dimanche 19 octobre 2014

Ukraine/Novorossia : SITREP du 19.10.2014 "From Motorola with love!" (Vidéos)


Lougansk :
Il y a quelques jours, j'avais dit que la 80eme brigade aéromobile ukrainienne avait été repoussée après avoir tenté une percée depuis Debaltsevo pour libérer les troupes ukrainiennes piégées dans le village de Bakhmutovka au NO de Schastye (RPL). Or, on sait maintenant que des éléments de la 80eme aéromobile sont eux-mêmes pris au piège. Ils sont, parait-il, épuisés et n'ont plus de munitions, de nourriture, ni d'eau. Ils disent que leur commandement ne répond pas à leurs appels au secours et ont fait appel aux médias ukrainiens pour faire connaitre leur situation.
LIEN (source ukrainienne)

Char T-64BV ukrainien détruit près de Bakhmutovka
Les forces qu'ils espéraient libérer, le 9e bataillon territorial de Vinichina dans l'ouest de l'Ukraine, sont presque à court de nourriture et d'eau et ont reçu un ultimatum par les FAN, de se rendre ou être détruit.


La situation dans ce secteur est dans l'ensemble assez confuse. L'autre jour, l'équipe de l'OSCE a indiqué qu'un blockpost ukrainien avait été encerclé dans la zone entre Smiloe et Khoroshoe - à environ 30 km ONO de Lougansk sur la rive sud de la rivière Seversky Donets. Il s'avère que c'est le BlockPost Ukrainien N°32, situé sur la route T1303. Cependant, il semble maintenant qu'il y ait au moins trois blocks ukrainiens encerclés le long de cette route (les blocks 29, 31 et 32). Par ailleurs, il semblerait également qu'une autre petite garnison ukrainienne est encerclée sur la rive nord de la Seversky Donets dans le village de Trokhizbenka, à 30 km au NO de Lougansk. Tout cela est en plus des unités encerclées à Bakhmutovka. Quant à la garnison ukrainienne de Schastye, elle ne semble pas avoir été coupée de ses arrières, même si la seule ligne ferroviaire de la ville semble avoir été stoppée, l'autoroute H21 semble encore libre.


Les soldats ukrainiens du blockpost N°32, en situation critique, appellent à l'aide sur la chaine TCH, le 17 octobre à 19H30.
Selon la voix de Sébastopol, les parachutistes de Lvov ont fait une tentative réussie pour approvisionner le BlockPost N°32, mais ont dû rebrousser ensuite chemin à cause des tirs de la milice.

   
Il y a quelques autres rapports non confirmés. En voici deux au cas où il y ait une part de vérité : il est dit que les milices de la RPL ont jeté un pont flottant sur la rivière Seversky Donetsk à un endroit non précisé. Par ailleurs, à Soumy, des partisans ont attaqué un poste de contrôle routier de Pravy Sektor et capturé cinq véhicules. Je trouve le rapport du ponton plutôt difficile à croire, mais qui sait...

Design ukrainien sur APC
Nouveau modèle de "wunderwaffe" ukrainien (oui, cette guerre est débile, je sais...)

Donetsk :
A 05H00 GMT L'artillerie Uke a frappé de façon terrible Dokuchaevsk, à environ 25km au sud-ouest de Donetsk sur la route de Marioupol. Après 20 minutes, la milice a répondu en attaquant près du village de Volnovakha à une courte distance au sud de Dokuchaevsk, et une sérieuse bataille est en cours mais il semblerait que les ukrainiens se soient repliés à la périphérie de la ville. L'intensité de feu des ukrainiens sur Dokuchaevsk peut être comparé à leurs bombardements de l'aéroport de Donetsk, indique le rapport.
Source : Voix de Sébastopol 



MàJ :  Violents combats pour l'aéroport de Donetsk aujourd'hui.  
Les troupes ukrainiennes ont tenté d'effectuer une percée de blindés à partir de la région de Peski. l'attaque a été soutenue par 22 véhicules blindés de combat et a réussi à atteindre la piste. Une vingtaine d'entre eux aurait été touché par les tirs de la milice lors de l'attaque.
Dans le rapport on signale une attaque sans précédent, qui a finalement été repoussé


Vidéos :

Aéroport de Donetsk (VO)


Entretien avec un artilleur des FAN, acteur de théâtre pour enfants à Kharkov dans le civil. (Sous-titres français)


Témoignage de Ehynars Graudinsh, politologue et défenseur des droits de l'homme (Lettonie) à l’émission 'Politika'. Il parle des crimes commis par les forces ukrainiennes dans le Donbass, des charniers découverts dans la région, de la destruction systématique de l'infrastructure, de la catastrophe humanitaire totale... Parmi les participants à l’émission - le chef (ambassadeur) de la Délégation de l'UE en Russie, Vygaudas Ušackas. (Sous-titres français Y.D.)


Guivi et Serge racontent une attaque de tanks ukrainiens sur l'aéroport (S/T ang. Kazzura)


Aujourd'hui à Donetsk, le peuple fêtait son drapeau (VO)


Nouvelles scientifiques : un site archéologique des "Anciens UKRS" trouvé près de Makeïevka

Motorola, l'ami des tout-petits

vendredi 17 octobre 2014

Ukraine/Novorossia : SITREP des combats du 17.10.2014 "Requiem pour un Cessez-le-feu" (Vidéos)


Selon un rapport, les forces de la RPL encerclent environ 200 ukrainiens dans le village de Bakhmutovka, situé sur le territoire tenu par les ukrainiens à 19 km au nord-ouest de Schastye. Il paraitrait que la moitié des ukies ont été tués, et les tentatives de percée d'un détachement du 80eme régiment aéromobile ukrainien, appuyées par des chars, pour soutenir les troupes encerclées ont été repoussées. Il semble maintenant que les forces ukrainiennes dans Schastye se retrouvent dans un nouveau chaudron et, toujours selon le rapport, cela "ouvrirait la voie à une percée sur Kharkov" [C'est aller un peu vite en besogne selon moi, les FAN ne disposant pas de forces suffisantes ni de la logistique pour une telle opération, loin s'en faut]. (LIEN)
"Prokhorov" à confirmé ce rapport, en parlant d'un grand nombre de pertes ukrainiennes et de deux T-64 détruits.

Il a été rapporté qu'il s'agissait d'une action entreprise par l'une des unités cosaques. Cela semble également coïncider avec l'encerclement d'un Block Poste ukrainien entre les villes de Smeloe et Khoroshe ainsi qu'une attaque de diversion contre le village de Murove, sur la rive nord de la rivière Seversky Donets.

Selon moi, on peut interpréter ces actions de trois façons différentes :

a. une manœuvre de débordement des forces ukrainiennes retranchées à Shchastye
b. une tentative pour faire sortir les unités mobiles ukrainiennes de Debaltsevo
c. un moyen de soulager la pression sur l'aéroport de Donetsk, où la majorité des forces ukrainiennes semblent concentrées.

Bakhmutovka (encadré) et Shastye ("Bonheur")
Vidéos :


Commandant Guivi: D'où et pourquoi les FAU bombardent Donetsk.(Trad. française par Y.Delville)


Vidéo de l'aéroport le 14.10 avec une interview de Guivi à la fin ou il reconnait avoir perdu 27 hommes de son unité ("Somali") lors des 3 1/2 semaines de l'assaut sur l'aéroport. Il affirme également sa fidélité totale au gouvernement de la RPD et à ses commandants en chef Kononov et le 1er Mininitre Zakharchenko.


SITREP des combats de l'aéroport du 17.10 par Guivi


Prestation de serment au peuple de Novorossia de la Brigade "Prizrak" et du bataillon cosaque "Ermak" le 14 Octobre dans le village de Vergulevka près de Debaltsevo (peut-être trop près étant donné que les ukrops ont interrompu la cérémonie....)


"Requiem pour un Cessez-le-feu" : 3 jours et 3 nuits de bombardement sur le village de Vergulevka, et un petit chat.


Nouvelle Russie. La punition pour pillage. Ainsi, il en sera avec tout le monde! 15/10/2014


Atelier de réparation de blindés des FAN à Donetsk


Les FAN se marient - reportage de Graham Phillips


Le septième convoi d'aide pour les FAN est bien arrivé. Merci les raton-laveurs!



"Cessez-le-feu" à Donetsk le 17.10.2014


Un centre commercial à Donetsk bombardé par l'armée ukrainienne le 12 octobre
(Sous-titres français par Russian Peacekeeper)

Mise à Jour du 18/10/2014 à 16h

Tir de missiles tactiques (probablement des SS-21 Toshka U) des forces ukrainiennes sur Donetsk

jeudi 16 octobre 2014

Ukraine : Irina Farion : "Nous sommes nés pour détruire Moscou!"

Irina Farion, Kiev, le 14.10.2014
Certains d'entre vous se souviennent certainement d'Iryna Farion, député de la Rada Centrale ukrainienne, numéro trois du parti pas-nazi-selon-béhachelle "Svoboda" et surtout "directrice-adjointe de la commission du conseil sur l'éducation et la science." Ses multiples déclarations enflammées, ses appels au meurtre ou son obsession particulière pour la dé-russification des prénoms d'enfants ukrainiens dans les écoles ont fait d'elle une figure amusante et pittoresque, véritable passionaria des "patriotes ukrainiens" [l'expression ukrainienne commune pour "nazis"]. 

Je ne résiste pas au plaisir de vous offrir ici quelques-uns des extraits les plus croustillants de son désormais mémorable discours du 14 octobre dernier à Kiev, devant tout son fan-club réuni pour célébrer "l'Armée Insurrectionnelle d'Ukraine" (UPA) créée en 1942 par Stepan Bandera et qui combattit les soviétiques (les russes).

Selon Irina Farion, les ukrainiens qui crient des slogans nationalistes: "Gloire à l'Ukraine - gloire aux héros" - sont les seuls ukrainiens libres. Ceux qui ne crient pas ces slogans sont des esclaves. 
  
"Les pharisiens et les hypocrites ont repris ces slogans dans leurs sales bouches, nous devons être prudents, nous devons être sans pitié envers eux." "Nous ne devons jamais, en aucun cas, les croire"... "Je lance un appel à la sainte Vierge de bénir les plumes et les épées, parce que seuls les peuples mentionnés dans la Sainte Parole, vivent avec dignité dans ce monde."  

"Dieu et l'Ukraine au-dessus de tout!" (Kramatorsk, le 14 octobre 2014) (J'ai viré le fake avec Adolf pour ne pas participer à sa propagation, dommage...)

"Cette guerre [elle parle de la guerre avec la Russie] est inévitable, tout à fait naturelle". "Désolé, je ne veux pas citer Hitler, mais il avait raison quand il disait que les guerres sont gagnées avant le déclenchement des hostilités. Les guerres sont gagnées lorsque l'enseignant et le prêtre souffrent la défaite."  
"Les enseignants et les prêtres ont été défaits en Crimée, à Lougansk et à Donetsk. Il n'y avait pas de livres ukrainiens, pas de mots ukrainiens, de musique ukrainienne, d'idées ukrainiennes." ...  
"Il n'y a donc maintenant plus que les bottes de Poutine... Donc, tout dans notre vie commence par la façon dont nous pensons, quel est l'objectif fixé pour nous-mêmes et à quel point nous sommes ukrainiens dans nos âmes."
"Soyez prudent avec ceux qui portent maintenant la "vishivanka" [chemise nationale ukrainienne, très prisée chez les nationalistes], par ces vishivankas, ils peuvent cacher leur manque d'âme ukrainienne."
   
vishivanka matelassée spéciale "hiver post-maidan"

"Nous aurons non seulement le front extérieur, il est absolument inévitable, le front de Poutine... nous n'avons qu'une seule issue - détruire Moscou, et nous vivons pour cela, et pour cela nous sommes venu en ce monde - pour détruire Moscou."
 "Il ne s'agit pas juste [de détruire] les moscovites dans notre pays, mais de détruire ce trou noir dans la sécurité européenne [sic]. Même si, bien sûr pour nous, il s'agit de notre sécurité."  
 "Mais le plus grand ennemi n'est pas celui qui est situé à proximité de nos frontières extérieures, notre plus grand ennemi est ici, chez nous [Farion commence une "liste des citoyens ukrainiens qui sont les ennemis de l'Ukraine:" dont les noms se terminent par "enko", puis par "uk", "yuk", "chyuk" "ishin" et "iv"...]   
"Voici qui sont les janissaires, les voleurs, les lèche-culs, les opportunistes, les corrompus!"
"Je souhaite que chacun d'entre eux soit abattu [sic] lors des élections par votre choix, chacun de ces déchets...
", puis elle répète : "abattez-les bientôt!"
 
... Et Irina Farion d'accuser
les infortunées personnes affublées de ces patronymes de tous les problèmes de l'Ukraine depuis 1917.
..."En fait, notre gouvernement doit être une forte et puissante conscience militariste. Et c'est notre devoir pour vous, l'authentique noyau ukrainien et pas les répugnantes âmes démo-libérales de toutes sortes." 


Banderole :"Le fascisme ne passera pas!"

S'adressant aux néo-nazis ukrainiens, Farion leur dit: "C'est vous qui êtes le noyau autour duquel doit tourner l’État ukrainien" ... "Vous devez être féroce contre l'ennemi ... nous devons lutter sur beaucoup de fronts" ... "Dans l'esprit et les mains de chacun de nous il doit y avoir la compréhension que seule la force militaire sera capable de vaincre cette horde étrangère et intérieure, sommes-nous prêts pour cela ?" La foule lui répond: "Oui!"
 
Farion déclare ensuite que: "Le plus terrible poison, c'est le libéralisme, nous devons les envoyer lors des élections au-delà de l'horizon de notre Histoire!"
"[Je souhaite plus] de pouvoir pour nous, la confiance, la foi, l'offensive, l'amour de soi et la haine de l'ennemi! Gloire à la nation!"
La foule lui répond : "Mort aux ennemis!"



MàJ : Le discours d'Irina sous-titré en français par Vincent Parlier


Les meilleurs moments festifs de la journée à Kiev 

En complément : lire l'excellent article d'Olivier Berruyer et voir la non moins excellente vidéo de Vincent Parlier qui s'y trouve.

mercredi 15 octobre 2014

Ukraine/Novorossia : Entretien avec Alexei Mozgovoi, le 14.10.2014


Rostov-sur-le-Don, le 14 Octobre

L'attaque de Kharkov et Odessa est non seulement possible, mais aussi nécessaire, bien que l'accord de Minsk ait permis à l'armée ukrainienne de se renforcer sur les positions occupées. Alors qu'il souhaite le retour d'Igor Strelkov à la tête de la milice du Donbass, il juge les directions actuelles de la DNR et de la LNR plus occupées à se partager le pouvoir qu'à la résolution des grands problèmes. 
C'est ce qu'a déclaré dans une interview à "PolitNavigator", le commandant de la brigade "Prizrak" Alexei Mozgovoï :



Traduction réalisée à partir d'une transcription en anglais :

"PolitNavigator": Existe-t-il vraiment un «parti des traîtres à la Nouvelle Russie", comme on l'a dit récemment ?

Alexei Mozgovoi: La question est claire et compréhensible, mais pas toujours claire et compréhensible vue par ces traîtres. Autrement dit, il ne s'agit pas des individualités mais de la structure. Ces traîtres peuvent même faire partie de notre milice, "qui ne nettoie pas les mains des gouvernements ne nettoient pas les mains et les pensées" - tous ceux qui sont à la poursuite de l'argent et d'un maroquin. Ce sont les traîtres de Nouvelle Russie. Vous ne pouvez pas avoir la peau de l'ours avant de le tuer. Et ici, il s'agit de cela. Et cela avait déjà commencé avant. Mais maintenant, c'est clairement visible - le partage des entreprises, des biens et d'autres choses.

"PolitNavigator": Pouvez-vous identifier les représentants des «cinq piliers» de la nouvelle Russie?

Alexei Mozgovoi: Le même Parti des Régions, qui à l'époque semblait être la seule force qui représentait notre région. C'est, en gros, la cinquième colonne, qui essaie maintenant de revenir au pouvoir.

"PolitNavigator": Parlez-vous de concourir pour le parlement?

Alexei Mozgovoi: La Verkhovna Rada - et la cinquième colonne et la dixième - sans condition. C'est l'obscurité totale, la brume, rien n'est sacré.

"PolitNavigator": Et que dites-vous à propos des communistes?

Alexei Mozgovoi: Que pouvez-vous dire au sujet du parti, qui était pendant 70 ans au pouvoir et a permis l'effondrement de l'Etat? Qui a été au pouvoir pendant 23 ans - ils étaient au parlement, ils auraient pu tout réparer et construire une direction socialiste. Est-ce qu'ils l'ont fait ? Non. Par conséquent, ce parti existe aussi seulement pour son propre intérêt.

"PolitNavigator" Le meilleur scénario pour l'avenir de la Nouvelle-Russie, à votre avis?

Alexei Mozgovoi: Pour parler de l'avenir de la Nouvelle-Russie, il est nécessaire de d'abord résoudre son état ​​actuel, sa position. A propos de l'avenir, il est trop tôt pour en parler, compte tenu de tous les événements qui se déroulent. L'avenir est très incertain et, dirons-nous, très lointain. À l'heure actuelle, les sacrifices qui se produisent lors des chocs dans les combats, les victimes, qui soutien la société civile, les troubles dans les affaires - c'est ce que sont les choses principales maintenant. Pas tant l'avenir qu'une opportunité pour survivre aujourd'hui, c'est ceci qui va construire l'avenir.

"PolitNavigator": Et pourtant, que devraient être les frontières de la Nouvelle-Russie - sur la ligne d'armistice ou à l'intérieur des limites des régions de Lougansk et Donetsk?

Alexei Mozgovoi: C'est l'une des questions les plus pressantes après les accords de Minsk. Comment peut-on signer des accords qui nous laissent en arrière de notre terre ? Si vous regardez la carte, nous avons à peine un tiers de notre territoire, ou même moins. J'insiste : la terre qui reste derrière est la Novorossia et non la DNR ou la LNR.

Il s'avère que la question n'est même pas que les troupes ukrainiennes soient retirées derrière la ligne de frontière. Si cela se produisait, alors peut-être nous serions moins outrés parce que ce serait une occasion de s'engager réellement dans la reprise économique. Mais ce serait comme une aumône - C'est difficile à accepter.

L'inactivité, l'infirmité des représentants qui l'ont signé nous ont tous conduit à des résultats désastreux. Ce serait mieux si ces négociations avaient traîné pendant un autre mois. Si nous avions commencé les négociations, afin de les ramener à l'esprit.

"PolitNavigator" Vous en tant que commandant, pouvez-vous faire quelque chose pour la retraite de l'armée ukrainienne?

Alexei Mozgovoi: Les troupes ukrainiennes, à la place de partir, comme annoncé, au contraire sont fixées et augmentent leurs forces. Il est aujourd'hui difficile d'imaginer quelque chose, le pourrions-nous, ou pas. À un moment où il y avait une chance de laisser tomber l'accord de paix. Nous avions la chance de pouvoir prendre en quelques jours Debaltsevo sans dégats. Maintenant, c'est fini.

"PolitNavigator": Est-il possible d'attaquer Kharkov et Odessa?

Alexei Mozgovoi: Je pense que c'est non seulement possible, mais nécessaire. Parce que, à en juger par ce qui se passe, nous pouvons voir que rien n'a changé dans le pays, même si c'était déjà le cas avant la guerre. Ni les gens qui étaient au sommet. Ni l'homme du commun qui ferme sa bouche, et fait. Personne ne prend en compte les opinions des gens ordinaires, leurs difficultés. Pour changer quelque chose, les gens ont besoin d'une mesure préventive, comme une guerre. Pour que ces messieurs dans les bureaux réalisent qu'ils ne peuvent pas toujours vivre comme ils veulent. Ils doivent vivre comme les gens le leur disent.

"PolitNavigator": Avez-vous suffisamment de soutien de la Fédération de Russie?

Alexei Mozgovoi: Dire qu'elle est insuffisante - serait en quelque sorte une effronterie. Elle existe, ce qui est important. Trop sur les flux d'aide en provenance de Russie se trouve coincé. Ceux qui contribuent à faire de ce mineur à la fin. De la Fédération de Russie, elle part dans un volume, elle nous parvient à tous dans d'autres.

"PolitNavigator": la Nuit de Cristal?

Alexei Mozgovoi: C'est un passe-temps favori de nos fonctionnaires. Autant dans la Fédération de Russie qu'ici. Qu'on le veuille ou pas.

"PolitNavigator": Igor Strelkov doit-il revenir dans le Donbass? Il se dit qu'il ne serait pas autorisé à le faire.

Alexei Mozgovoi: Pour consolider la société et des unités militaires nécessaires. Mais la question est: qu'en penserait le gouvernement actuel ? Strelkov était et est resté précisément la bannière derrière laquelle se trouvait le peuple. Maintenant, nous sommes privés de cette bannière. Par conséquent, il serait bien qu'il revienne.

"PolitNavigator" Qu'attendez-vous de la rencontre entre Poutine et Porochenko à Milan?

Alexei Mozgovoi: Pour être honnête, rien.

"PolitNavigator": A-t-on essayé de vous soudoyer pour vous retirer de l'arène militaire?

Alexei Mozgovoi: Des propositions ont été signalées, peut-être parce qu'à l'origine j'ai dit que je n'étais pas intéressé. Tant que j'ai des chaussures, un uniforme, - c'est assez pour moi. Ces millions que je pourrais ramasser, ne pourront pas m'apporter de la joie.

"PolitNavigator" Avez-vous des ennemis?

Alexei Mozgovoi: Deux gouvernements entiers. DNR, LNR - ce sont les ennemis les plus imprévisibles. On ne sait pas ce que l'on doit attendre d'eux à part une trahison, d'ailleurs c'est ce qui se passe déjà.

"PolitNavigator": Vous n'avez pas 40 ans. Combien de temps comptez-vous vivre et vous battre?

Alexei Mozgovoi: (glousse). Oui, la lutte, telle que je l'entends est nécessaire à la vie. Cela ne se compte pas en mois. Je vivrais - le temps que Dieu voudra.

"PolitNavigator": Comment imaginez-vous la Nouvelle-Russie en tant qu’État? Similaire à la RSS d'Ukraine, à l'UNR? [UNR = République populaire ukrainienne de 1917]

Alexei Mozgovoi: Pourquoi faire appel à ces modèles qui sont, pour ainsi dire, disparus? Peut-être est-il temps de développer un nouveau modèle, des nouvelles règles de vie. Et la loi la plus importante - la conscience. La présence de ce facteur dans une personne peut résoudre beaucoup.

"PolitNavigator": Aujourd'hui, c'est une grande fête orthodoxe. Vous souhaitez que la nouvelle Russie soit orthodoxe ?

Alexei Mozgovoi: En ce jour nous a été assermenté un nouveau bataillon de cosaques. [Reste de la réponse malheureusement incompréhensible pour moi - si un lecteur la comprend, il peut la poster en commentaire]

"PolitNavigator": derrière vous une copie de la Bannière de la Victoire. [Grande Guerre Patriotique 1945]

Alexei Mozgovoi: C'était une guerre terrible et ils ont souffert d'affreuses privations - des hommes saints. La seule façon pour eux et pour cette bannière d'être traitée. Sur mon uniforme, les épaulettes d'argent cosaques sont censées représenter les Blancs. Et à coté, il y a le drapeau rouge. Le passé de nos ancêtres héroïques - c'est de l'histoire. Nous faisons partie de cette histoire, nous n'avons pas le droit de répéter dans le cadre obligé pour honorer et commémorer.

Rendez-vous à la Khreshchatyk [rue principale de Kiev - NDT]

mardi 14 octobre 2014

Todd : "...un nouveau monde est apparu et il n'est plus contrôlé par les américains"


L'historien et sociologue français Emmanuel Todd il n'a jamais été prisonnier des idéologies, bien qu'il les ait minutieusement étudiées du point de vue scientifique. Auteur de nombreux livres et monographies, il a accepté de répondre aux questions de Rossiïskaïa gazeta

Le monde occidental est parti en guerre contre la Russie, l'accusant de tous les péchés capitaux et de mauvaises intentions. Qu'en pensez-vous?
Emmanuel Todd: Avant les événements ukrainiens déjà, j'avais attiré l'attention sur cette tendance antirusse, manifestement planifiée, dans les médias occidentaux. Les premières attaques régulières contre Moscou ont porté sur le "rejet" des minorités sexuelles. Ensuite, de nombreux articles ont avancé que la politique de Poutine était "impossible à comprendre" et qu'il était "imprévisible". Pour être franc, cela m'a beaucoup amusé. Car à mon avis, la ligne politique du gouvernement russe est au contraire très rationnelle et réfléchie. Les Russes sont fiers d'être Russes et s'ils disposent des moyens nécessaires, ils font tout pour éviter la cabale. Ainsi, le soutien affiché à la population russophone dans le sud-est de l'Ukraine s'inscrit parfaitement dans cette logique.
En ce qui concerne les préoccupations des Baltes ou des Polonais, persuadés que demain Moscou compte les engloutir, elles sont complètement infondées. Cela n'a absolument aucun sens. La Russie a déjà suffisamment de soucis pour aménager son vaste territoire.

Cela fait longtemps que vous vous intéressez à la Russie - essentiellement comme anthropologue et sociologue. En 1976 déjà, à l'âge de 25 ans, vous avez écrit un livre intitulé La Chute finale où vous évoquiez les causes susceptibles de désintégrer l'URSS. Ce livre, qui a fait beaucoup de bruit, n'a pas été pris au sérieux à l'époque. Quelle est votre vision de la Russie contemporaine?
Emmanuel Todd: Si vous vous penchez sur l'histoire de la Russie, vous comprenez que son rôle dans les affaires mondiales - et en particulier européennes - a toujours été positif. La Russie a subi une humiliation dans les années 1990, juste après l'effondrement de l'URSS. L'attitude de l'Ouest fut alors insupportable et injuste mais en dépit de cela, la transition a pu se faire dans une certaine dignité. Aujourd'hui, ce pays a retrouvé sa place dans les affaires mondiales et a atteint un équilibre interne. Il a atteint une stabilité démographique et enregistre même une croissance de sa population plus élevée que dans le reste de l'Europe. L'espérance de vie augmente. A terme, le taux de mortalité infantile sera inférieur à celui des États-Unis selon les statistiques. Le fait que la Russie attire un flux d'immigrés en provenance des pays voisins montre qu'elle revêt pour eux un intérêt économique.
À mon avis, la Russie joue un rôle particulier dans les affaires internationales, dont elle a hérité de la Guerre froide, qui est d'assurer l'équilibre mondial. Grâce à son arsenal nucléaire, la Russie est aujourd'hui le seul pays capable de contenir les Américains. Sans elle, le monde aurait connu un sort catastrophique. Tous les libéraux occidentaux devraient l'applaudir: contrairement aux démocraties européennes, elle a accordé l'asile à Edward Snowden. Quel symbole explicite: la Russie, bastion des libertés dont les pays européens se veulent les porte-drapeaux.

En 2002 sortait votre livre Après l'Empire, où vous évoquez les causes de l'affaiblissement, lent mais sûr, des USA. Qu'en est-il aujourd'hui?
Emmanuel Todd: En effet, j'ai écrit à l'époque que l'agressivité de l'Amérique n'était absolument pas une manifestation de sa puissance. Au contraire, elle cachait la faiblesse et la perte de son statut dans le monde. Ce qui s'est passé depuis a confirmé mes conclusions de l'époque. Et cela reste exact aujourd'hui également. Ne croyez pas que j'ai été motivé par un anti-américanisme quelconque. Pas du tout. Néanmoins, je constate que l'"empire" américain est en phase de déclin. Et cela peut être vu particulièrement dans la manière dont les États-Unis, à chaque fois qu'ils perdent l'un de leurs alliés, prétendent que rien de significatif ne s'est produit. Prenez l'exemple de l'évolution des relations de Washington avec l'Arabie saoudite. Les échecs permanents des Etats-Unis au Moyen-Orient sont flagrants pour tout le monde, notamment à travers les derniers conflits en Irak et en Syrie. Et Riyad, qui était autrefois leur plus proche allié dans la région, est en fait sorti du contrôle américain, même si bien sûr personne ne l'admet. Même chose pour la Corée du Sud, qui s'éloigne des États-Unis pour coopérer de plus en plus activement avec la Chine. Le seul véritable allié loyal des Américains en Asie reste le Japon. Mais à cause de sa confrontation avec Pékin, ce pays ne sait plus où se mettre.

Et l'Europe?
Emmanuel Todd: Le processus est similaire en Europe. La principale évolution que le Vieux continent ait connue ces dernières années est la montée en puissance de l'Allemagne. Avant, je pensais que l'Europe allait continuer à se développer, tirée par la locomotive d'intégration Berlin-Paris. Mais les choses se sont passées autrement. Tout d'abord, l'Union européenne ne s'est pas transformée en union des nations "libres et égales", comme le rêvaient ses fondateurs. Elle a pris la forme d'une structure hiérarchique sous l'égide de l'Allemagne, qui a largement dépassé sur le plan économique tous les autres pays de l'UE. Par nature, les Allemands ne peuvent pas percevoir le monde autrement qu'à travers un prisme hiérarchique. Cette ascension de Berlin s'est accélérée notamment après la crise financière de 2008. Aujourd'hui, l'Europe est contrôlée par l'Allemagne. Les premiers signes d'une perte de contrôle sur Berlin par les Américains sont apparus au début de la guerre en Irak quand Paris, Moscou et Berlin, qui marchaient jusque-là dans le sillage des USA, s'y sont opposés. Ce fut une étape fondamentale.
Depuis, dans un domaine aussi crucial que l'économie internationale, l'Allemagne mène sa propre ligne pour défendre ses intérêts nationaux. Elle ne cède pas à la pression des Américains, qui croient que tout le monde devrait jouer selon leurs règles et insistent pour que les Allemands renoncent, par exemple, à leur politique d'austérité budgétaire. Cette ligne est imposée sous la pression de Berlin à l'ensemble de l'Union européenne, et les Etats-Unis ne peuvent rien y faire. Dans ce domaine, les Allemands n'accordent pas d'importance à l'avis des Américains. Nous pouvons aussi rappeler les récents scandales impliquant les écoutes téléphoniques, quand les Allemands – un cas sans précédent – ont expulsé le chef de la CIA à Berlin. Mais l'économie reste le plus important. Les Américains n'adoptent pas, dans ces circonstances, une attitude menaçante. Pas parce qu'ils ne veulent pas, mais parce qu'ils ne peuvent pas. En l'admettant tacitement, ils reconnaissent en quelque sorte que leur pouvoir touche à sa fin. Cela ne saute probablement pas aux yeux, mais c'est la réalité.

Néanmoins, certains pensent que les USA restent une puissance dirigeant les affaires mondiales, notamment européennes.
Emmanuel Todd: Il y a l'ancien monde et le nouveau monde. L'ancien monde, c'est la vision héritée de l'époque de la Guerre froide. Elle reste bien ancrée dans la conscience des faucons américains, dans les pays baltes et en Pologne. Il est clair que l'expansion de l'OTAN vers l'Est après la chute du mur de Berlin est un exemple typique de l'inertie de la pensée dans l'esprit de la Guerre froide, peu importe les termes employés. Dans l'ancien monde, l'Allemagne jouait plutôt un rôle de modérateur, d'élément rationnel préconisant une solution pacifique aux problèmes et favorable au partenariat économique. Mais un nouveau monde est apparu et il n'est plus contrôlé par les Américains.
L'Europe a aujourd'hui sa propre dynamique. Elle n'a pas d'armée, mais elle est dirigée par l'Allemagne. Et tout se complique, car cette dernière est forte, mais elle est instable dans ses concepts géopolitiques. A travers l'histoire, le pendule géopolitique allemand a oscillé entre une approche raisonnable et des élans mégalomanes qui ont conduit, rappelons-le, à la Première Guerre mondiale. C'est la "dualité" de l'Allemagne. Par exemple, Bismarck cherchait la paix universelle et l'harmonie avec la Russie, alors que Guillaume II, dans l'esprit "l'Allemagne est au-dessus de tous", s'est brouillé avec tout le monde, à commencer par la Russie. Je crains que nous retrouvions aujourd'hui cette dualité. D'une part, l'ancien chancelier Schröder a prôné l'expansion des relations avec Moscou et il a maintenant beaucoup de partisans. D'autre part, on constate une position étonnamment ferme de Merkel dans les affaires ukrainiennes. L'agressivité du monde occidental envers la Russie ne s'explique donc pas uniquement par la pression des Etats-Unis.

En effet, tout le monde s'attendait à une médiation active de Berlin dans la crise ukrainienne, mais ce n'a pas été le cas.
Emmanuel Todd: Il me semble que l'Allemagne s'engage de plus en plus dans une politique de force et d'expansion voilée. La réalité de l'Allemagne après la réunification est qu'elle a miné les structures étatiques fragiles en Europe. Rappelez-vous la défunte Yougoslavie, la Tchécoslovaquie, et aujourd'hui il semble que ce soit le tour de l'Ukraine. Pour la plupart des Européens, l'Ukraine n'aucun intérêt particulier. Pas pour les Allemands. Depuis l'époque de la réunification, l'Allemagne a mis la main sur la quasi-totalité de l'ancien espace de domination soviétique et l'utilise à ses propres fins économiques et industrielles. En c'est, je pense, l'un des secrets de la réussite de l'économie allemande. Face à un grave problème démographique et un taux de fécondité faible, elle a besoin d'une main-d'œuvre qualifiée et bon marché. Donc, si vous restez dans cette logique, obtenir par exemple les deux tiers des travailleurs ukrainiens est une opération très bénéfique pour Berlin.

D'ailleurs, le 23 août, Angela Merkel a été la seule des chefs d'Etats de l'UE à se rendre en visite à Kiev à l'occasion de la célébration de l'indépendance de l'Ukraine.
Emmanuel Todd: D'après moi, c'était un événement marquant. Et je pense que Moscou l'a également remarqué.

Pourquoi, d'après vous, les États-Unis montrent-ils un tel zèle dans les affaires ukrainiennes?
Emmanuel Todd: Parce que leur stratégie vise à affaiblir la Russie. En l'occurrence par la crise ukrainienne. Mais n'oublions pas qui l'a provoquée. Après tout, le point de départ était la proposition de l'UE de conclure un accord d'association avec Kiev. Puis l'Union européenne a soutenu le Maïdan conduisant au coup d'Etat, qui s'est déroulé avec le consentement silencieux des capitales européennes. Quand les événements en Crimée se sont produits, les Américains ne pouvaient pas rester à l'écart, au risque de "perdre la face". Les "faucons", partisans des idées de la Guerre froide, sont alors passés au premier plan pour définir la politique américaine vis-à-vis de la Russie. Je ne pense pas que les Américains souhaitent l'exacerbation de ces conflits, mais nous devons suivre de près jusqu'où pourrait aller leur désir de "sauver la face".

Ria Novosti

samedi 11 octobre 2014

Portrait de Vadim, Ukrainien perdu


Un article intéressant repris du Point, contenant en particulier le témoignage d'un militaire ukrainien originaire de Donetsk qui en dit long sur le moral des troupes de Kiev et de la population favorable au régime en général. Les parties le plus importantes sont soulignées en gras par mes soins. 
On notera par ailleurs le ton étonnamment peu favorable au régime de la journaliste Anne Nivat (oui, la même) qui met ostensiblement des guillemets à l'opération "appelée pudiquement action antiterroriste" et ne donne pas dans l'ensemble une image très glorieuse de la démocratie ni de l'armée ukrainienne.


Policier au service de l’État ukrainien après avoir fui les séparatistes, Vadim Koba n’est désormais reconnu par aucun des deux camps. Rencontre.

Dnipropetrovsk, centre de l’Ukraine. Vadim Koba, 32 ans, se tient bien droit pour la photo. Il a même tenu à poser en casquette, “pour faire plus sérieux”. Si ce policier au service de l’État ukrainien arbore aujourd’hui une tenue de camouflage aux armes de l’Ukraine en plein centre-ville, c’est parce qu’il sert d’instructeur au bataillon de volontaires Dnepr-1, financé par le milliardaire Igor Kolomoïski, gouverneur de la très riche région industrielle de Dnipropetrovsk. Né à Donetsk et résidant dans la capitale de la république autoproclamée du même nom, Vadim a fui sa ville il y a trois mois dans l’espoir de pouvoir facilement obtenir son transfert à la police de Dnipropetrovsk, la ville où il se trouve actuellement “en exil”, comme des dizaines de milliers de civils déplacés par les combats. Mais c’était compter sans la confusion qui règne dans les administrations respectives des deux villes, l’une se trouvant en territoire ukrainien (Dnipropetrovsk), l’autre s’affichant comme capitale d’une république autoproclamée dans laquelle se sont déroulés depuis cet été des combats acharnés, même si, depuis vendredi 5 septembre, un cessez-le-feu semble partiellement respecté.

Après le début des troubles militaires dans sa ville cet été (des combats que la partie ukrainienne appelle pudiquement ), Vadim a décidé de fuir le camp séparatiste pour rejoindre la ville de Dnipropetrovsk et de s’y faire officiellement transférer en tant que policier. Or, il se trouve maintenant dans une impasse puisque son transfert dépend de ses supérieurs à Donetsk qui ne veulent pas en entendre parler : pour rien au monde, les représentants des forces de l’ordre restées à Donetsk et défendant aujourd’hui les “couleurs” de la DNR (sigle russe pour République indépendante de Donetsk) ne souhaitent perdre un élément qui pourrait dans le futur les combattre. En attendant, Vadim a rejoint les milliers de volontaires qui se sont enrôlés dans les bataillons hétéroclites apparus sur tout le territoire de l’Ukraine ces derniers mois et qui envoient leurs hommes se battre dans la zone d’opération “antiterroriste” ou dans ses alentours.
“On est indépendants ? Mais de qui ? De quoi ?”

Pourquoi Vadim n’est-il pas resté en DNR ? “Parce que, là-bas, on ne me donne pas le choix : on m’oblige à servir leur État dont personne ne sait à quoi il va ressembler, quelles en sont les “frontières”, ni comment on va y vivre. Moi, je veux avoir le choix. Je dois dire aussi que le niveau de corruption de mes supérieurs était devenu insupportable. Je rêve d’une police qui serve réellement les gens, même si ce but paraît difficile à atteindre, en jugeant par ce que je vois ici. Faut pas rêver : personne n’a vraiment compris pourquoi on se combat les uns les autres, et moi, ce que je constate, c’est qu’ici, c’est la même mentalité que là-bas. Tu te sers d’abord, et les autres viennent bien après. Vraiment, j’en peux plus de cette mentalité !”

Fin août, dans la localité d’Ilovaïsk, à l’est de Donetsk, les forces ukrainiennes secondées par ce bataillon de volontaires dont Vadim faisait partie ont été prises en embuscade par des forces séparatistes. Sa version des faits ne corrobore pas la version officielle : “La reconnaissance séparatiste est bien meilleure que la nôtre, il faut le reconnaître. De notre côté, on ne combat pas vraiment, ou alors, comme des amateurs. Et nous avions en face de nous des forces de la DNR, pas de la Russie ! Moi, je n’ai vu aucun engin ou personnel qui ressemblait à des Russes !” affirme-t-il alors que, sur les réseaux sociaux ukrainiens, le “drame d’Ilovaïsk” est encore abondamment commenté (on ne sait d’ailleurs toujours pas combien de personnes exactement ont péri sur place, mais sans doute plus de 90 du côté ukrainien). “J’ai même dû aider par téléphone des membres de notre bataillon totalement perdus en leur expliquant où ils se trouvaient géographiquement parce qu’ils n’avaient même pas de carte et comptaient parmi eux des blessés qu’il fallait rapatrier au plus vite !”

Vadim n’a jamais été en Russie, alors qu’il s’est rendu une fois en Europe pendant une dizaine de jours pour du tourisme. Pour lui, Poutine n’est pas le diable (“il paraît qu’aujourd’hui, en Crimée, la situation est stable et on les envierait presque…”), pas plus que le président Petro Porochenko, mais il lui paraît faible et incapable de contrôler ses troupes. “Porochenko et son gouvernement nous font croire qu’on est indépendants, mais de qui ? De quoi ? L’Ukraine n’est pas du tout indépendante, elle n’a pas les moyens de l’être, et ça, nous en souffrons tous !” explose-t-il. Comme beaucoup, il n’a aucune idée de ce qui l’attend demain : son salaire ne lui est plus versé puisque, officiellement, il ne travaille plus nulle part. “Je ne sais pas où va mon pays, qui le dirige, les décisions sont confuses et je ne vois pas comment on va avancer”, soupire-t-il, avant d’esquisser un sourire en montrant sur le smartphone que lui a prêté un copain “businessman” les photos de sa femme et de sa fille, 5 ans, témoignant d’une vie de couple heureuse à Donetsk, la capitale du Donbass. Pour ajouter aussitôt, en proie à une vive émotion : “Ma femme m’a quitté et a emmené notre fille avec elle à Krasnodar dans le sud de la Russie.” Quand ? Pourquoi ? “À cause des événements. Ses parents sont pro-russes, ils ont vendu leur business et tout rapatrié en Russie. Parce que je n’ai pas voulu les accompagner, ils m’ont prévenu que je ne verrais plus jamais ma fille.” La guerre sans nom détruit aussi des familles. (Anne Nivat)


vendredi 10 octobre 2014

Sanctions de l'UE contre la Russie - Qui décide ? (Vidéo)



Quand l'Union Européenne punitive joue les gros bras contre la Russie, qui décide vraiment? Quelles sont les motivations et qui est le vrai patron?
Une vidéo de Vincent Parlier


jeudi 9 octobre 2014

Ukraine/Novorossia : Humour de guerre

"Azov à Marioupol" (cliquer sur les dessins pour les agrandir)

"L'humour est la politesse du désespoir", je ne sais plus qui a dit ça mais il avait oublié d'être con.
Voici donc un peu d'humour de Nouvelle-Russie, plein de politesse.

Échange de prisonniers à l'ukrainienne :"C'est du fair-play : cinq contre cinq"

Kharkov, destruction de la statue de Lénine par Secteur Droit
"Leningrad"
20 ans d'écart entre les deux photos
beurk

"Bienvenue au nouvel état-membre! Yahou!"
'Il y a un Jedi pour chaque coté obscur."
"OTAN"
Bientôt...

  



mercredi 8 octobre 2014

El Murid décrypte Loukachenko

Alexandre Loukachenko, le "renard de Bielorussie"
(NB : Suite aux réactions de fidèles lecteurs ne comprenant pas la publication de certains articles récents, particulièrement les traductions de Strelkov et El Murid, je me vois dans l'obligation de rappeler une chose importante : Cet article représente uniquement l'opinion de son auteur et en aucun cas mon opinion personnelle, je le publie ici pour son caractère informatif, étant donné qu'El Murid représente une tendance importante de l'opinion russe conservatrice, et qu'il est un des blogueurs les plus lus en Russie. J'essaie à travers mon suivi de la situation en Ukraine/Novorossia de présenter au public francophone qui me lit un angle de vue différent sur ce conflit de celui proposé dans les médias. Cela ne veut pas dire que j'adhère systématiquement aux billets d'opinions que je publie ici.)

Anatoly El Murid (*) donne son analyse de l'interview du président biélorusse Loukachenko à la chaine officielle euro-atlantiste "Euronews" (vidéo en fin d'article) :

L'irritation de Loukachenko et sa position catégorique ne sont pas les produits d'une réaction épidermique, mais d'une réflexion profondément mûrie.

Les événements d'Ukraine vont bon train depuis quasi une année déjà, sept mois depuis la victoire des nazis, cinq mois d'opération punitive, six mois depuis l'union retrouvée avec la Crimée. Dès lors, Loukachenko ne se laisse pas emporter par l'émotion, ce qu'il dit est mûrement pensé, équilibré.
La Russie a rétabli l'union avec la Crimée, mais n'a pas mené le travail jusqu'au bout. Elle n'a pas fait admettre l'événement par l'Ukraine, laissant la porte ouverte à une mise en question de ce retour. La Russie a garanti la protection des habitants du Donbass, déclarant se réserver le droit d'intervention en cas d'opération punitive. Le Donbass est détruit, des millions d'habitants ont fui, des dizaines de milliers ont été tués. Aucune intervention directe ne s'en est suivie. L'armée russe n'est pas sortie de sa position, derrière les femmes et les enfants. La Russie a misé sur le territoire limité de l'insurrection, sur des bandits avoués, elle en récolte un effondrement de la direction de l'opération et une catastrophe permanente. Le Président de la Russie s'est éloigné du déroulement des événements, apparaissant épisodiquement pour avancer des initiatives qui suscitent l'interrogation quant à leurs conséquences. Dans de telles circonstances, ce sont des fonctionnaires de troisième rang qui tirent les ficelles et ne font qu'aggraver la situation. Quant aux sanctions, il semble qu'elles n'en soient qu'à leur début.

Loukachenko s'est déjà exprimé auparavant à propos de la situation en Ukraine, pas de façon très positive, mais avec retenue. Le nouvel entretien se fait tranchant, peu amical. Mais il a entièrement raison. Le retournement de situation est tel qu'en Russie, les questions géopolitiques ont cessé d'être la prérogative du Président, pour devenir un champ accueillant les ébats frauduleux des bestioles du musée de cire du Kremlin et de la Maison Blanche. Loukachenko n'a aucune intention de traiter à leur niveau. Il a donc remisé les politesses.
Il est malaisé d'affirmer que Loukachenko ait, ou non, pu aborder ces thèmes en tête à tête, mais la cruauté de son évaluation semble relever de son désespoir de ne pouvoir faire part à Poutine de sa vision de la situation. C'est sans doute de ce point de vue que l'interview prend tout son sens.

Les déclarations selon lesquelles Loukachenko trahit la Russie vont bon train. Il est Président du Belarus et il promeut évidemment les intérêts de son pays. Toutefois ses propos empreints d'irritation ne recèlent aucune forme de trahison. La Russie elle-même mène sa propre politique, mais de façon tellement médiocre et inconséquente que ce n'est pas Loukachenko qu'il convient d'accuser de trahison, mais ceux qui se promènent négligemment en Novorossie et en Ukraine. Pourquoi leur permet-on d'y folâtrer ? C'est une autre question, sérieuse. Au cours de notre histoire, nous avons déjà eu affaire à de vils escrocs du genre de Bezobrazov, qui sut comment tirer profit de la cupidité des élites et du détachement total du monarque pour pousser les choses jusqu'à la guerre russo-japonaise, perdue avec fracas par la Russie, qui récolta en outre la révolte de 1905. La Russie parcourt le champ de l'histoire avec un rateau, et avec zèle, « elle n'en rate pas une ».

Lorsqu'on reproche à Igor Strelkov sa tendance maniaque à vouloir faire comprendre à Poutine que ses fonctionnaires conduisent le pays à la catastrophe avec la pleine approbation du président, on oublie qu'il est historien, et de plus, spécialisé dans les dernières années de l'Empire de Russie. Il comprend parfaitement se qui se passe, mais il n'a pas la possibilité de résoudre le problème comme il a pu, à Slaviansk, résoudre le problème des pillards et des criminels.

Dans notre cas, les commentaires de Loukachenko sont du même ordre. Il n'est pas en mesure de faire comprendre cette même réalité à Poutine, autrement qu'à travers une évaluation tranchante des lamentables échecs de l'année écoulée.



L'interview complète de Loukachenko (Trad. Euronews)

(*) Anatoly E. Nesmiyan : blogueur russe de Saint-Pétersbourg, plus connu par son surnom à savoir el_murid (El mouride). En 2011, l'Institut biographique russe l'a nommé «blogueur de l'année» et lui a attribué le "Prix national de la blogosphère" pour sa "contribution au développement de la société civile". Darya Mitina, une ancienne député de la Douma, classée très à gauche sur l'échiquier politique russe, a dit qu' El mouride était le blogueur le plus lu du pays, cité par tous les grands médias en Russie et même à l'étranger, qui s'est fait connaître notamment à travers ses analyses de la guerre en Libye, et sa lutte contre les "bacchanales de l' information".