à quel rythme, les investisseurs européens, japonais et autres seront plumés, mais ils le seront. Le plus vraisemblable est une panique boursière d’une ampleur jamais vu suivie d’un effondrement du dollar, enchaînement qui aurait pour effet de mettre un terme au statut économique “impérial” des États-Unis. »
Lundi, à Rennes, devant 400 patrons et responsables bretons, l’auteur d’Après l’empire n’aura pas usé de la langue de bois. « La crise ? Mais c’est le libre-échange qui en est responsable ! » Et pour en sortir ? « Le protectionnisme ! », affirme Todd, qui ne croit pas un instant à l’efficacité des différents plans de relance mis en place en ordre dispersé.
Récusant l’omnipotence de l’économie (« il n’y a quand même pas que le commerce dans la vie ! »), pour lui, l’Europe est le seul socle possible et pertinent pour revenir à une économie remise à sa place.
Mais dans l’univers ultra-individualiste propre à la société marchande, « toute pensée collective est devenue inconcevable », et le monde politico-médiatique s’est détaché depuis quelques années des préoccupations des classes populaires et des classes moyennes, qui ont « décroché des élites ».
« Nos vieilles démocraties, narcissiques et plutôt sclérosées, tournent au ralenti… », constate en conclusion E. Todd. Comment, alors, susciter le sursaut collectif qu’il appelle de ses vœux ? Telle est la question…
Novopress
jeudi 9 juillet 2009
Les 18 crimes de Manuel Zelaya
Le passage qui suit est extrait d'un récit de Medea Benjamin pour le site CommonDreams.org. L'auteur raconte la journée du 5 juillet à Tegucigalpa et la grande manifestation populaire organisée pour le retour (avorté) du président constitutionnel Manuel Zelaya, qui s'est achevée par le drame de la mort d'au moins deux manifestants.Dans l'extrait qui nous intéresse ici, l'auteur interroge une jeune étudiante hondurienne sur ses motivations concernant le soutien à Zelaya. La réponse qu'elle lui fait éclaire singulièrement ce point crucial et pourtant étrangement occulté dans les rares médias français qui ont relatés ces évènements, médias généralement plutôt critiques sur la personnalité du président hondurien et peu diserts en ce qui concerne ses actions politiques durant son mandat.
"Je lui demandais pourquoi elle soutenait le président Zelaya, ou "Mel", comme l'appellent ses partisans. "Le gouvernement dit qu'il a enfreint la loi et qu'il est coupable de 18 crimes," me répondit-elle, "sais-tu lesquels ?". Elle sortit alors son téléphone portable et commença à y lire une liste : Il a augmenté le salaire minimum, offert des repas gratuits dans les cantines scolaires, fait distribuer du lait pour les bébés et des pensions de retraites pour les personnes âgées, distribué des ampoules basse-consommation, fait baisser le prix des transports publics, donné des bourses d'études aux étudiants pauvres." Subitement une foule se rassembla autour de nous et commença à nous interrompre. "Il a réparé les routes" disait l'un."Il a ouvert des écoles dans les endroits reculés, comme mon petit village où il n'y en avait jamais eu." ajouta un autre. "il a permis à tout le monde de rentrer dans le palais présidentiel et l'a transformé, d'une résidence pour l'élite en une maison du peuple", dit encore un autre.
"Tu vois ?" sourit Alejandra. "Il est même coupable de plus de 18 crimes. C'est pour cela que les classes supérieures le détestent et que nous voulons qu'il revienne. C'est réellement un conflit de classe."
(Trad.: BDGD)