mercredi 1 janvier 2014

Dieudonné : « Je veux aller en prison »

Comme le dit un commentaire : "une interview qui remet l'église au milieu du village"
Une interview exhaustive et indispensable du croquemitaine médiatique du moment. Un dangereux "rêveur de rêves", pourchassé par la vindicte des néo-pharisiens post-modernes, nantis du système.

Extrait :
FDC : Estimez-vous être un « pionnier » dans votre secteur : soit un artiste qui, par son travail et Internet, peut vivre de son art sans passer par la médiatisation positive des médias ?
D : Je m’aperçois de cela … Le système avait organisé quelques défenses qui aboutissaient, d’une certaine façon, à une séparation entre le monde du sérieux et celui de la dérision. Il y a d’abord eu Coluche qui a fait un peu trembler le premier monde. De par son investissement dans le champ politique qui a suscité un engouement. Malgré qu’il était complètement encadré par le système, Coluche a eu envie de s’amuser à un moment donné et il leur a fait peur… Après lui, se sont ouvertes les vannes du one-man-show, du spectacle humoristique et d’autres artistes ont pu s’exprimer. La grande différence avec Coluche et Desproges, c’est que je n’aurais pas « leur distanciation ». C’est ce que m’a reproché le dernier juge que j’ai vu. Ce magistrat à qui je faisais visiblement peur me parlait ensuite de « distanciation » (rire). Oui, au plus profond de lui-même, cet homme a peur de ce qui est en train de se passer et, effectivement, certaines personnes ont peur de moi…
Mais pour revenir à votre question, les tenants du système n’avaient pas vu que la sacralité du sérieux allait fondre comme neige au soleil, qu’allait apparaître une expression de la vérité qu’ils ne maîtrisaient absolument pas : l’humour. Drapés dans une posture historique, scientifique, professorale, ils nous expliquent qu’ils ont raison, que ce sont des gens sérieux et que le reste n’est que bouffonnerie. En fait, Ils n’ont pas vu que par la bouffonnerie arrivait l’expression de la vérité. Contre laquelle ils n’ont pas d’armes parce qu’ils ne sont pas drôles et n’arrivent pas à l’être. Souvent , certains disent : « la quenelle, ce n’est pas drôle : c’est vulgaire ! ». Or, d’une part, la vulgarité n’est pas le problème, d’autre part, pour certains comme Romain, la quenelle, c’est quelque chose de fort, de mystique. Contre ça, ils n’ont pas d’armes.
La grossièreté, c’est eux. La vraie vulgarité, aujourd’hui, elle est en cols blancs et  cravates. Elle parle bien, avec des mots ampoulés, parfaitement ciselés, mais il n’y a que du caca qui sort de ces idées. C’est-à-dire la supercherie, le mensonge, le vol, l’escroquerie. Ils ont un Dieu : l’argent. Et leur objectif est d’intégrer une sphère, une élite richissime, vivre entre eux tout en continuant à exploiter une partie de la population. Mais ils n’avaient pas anticipé la force du rire : la quenelle est un phénomène qui vient du rire, de la bouffonnerie. Même si c’est « je te la mets dans le cul », la quenelle ne sera jamais plus vulgaire que le discours de François Hollande, de Nicolas Sarkozy ou de ceux d’avant et de ceux d’après. La vraie vulgarité est démasquée par cette vulgarité potache et ils sont piégés.(...)
L'interview complète : FDC


dimanche 22 décembre 2013

Todd :"L’euro ne marchera jamais, c’est une certitude anthropologique"


(...)le bilan de l’année 2013 que l’historien et démographe Emmanuel Todd livre à Jean-Marie Durand, des “ Inrocks ”, risque de beaucoup alimenter les conversations, peut-être même d’échauffer les esprits…

 Quand Hollande "prend les Français pour des cons" : le pavé dans la mare d’Emmanuel Todd “ Le rejet de François Hollande est complètement naturel et démontre que les Français sont des gens intelligents, commence Todd (qui, petite note entre nous, a soutenu le candidat Hollande lors des dernières élections). La société est paralysée, l’économie en déroute, le système monétaire européen ne fonctionne pas et le Président ne fait rien. Sarkozy, après la grande crise monétaire, n’a certes pas fait grand-chose mais il entretenait un climat d’agitation ; il désignait des boucs-émissaires, il empêchait les gens de se poser ; il lançait en permanence des leurres, dans toutes les directions. Sarkozy m’a rendu fou mais il était en phase avec la société : il avait l’air visiblement malade et souffrant. Comme la France. La grandeur du hollandisme, par contraste, c’est qu’il ne fait rien et que cela se voit. Sa posture morale est moins répréhensible que celle de Sarkozy ; il ne dit pas que les immigrés sont des salauds, que les fonctionnaires sont un problème, il n’accuse personne ; il ne fait juste rien. Il a l’air bien, il est content. Or, dans un pays fébrile et anxieux, c’est encore plus intolérable. Avant de convaincre les autres, il faut se convaincre soi-même. Cette posture de calme et de flegme, personne n’en est dupe. Traduire “ on ne fait rien ” par “ on est calme ”, c’est prendre les Français pour des cons ”. Ouch !  

"Hollande détruit par l’euro" Mais l’historien va encore plus loin… “ Avec le pouvoir de création monétaire à Francfort, poursuit-il, l’Etat a perdu le seul pouvoir qui compte. Hollande ne peut rien faire, c’est un faux président. On devrait dire “ le vice-chancelier Hollande ”. Le problème de Hollande, c’est de faire le saut dans l’existence, de prendre le pouvoir. Pour exister, retrouver des moyens d’action, il n’y a qu’une chose à faire : sortir de l’euro ”. Houlà ! On touche à un vrai tabou, là… parce que quand on parle de “ sortir de l’euro ”, forcément, on voit pointer les crocs de la Bleu Marine. On pense nationalisme, ostracisme, et ça, irréductiblement — ça n’est même pas une question —, on n’en veut pas. Reste qu’Emmanuel Todd, il ne s’en cache pas, est de centre gauche, pas de l’extrême droite. Comment, du coup, justifie-t-il sa proposition ?

 "Partout, aux Etats-Unis, au Japon, tout le monde le voit bien. L’euro ne marchera jamais, c’est une certitude anthropologique" “ Ce n’est pas difficile d’expliquer pourquoi il est très difficile de sortir de l’euro, commence l’historien-démographe ; les gens ne comprennent pas les phénomènes monétaires. Les élites dirigeantes sont, elles, à fond dans la croyance de l’euro vertueux. Autour de Hollande, il n’y a que des technocrates, comme lui ou pires que lui. C’est là que commence le mystère Hollande. Face à Merkel, il avait promis un élan. Je ne comprends pas ses reniements. A sa place, je ne pourrais pas résister à l’idée d’être grand, à l’envie de devenir un personnage historique, de sauver mon pays. Ce qui me fascine, c’est qu’un type normalement intelligent comme Hollande n’ait pas envie d’être grand, il n’essaie rien, c’est effrayant. Cela est pourtant simple de voir que l’euro ne marche pas ; l’Europe se suicide sous leadership allemand ; partout, aux Etats-Unis, au Japon, tout le monde le voit bien. L’euro ne marchera jamais, c’est une certitude anthropologique ”.

 Le drame à l’œuvre derrière l’abandon de l’euro “ Si on sort du champ politique, la pensée économique est majoritairement critique de l’euro aujourd’hui, enchaîne Todd. La monnaie est censée servir la vie économique — transactions, réserves de valeurs ; or, l’euro est une monnaie que l’économie doit servir. C’est une monnaie sacrificielle portée par une charge religieuse, une croyance collective : le rêve européen. Or, il est difficile de cesser de croire, le drame est là ”. Oui, le drame est bel et bien là. C’est cornélien, cette histoire : renoncer, ne pas renoncer au rêve européen, aaargh !, perso, on n’en sort pas. Qu’en pense Todd ? “ Selon moi, le projet politique européen est mort, dit-il. Le monde de paix promis par la construction européenne, la convergence des nations et la société de consommation, est fragilisé depuis les années 2000, par la mondialisation et par la résurgence des divergences. Le premier pays qui s’est adapté à l’idée de renationalisation et de réaffirmation de soi, c’est l’Allemagne, à cause de son unité, dès 1990 ; elle n’a pas eu le choix ”. Faut-il souhaiter que nous aussi, nous n’ayons plus le choix ? Ca nous emmène loin, cette affaire… au péril Bleu Marine, en premier lieu. Ah, si seulement, François…
Via ATLANTICO


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samedi 21 décembre 2013

Moi, Christiane Taubira, esclave des sionistes



Taubira patauge et s'embourbe pour éviter désespérément de déplaire à ses maitres, elle fait peine à voir...

vendredi 13 décembre 2013

Christopher Pissarides, prix Nobel d’économie en 2010 : "réformez l'Euro ou démantelez-le!"

 Christopher Pissarides

Un éminent économiste qui, autrefois plaida pour la création de l'euro affirme aujourd'hui que la monnaie unique devrait être abandonnée car elle alimente le chômage et divise l'Europe.

Souces :

--- TELEGRAPH
--- MAIL ONLINE (Trad : ER)
--- ATLANTICO

mardi 26 novembre 2013

Todd: "Les bonnets rouges, une chance pour la France"


Marianne : Il y a un an avec Hervé Le Bras vous avez publié «le Mystère français», une analyse approfondie de la situation de la France. Ce travail soulignait les particularités de la Bretagne. A ce moment-là, pouvait-on imaginer que cette dernière se révolterait ?

Emmanuel Todd : Dans notre livre, la Bretagne est très présente pour des raisons rationnelles et irrationnelles. Elle occupe incontestablement une place particulière en France. Ses systèmes familiaux sont très divers, ses performances scolaires sont étonnantes. C'est désormais la région la plus à gauche, un bastion du Parti socialiste, le PS y ayant migré de ses terres du Nord et du Sud. Du côté sentimental, à des degrés divers, Hervé Le Bras et moi-même avons des origines bretonnes et passons beaucoup de temps là-bas.

La Bretagne offre un exemple extrême mais caractéristique de basculement dans la révolte d'une région que les commentateurs percevaient comme prospère, de gauche, européiste et stable. Notre livre a été trop rapidement analysé comme une radiographie de la France qui va bien, en opposition à celle qui va mal. Les régions qui allaient bien, selon cette lecture, étaient les anciens bastions catholiques, ou de «catholicisme zombie». La pratique religieuse catholique, forte jusque vers 1960, y a tardivement disparu mais a laissé subsister une forte aptitude à la coopération - des communes, des groupes professionnels, par exemple -, bref une forte intégration locale. Le reflux récent de la religion y a surtout libéré un dynamisme spécifique. Depuis la réforme protestante, et encore plus depuis la Révolution de 1789, le catholicisme était arc-bouté contre la modernité. Sa disparition a libéré une énergie positive. Aujourd'hui, les régions «catholiques zombies» ont de meilleurs résultats éducatifs, des taux de chômage plus faibles, une meilleure résistance à la crise économique. Mais ce que le Mystère français suggérait, c'est seulement que les régions catholiques zombies allaient moins mal que les régions de vieille laïcité, pas qu'elles allaient bien. La crise touche tout le monde, le vide du pouvoir est visible partout.

Mais la révolte ?

E.T. : Nous y arrivons. Cette région lancée sur les rails de l'européisme est aujourd'hui touchée de plein fouet par la logique européenne du jeu sur le coût du travail, sous contrainte de l'euro. Et nous constatons que son dynamisme culturel donne à cette région la force de la révolte. Les historiens savent bien que les révolutions sortent du progrès, pas de la régression. La tradition d'entraide et de solidarité héritée du catholicisme contribue à l'efficacité de la protestation. A cela vient s'ajouter un autre élément de cohésion : la Bretagne est une région où l'immigration ne compte pas. Il suffit de feuilleter l'annuaire du Finistère pour s'apercevoir que les noms y sont massivement bretons. Ces milieux populaires ne sont pas divisés par l'immigration. Cette société politique n'est pas désorganisée par le Front national, insignifiant régionalement. Ce que montre paradoxalement la révolte bretonne, c'est à quel point le FN, parce qu'il divise les Français, est une aide au système, fait partie du système. Quand le FN n'existe pas, la société a la cohésion nécessaire à la révolte.

On peut donc conclure que, parce que la Bretagne est «à la pointe de la modernité» (Jacques Julliard, Marianne, n° 864 du 9 novembre 2013), elle est à la pointe de la révolte ?

E.T. : Oui, c'est assez bien résumé, mais attention, il faut se méfier de toute caricature. La Bretagne est aussi une France en miniature. C'est une région très diverse. La partie du Finistère la plus concernée n'est pas n'importe quelle Bretagne. C'est une région catholique certes, mais où ont toujours existé des poches de gauche importantes.

Dont des poches communistes...

E.T. : Oui, une poche de communisme rural, centrée sur la partie ouest des Côtes-d'Armor mais qui atteignait l'intérieur du Finistère autour de Carhaix. Et, faut-il le rappeler, le PC a une tradition plus nationale centraliste que le PS régionalisant. Le pays bigouden, au sud-ouest de Quimper, a un fond républicain. Et tout cela ne date pas d'hier : dans son Tableau politique de la France de l'Ouest sous la IIIe République (1913), André Siegfried soulignait le potentiel républicain de la Bretagne. Il montrait que le département du Finistère était, par la présence de la marine nationale à Brest, directement relié à Paris. L'interprétation de la révolte en termes d'autonomisme breton, malgré l'omniprésence du gwenn ha du, le drapeau blanc et noir breton, est absurde. La réalité profonde du mouvement n'est pas dans Christian Troadec, maire bretonnant de Carhaix, mais dans le fond rouge de sa région qui ne relève effectivement pas d'un type socialiste banal. L'identité bretonne combine, sans contradiction, fidélité à la Bretagne et loyauté envers la France.

On reproche aussi à cette révolte de ne pas être très cohérente...

E.T. : C'est incontestable, les revendications sont floues. Mais comment cette révolte pourrait-elle être cohérente puisque l'idéologie au pouvoir elle-même n'est plus cohérente, en cette période crépusculaire d'échec de l'euro, dans une province qui croit à l'Europe ? De toute façon, une révolution n'est jamais cohérente dès le départ. Toutes les oppositions s'expriment et les forces dominantes n'apparaissent que par étapes. Je propose un début de clarification conceptuelle : on pourrait dire que la Bretagne des producteurs, ouvriers et patrons, affronte le Paris des prédateurs, les banques et l'Etat, banques et Etat étant désormais contrôlés par les mêmes inspecteurs des finances.

Qu'est-ce que vous répondez à ceux qui attendaient plutôt une révolte des banlieues ?

E.T. : Je répondrai qu'il y a déjà eu une révolte des banlieues, en 2005, qui relevait d'une même logique : l'abandon de régions entières par les élites et les groupes nationalement dominants. La révolte des banlieues a d'ailleurs aussi démarré, autour de Paris, dans une région où le Front national ne compte plus, cette fois-ci parce qu'il y avait déjà eu tant d'immigrés que la question de l'immigration était dépassée. Ça se confirme : la faiblesse du FN permet la révolte. Le FN sert le statu quo : Marine Le Pen et l'UMPS, même combat.

Comment expliquer la phrase de Mélenchon : «A Quimper, les esclaves manifesteront pour les droits de leurs maîtres» ?

E.T. : Mélenchon s'est démasqué. Il montre son appartenance aux élites parisiennes et son mépris du peuple. Certes, la stupéfaction est la même partout, spécialement à gauche. La CFDT nationale a développé un hallucinant discours antipatrons bretons, assez amusant quand on se souvient de la façon dont la CFDT a aidé Hollande et le patronat à rendre plus «flexible» le marché du travail. Mais au moins peut-on voir dans l'hostilité de la CFDT à la révolte sociale une trace du catholicisme de la CFTC, avec son respect de l'autorité, sa préférence pour la collaboration des classes. «Merci, notre maître»...

Le cas Mélenchon, lui, ne correspond à rien de connu. Cet homme se gargarise du mot «révolution» mais traite des révoltés porteurs de bonnets rouges d'«esclaves», il est insensible à la symbolique du rouge et du bonnet dans un contexte français et non seulement breton. Il semble d'ailleurs dépourvu d'une culture révolutionnaire minimale : les révolutions naissent toujours dans l'ambiguïté. La Révolution française a commencé par une révolte des parlements au nom d'une idéologie qui n'avait rien de progressiste. Quant à son discours anticlérical, c'est l'élément stable de sa doctrine, puisqu'il rejette aussi la révolte tibétaine au nom de l'anticléricalisme... Loin d'être un révolutionnaire, Mélenchon est un petit-bourgeois radical-socialiste qui n'aime pas le désordre. Avec lui, la gauche de la gauche est vraiment mal barrée.

Le groupe Les Economistes atterrés ont aussi condamné cette révolte «archaïque» qui «refuse les contrôles et les taxes»...

E.T. : La condamnation est ici différente : ils refusent le rejet de l'impôt. Ils ont raison de se méfier. Durant les trente dernières années, le rejet de la fiscalité a été une revendication constante de la droite ultralibérale, c'est aujourd'hui celle du Tea Party américain, la droite extrême du Parti républicain. Il faut bien sûr sauver la protection sociale et donc son financement par l'impôt. Reste que bien des révolutions commencent par une crise fiscale et un rejet de l'impôt injuste. En 1789, l'exemption fiscale de la noblesse et du clergé a mené à la banqueroute et à la convocation des états généraux. On connaît la suite. La révolution anglaise a commencé parce que Charles Ier a dû convoquer le Parlement pour obtenir les impôts nécessaires à la répression d'une révolte écossaise. Tiens, l'Ecosse, avant la Bretagne, un véritable festival interceltique...

Mais nous entrons dans une période nouvelle. Il faut voir à quoi servent les prélèvements obligatoires. Au financement de l'Etat social et des nécessaires biens communs, bien sûr. Mais l'impôt, de plus en plus, permet aussi de servir les intérêts d'une dette publique qui n'est plus légitime. Le prélèvement fiscal sert désormais aussi à donner de l'argent à des gens qui en ont déjà trop. Nous sommes confrontés à une ambivalence de l'impôt, à une ambivalence de l'Etat, serviteur à la fois de l'intérêt collectif et d'intérêts privés, d'intérêts de classe, diraient les marxistes. Il faut clarifier la situation, nous ne couperons pas à un débat sur la légitimité de l'impôt.

Deuxième problème de légitimité de l'impôt, l'Europe. Dans un cadre strictement national, le vote du budget par les députés légitime l'impôt, sans discussion possible. Mais le transfert à Francfort du pouvoir de création monétaire dépossède en pratique les députés de leur contrôle du budget. Les instances bruxelloises, aujourd'hui sous contrôle idéologique allemand, exigent un contrôle de ce budget. L'impôt est de ce fait déligitimé au sens où la théorie de la démocratie représentative conçoit la légitimité. Il y a là un vaste champ de réflexion pour la philosophie politique. Mais, honnêtement, le bon sens immédiat nous permet de voir que cette écotaxe, dont le prélèvement doit être assuré par le secteur privé après une négociation douteuse, n'a rien à voir avec l'impôt légitime et noble de l'Etat social.

Quelles sont les évolutions possibles de cette révolte ?

E.T. : Après la révolte des banlieues, la révolte bretonne marque une étape dans la dislocation du système social et politique français. Il me semble que nous avons franchi un seuil parce que la capacité des classes dirigeantes françaises à protéger leur peuple n'est plus du tout évidente. C'est l'effet de la crise qui dure depuis 2008 et de la montée en puissance de l'Allemagne à l'intérieur du système européen. Dans les déclenchements révolutionnaires, il y a souvent, avec l'impôt, la question nationale, dimension révélée en creux par la présence du drapeau breton. Une classe dirigeante est en danger si elle apparaît internationalement ridicule. La Grande Jacquerie trouve son origine dans l'incapacité des chevaliers français à faire face aux archers anglais, la révolution russe ne peut s'expliquer sans la défaite face aux armées allemandes.

Nous ne sommes pas loin de cette situation en France. Nous vivons une déroute industrielle et nos dirigeants n'en finissent pas de se ridiculiser sur la scène internationale. Moscovici accepte sur Chypre un accord qu'il ne comprend pas, Fabius tente de nous entraîner dans une guerre syrienne pour finir éjecté par les Russes de la négociation. Quant à Hollande, il semble moins président de la République française que vice-chancelier du système allemand. Aucun pouvoir ne peut survivre dans la durée à l'appauvrissement économique et à l'humiliation nationale. Les commentateurs français ont du mal à comprendre pourquoi Angela Merkel est si populaire dans une population allemande qui ne profite pas des succès allemands à l'exportation. Tout simplement parce que l'Allemagne vit le contraire d'une humiliation nationale : la gratification nationale d'être redevenue dominante en Europe et de voir les autres obéir.

Mais la Bretagne là-dedans ?

E.T. : La révolte bretonne est une chance pour la France... Une révolte dans la grande région socialiste et européiste, au cœur du conformisme qui paralyse la France ! Le véritable enjeu maintenant est idéologique. Si les Bretons s'aperçoivent que l'Europe est leur problème, que leurs vrais concurrents sont les Roumains et les Allemands qui importent ceux-là à 5 € l'heure, le système idéologique explose, et là, tout est ouvert... Les classes dirigeantes françaises ne peuvent plus défendre l'euro, il est liquidé et la France, toutes énergies libérées, revient dans l'histoire.

MARIANNE