jeudi 24 octobre 2019

Donald Trump : une diplomatie hors codes


Il faut bien l’avouer : sous des postures de type télé-réalité, le président Trump, parfois, inquiète même ses observateurs intéressés. Puis, à la réflexion, on réalise qu’il y avait quelque chose à comprendre. Trump veut trois choses qu’aucun de ses prédécesseurs ne voulait ou n’a su faire avant lui : ne plus envoyer les fils de l’Amérique se faire tuer pour les lobbies de la guerre aux quatre parallèles du monde et réduire le coût de l’OTAN ; empêcher l’Iran d’acquérir la bombe et de diffuser son djihad chiite en Afghanistan, Bahrein, Irak, Liban, Palestine, Syrie, Yémen ; maîtriser la mondialisation multilatérale et, notamment, la pression commerciale des Chinois.
Ne pas avoir cela à l’esprit c’est s’exposer à ne rien comprendre à la nouvelle politique américaine, sur fond de résistance des lobbies de « l’État profond » (deep state) yankee.

France Inter s’est exposé à ce danger en titrant, ce 16 octobre : « Donald Trump, apprenti sorcier de la diplomatie ».

La critique porte essentiellement sur « sa décision de retirer ses troupes de Syrie […] aux conséquences […] désastreuses […] le résultat d’un fonctionnement instinctif critiqué y compris chez les Républicains ». Le journaliste éclaire à sa façon la politique étrangère de Donald Trump, ses « décisions […] qui ont fait trembler la planète. Quand il a quitté l’accord nucléaire avec l’Iran […] ou quand il a déplacé l’ambassade américaine à Jérusalem […] ou encore […] a entamé cette amitié improbable avec le dictateur nord-coréen Kim Jong-un ».

Tout ce vocabulaire choisi fausse l’analyse mais il n’est pas utile de perdre son temps sur ces sujets dont la présentation est biaisée par les mots utilisés. Donald Trump avait annoncé qu’il ferait rentrer les boys à la maison : il le fait, et ce sont ceux qui ont le plus critiqué les USA de s’être mêlés de tous les conflits du monde qui lui reprochent, à présent, de s’en retirer…

Ce journaliste vraiment « très bien informé » sait que « les événements qui se déroulent dans le nord de la Syrie […] prennent leur origine directe dans un coup de fil entre Donald Trump et le président turc Recep Tayyip Erdoğan ».

Or, il y a une autre explication : Donald Trump a vite compris que l’assaut donné à la Syrie par cet allié désormais aussi peu fiable que dangereux qu’est la Turquie d’Erdoğan (un Frère musulman dictatorial qui rêve de reconstituer l’Empire ottoman) se heurtera non seulement aux Kurdes syriens, plutôt gauchistes, mais aussi à l’armée syrienne très aguerrie, et surtout à la Russie.

Dans cette affaire, il n’y aura que des « vainqueurs » : Erdoğan dira qu’il a établi une zone de sécurité anti-YPG/PYD kurde à sa frontière sud-ouest ; Trump dira qu’il a retiré ses soldats mais qu’il n’y a pas eu de génocide kurde ; El-Assad dira qu’il a stoppé l’avance turque, et la Russie de dira rien – comme souvent – mais comptera les points de sa remarquable réussite stratégique : elle gardera ses quatre bases navales et aériennes en Méditerranée.

Des médias superficiels se sont dits surpris du virage à 180° effectué par les Kurdes de Syrie du fait de leur rapprochement si rapide avec El-Assad, alors que leur relative autonomie était le fruit d’un accord très officiel avec Damas, pour prix de leur engagement contre les islamistes.

Qualifier, comme le fait France Inter, Donald Trump de « président encombrant et dysfonctionnel », peut-être un jour destitué, est aller bien vite en besogne et passer sous silence le vrai problème de notre Président à nous, Français : celui des neuf postes français (dont huit décidés par Emmanuel Macron) pris au piège du nord syrien, selon l’agence de presse turque Anadolu, et qu’il aurait fallu dégager depuis trois semaines à la fin de leur mission officielle contre Daech.

Henri Temple (BV)

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