Jean-Claude Antakli
(© D.R)
Par
HUGUES MENATORY
Ce biologiste franco-syrien, passe de nombreux mois chaque année
dans son pays natal. Son discours tranche avec l’opinion dominante.
Pour l’Occidental, le Moyen-Orient est une terre compliquée. Berceau
forcément secoué des religions monothéistes, territoire convoité en
raison de ses énergies fossiles, cette zone abrite aussi bien la voie
royale qui mène à Byblos, la mère de toutes les bibliothèques, que le
chemin chaotique de Damas qui pourrait être celui qu’empruntent, en pure
perte, les voies diplomatiques.
La Syrie, à cet égard, est une sorte de symbole, dont le passé
civilisationnel est l’un des plus riches qui soit, alors que le présent
fait la part belle à la barbarie.
Une situation qui ne cesse de se dégrader
Jean-Claude Antakli ne peut se résigner à cela. Ce biologiste
franco-syrien passe plusieurs mois chaque année dans son pays natal. Son
épouse Geneviève, biologiste elle aussi, y a créé une école
d’infirmières, il y a trois ans. On conviendra volontiers qu’ils peuvent
être considérés comme des observateurs privilégiés d’une situation qui
ne cesse de se dégrader, et dont on nous dit volontiers qu’elle serait
le fait d’un seul homme, Bachar el-Assad. "Je suis très affecté par tout
cela", affirme Jean-Claude Antakli. "Je suis un homme libre, je n’ai
aucune connivence avec qui que ce soit, mais je suis abasourdi par la
manière dont les médias européens retracent généralement les soubresauts
qui affectent gravement la société syrienne."
Une manipulation des opinions
Pour parler clair, Jean-Claude Antakli a l’impression que les dés sont
pipés, que la manipulation bat son plein, avec le Qatar et l’Arabie
Saoudite à la manœuvre, pions avancés d’un américanisme qui lorgne à la
fois sur le pétrole et sur la formidable réserve de gaz (la plus grande
du monde) qui vient d’être découverte en territoire syrien.
"Certes", précise-t-il, "tout n’est pas parfait en Syrie. Mais les
femmes peuvent se promener en minijupes, et le niveau de vie progressait
de 6 % par an depuis une dizaine d’années. On nous parle d’une
intervention en faveur de la démocratie. Mais de quelle démocratie
s’agit-il, alors même que le peuple n’a pas été consulté ? Aujourd’hui,
ces mêmes démocraties s’efforcent de lutter contre le terrorisme
islamiste, mais c’est lui qu’elles soutiennent en Syrie, ne nous y
trompons pas. On trouve aujourd’hui, dans le pays, près de 50 000
mercenaires libyens, afghans ou irakiens qui sèment la terreur..."
Contre une intervention occidentale
Jean-Claude Antakli regrette que la France, son autre patrie, soit
devenue "faible sur le plan de la politique internationale. Elle n’est
plus gaullienne". Pour lui, les insurgés ont perdu la partie, et c’est
pour cela qu’ils demandent une intervention militaire aux occidentaux.
Des témoignages, Jean-Claude Antakli en a récolté des centaines. Tous
vont dans le même sens : que les occidentaux ne se mêlent pas des
affaires syriennes. Qu’ils n’essaient pas d’importer leurs concepts
philosophico-politiques dans des contrées qui n’ont ni les mêmes mœurs,
ni la même histoire. Et que, dans cet écheveau, dont tous les fils
déclenchent des tirs de mines, on essaie de faire la preuve d’un minimum
de réalisme.
Jean-Claude et Geneviève Antakli gardent la foi
Tout cela, bien sûr, peut ressembler à une succession de vœux pieux dans
une région qui en a tellement connus. Mais Jean-Claude Antakli a la
foi. Celle qui sauve l’âme. Chrétien, il se souvient de ces temps
heureux, et pas si lointains, où la cohabitation était heureuse entre
les diverses communautés. Il ne peut donc que frémir en entendant le
slogan qui a cours en ce moment : Les Alaouites (dont est issu Bachar
el-Assad) au tombeau, les chrétiens à Beyrouth.
La partie est-elle perdue pour autant, et le pays va-t-il sombrer à
l’image de quelques-uns qui ont été “libérés” à l’occasion du fameux
printemps ? À cet égard, Jean-Claude et Geneviève Antakli aiment à citer
un contre-amiral,
Hubert de Gevigney, qui se demande bien pourquoi,
chaque fois qu’un pays arabo-musulman reçoit de l’aide internationale,
il fait un bond de cinquante ans en arrière...
Tous deux savent, en tout cas, que l’alternance ne sera pas facile.
"Avec ou sans Bachar el-Assad, car ils sont nombreux à pouvoir le
remplacer. La France doit aider à faire le bon nettoyage. C’est-à-dire à
sortir les terroristes du pays. Nous sommes malgré tout relativement
optimistes, car le peuple syrien, dans son immense majorité, et toutes
religions confondues, est soudé".
Un livre pour alerter
Nous l’avons dit, Jean-Claude Antakli, animé de sentiments religieux, a
l’espoir chevillé au corps. Cela ne l’empêche pas de craindre un nouveau
conflit mondial si le conflit interne syrien devait encore dégénérer,
et si, dans le même temps, Israël en profitait pour attaquer l’Iran. La
tentation de l’Apocalypse, en “Terre sainte”, n’est jamais loin. Il
vient pourtant de terminer un livre, histoire de conjurer le mauvais
sort.
Le silence de Dieu, (éditions du Parvis), se veut, selon son auteur, "un
testament adressé à la jeunesse d’aujourd’hui. Un combat pour la paix
et la liberté, en espérant qu’il ne s’agisse pas d’une voix dans le
désert".
Midi Libre