jeudi 30 avril 2015

Quelles sont les positions de l'UMP vis-à-vis de la Russie ? Par Xavier Moreau


Quelles sont les positions de l'UMP vis-à-vis... par stratpol

mercredi 29 avril 2015

Entretien avec Sergueï Lavrov à Moscou, le 27 Avril 2015 [vidéo + traduction]


Interview du Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov pour l'émission d'Eveline Zakamskaïa, "Mnenie" ["Opinion"] sur la chaine Rossiya 24, Moscou, le 27 avril 2015 :

Question: L'humanité est confrontée aujourd'hui à des défis, des problèmes et des risques qu'une nation ou un pays ne peuvent surmonter seuls. Au Népal, le tremblement de terre qui a entraîné des milliers de victimes n'en est que l'une des nombreuses preuves, malheureusement. Il y a 70 ans, lors de la conférence de San Francisco, le monde civilisé a créé l'Organisation des nations unies, une institution destinée à prévenir et à surmonter les catastrophes humanitaires, naturelles et militaires. Aujourd'hui, le caractère immuable des principes internationaux constituant la base de l'Onu est remise en question et doit être défendue. Que pensez-vous de la réserve de résistance de l'Onu et du rôle de cette institution dans le monde contemporain?

Sergueï Lavrov: Je pense que sa réserve de résistance est très solide. Les pères fondateurs ont été très prévoyants quand ils ont posé les principes fondamentaux de la Charte de l'Onu: avant tout, l'indépendance des États, leur égalité souveraine, la non-ingérence dans les affaires intérieures, le droit de décider de leur propre sort, le règlement pacifique des litiges. Aujourd'hui, aucun État ne remettra en cause la vitalité de ces vérités éternelles.

D'un point de vue général, l'Organisation a été créée pour empêcher une troisième guerre mondiale, et je suis persuadé qu'elle a atteint son objectif – nous n'avons pas le sentiment qu'une telle guerre soit possible en principe. Mais vous avez parfaitement raison: les risques et les défis actuels qui se dressent face à l'humanité sont tels qu'ils étaient difficile à prévoir au moment de la création de l'Onu. Mais ils nécessitent d'autant plus d'unir nos efforts. Vous avez cité l'exemple des catastrophes naturelles. Malheureusement, il existe aussi plusieurs catastrophes anthropiques que pratiquement aucun pays ne pourrait maîtriser seul. Il y a le terrorisme international, qui est devenu un mal mondial, alimenté par le crime organisé et notamment le trafic de drogues. Il y a des épidémies, le terrorisme, le trafic de stupéfiants qui ne connaissent pas de limites, il existe des problèmes de sécurité alimentaire, quand on observe un excès alimentaire dans certaines régions de la planète et une forte pénurie dans d'autres. Il est impossible de régler tous ces problèmes sans l'Onu. Cette organisation n'est pas unique seulement de par sa légitimité et sa Charte, qui ont prouvé sa raison d'être, mais aussi de par la structure de ses institutions et établissements spécialisés dans pratiquement chaque domaine de la vie humaine. Ses fondations et programmes contribuent à régler les problèmes de la maternité et de l'enfance, de la santé, de la nourriture et du développement industriel. L'Onu coordonne tous ces processus et dispose d'une capacité unique d'élaborer des stratégies englobant les tâches politiques, économiques, sociales et en matière de droits de l'homme. Sachant qu'il ne s'agira pas d'une stratégie simple, mais d'un véritable programme pour la réalisation duquel il existe déjà un réseau sophistiqué d'institutions coordonnées.

Les activités prévues cette année à l'occasion du 70e anniversaire de l'Onu comprennent, hormis les discussions politiques générales, le Sommet mondial sur toutes les questions préoccupant l'humanité, le sommet spécial pour la stratégie de développement global après 2015, qui posera les bases des actions collectives dans tous ces domaines.

Question: D'après vous, se souvient-on aujourd'hui du rôle réunificateur de l'Onu et d'autres institutions qui peuvent servir pour le bien de l'humanité, au moment où les représentants des services de divers pays sortent des corps et des blessés des décombres au Népal?

Sergueï Lavrov: Je suis persuadé qu'on se souvient de ce rôle parce que l'Onu participe activement aux efforts internationaux pour surmonter les conséquences de ce drame. Malheureusement, pendant une certaine période les autorités népalaises ont dû interrompre l'accueil des avions d'aide humanitaire avec des sauveteurs de nombreux pays à leur bord pour permettre aux avions de ligne de quitter l'aéroport, afin que les gens puissent rentrer chez eux le plus vite possible. Cette opération se déroule de manière coordonnée. On ne parvient pas à tout faire dans l'immédiat compte tenu des conditions naturelles et de l'effet dévastateur du tremblement de terre, y compris pour les moyens de communication – de nombreux relais de transmission ont été détruits. Les problèmes sont nombreux, mais je suis persuadé que nous surmonterons cette catastrophe et aiderons nos amis népalais, comme l'a souligné le Président russe Vladimir Poutine en exprimant ses condoléances au gouvernement du Népal.

Question: Selon vous, quelles réformes seraient pertinentes aujourd'hui à l'Onu et sont-elles possibles sans que la Russie perde son rôle au sein de cette institution?

Sergueï Lavrov: Sans perdre le rôle de la Russie, sans saper les principes fondamentaux dont nous avons parlé et qui sont fixés dans la Charte de l'Onu, ainsi que le caractère interétatique de l'Onu. On tente de l'éroder périodiquement en faisant appel de manière unilatérale à des structures non-gouvernementales controversées avec lesquelles il faut, certes, coopérer (la société civile est une grande source d'idées et d'initiatives), mais c'est aux États de prendre les décisions au sein de l'Organisation. Les réformes sont toujours nécessaires. On peut parler de perfectionnement ou de leçons apprises, mais aucune structure ne peut exister de manière figée. L'Onu s'est réformée: le Conseil de sécurité s'est élargi, de nouveaux mécanismes sollicités par l'époque ont été créés. Par exemple le maintien de la paix, qui n'est pas fixé dans la Charte, mais reflète la nécessité de régler pacifiquement les litiges et de contribuer à un tel règlement. Ce principe (disposition de la Charte) est à la base de la création du maintien de la paix comme institution. L'Onu a rapidement compris que quand les pays sortaient d'un conflit et trouvaient un accord qu'il fallait "surveiller" dans le cadre d'une opération de maintien de la paix, se posait la question du rétablissement des économies et de l'infrastructure détruites. Une structure spéciale a été créée: la Commission de consolidation de la paix qui appuie les efforts de paix dans les pays sortant d’un conflit et contribue au rétablissement de la vie normale. Actuellement, tout le monde parle de la réforme du Conseil de sécurité des Nations unies. On fait avant tout référence à cet aspect des transformations. On en parle depuis longtemps – la réforme du Conseil est à l'ordre du jour de l'Assemblée générale depuis vingt ans, je crois.

Notre position est très simple. Bien évidemment, le Conseil de sécurité des Nations unies est un organisme central, ses décisions sont obligatoires, c'est pourquoi il faut aborder les changements dans ses méthodes de travail et dans sa composition avec beaucoup de prudence. Une décision doit être prise: les pays émergents ne sont pas suffisamment représentés au Conseil de sécurité. Après la création de l'Onu sont apparus de nouveaux centres puissants de croissance économique et d'influence politique – l'Inde et le Brésil parmi bien d'autres. Le Continent africain doit être représenté à juste titre au Conseil de sécurité des Nations unies. Mais cet élargissement ne peut être trop important: il faut assurer un équilibre raisonnable entre la représentation juste de toutes les régions, d'une part, et la capacité à travailler opérationnellement et efficacement. Il existe évidemment une limite, derrière laquelle l'élargissement gênerait la prise rapide de décisions. Dans l'ensemble, toute réforme doit s'appuyer sur un grand consensus, sur l'accord de tous les États membres. Les tentatives d'imposer des décisions fatidiques par le vote quand deux tiers seront pour et un tiers protestera réduira la légitimé du Conseil de sécurité aux yeux de ce tiers, qui a hypothétiquement perdu le vote sur la résolution pour l'élargissement du Conseil de sécurité des Nations unies qui ne lui convient pas. Ceux qui ne veulent pas aujourd'hui forcer de telles décisions unilatérales sont des États respectés, généralement moyens, mais qui apportent une contribution financière et matérielle importante à la réalisation des programmes de l'Onu. Il aident également avec leurs casques bleus .

Le principal problème aujourd'hui est la présence d'un groupe d’États qui exigent la création obligatoire de nouveaux sièges permanents et prétendent les occuper, ainsi que d'un autre groupe qui s'oppose catégoriquement à l'apparition de nouveaux membres permanents au Conseil de sécurité des Nations unies. Seul un compromis est possible. Plusieurs idées sont avancées à ce sujet, visant à "marier" les deux positions. Nous contribuons par tous les moyens au consensus parce que, comme je l'ai déjà dit, l'adoption de telles décisions par un "vote de confrontation" pourrait être néfaste pour l'Onu. Je le répète: toute réforme doit obligatoirement réaffirmer les principes fondamentaux de la Charte de l'Onu et, de préférence, installer des barrières contre toute tentative de les enfreindre en utilisant la force unilatéralement ou en interprétant de manière déformée les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies. Nous ne voulons pas d'une nouvelle Yougoslavie, qui a été bombardée en bafouant toutes les normes de la Charte de l'Onu; ni d'un nouvel Irak, qui a été occupé sans aucune autorisation du Conseil de sécurité des Nations unies; ni d'une nouvelle Libye, où a été déclenchée une guerre pour renverser le pouvoir en place se référant à une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies qui ne prévoyait rien de tel.

Question: Quand, selon vous, pourrait commencer l'étape active des réformes et jusqu'où pourraient-elles aller? Est-ce que cela concernera le Conseil de sécurité des Nations unies?

Sergueï Lavrov: Je ne peux pas dire quand se termineront les réformes. C'est un processus permanent et depuis les années de discussions sur la réforme du Conseil de sécurité des Nations unies, ce dernier a déjà connu des changements significatifs. Son travail est devenu plus transparent. Par exemple, on a introduit un dispositif de coopération avec les pays non membres du Conseil de sécurité des Nations unies, comme la réunion de ses membres avec les États représentant les contingents pour les opérations de maintien de la paix. Ils participent à l'examen des mandants de ces opérations et des changements à y apporter. Une pratique très intéressante a été mise en place entre le Conseil de sécurité des Nations unies et l'Union africaine sur la préparation des opérations de maintien de la paix en Afrique. Plusieurs opérations sont mixtes: les Africains allouent leurs contingents, d'autres pays en font autant et l'Onu assure la supervision générale.

Il y a beaucoup de changements. La pratique des réunions ouvertes du Conseil de sécurité des Nations unies - auxquelles peuvent participer tous les États de l'Onu hormis les 15 pays membres - se répand.

En ce qui concerne le nombre de pays siégeant au Conseil de sécurité, je pense qu'ils doivent être une vingtaine pour qu'il reste fonctionnel.

Question: Depuis un an, la Russie mène une rude guerre défensive sur le front médiatique et diplomatique. Il faut défendre ses positions sur diverses plateformes internationales. En faisant la somme de ce qui s'est produit, quels sont les exploits de la diplomatie russe d'après vous?

Sergueï Lavrov: La diplomatie n'est en guerre contre personne. Son art consiste à trouver une entente pour qu'elle assure un équilibre des intérêts. C'est juste et honnête. Le Président russe Vladimir Poutine a souligné à plusieurs reprises, y compris lors de la "Ligne directe" à la télévision, que nous étions prêts à coopérer avec tous les pays sur une base équitable de recherche d'équilibre des intérêts.

Parmi ce qui s'est passé depuis un an ou deux: pour commencer nous avons réussi à attirer l'attention sur la nécessité de respecter les principes du droit international dans leur ensemble, y compris le droit des peuples à l'autodétermination également fixé dans la Charte de l'Onu. Nous avons fait l'objet d'une campagne économique et financière sans précédent dans le but de faire pression sur la Russie, mais aussi de propagande médiatique dans le pire sens du terme. Cet objectif a été clairement annoncé – isoler la Russie. Mais en vain. Notre patience, notre confiance en nous, le rejet des tentatives de nous sanctionner pour la vérité parce que nous voulons la justice et n'abandonnons pas nos compatriotes, notre position et notre ténacité sont un grand exploit. Ceux qui ont lancé cette campagne commencent à comprendre qu'elle est vouée à l'échec.

Parmi d'autres questions pertinentes, je noterais le succès du désarmement chimique de la Syrie, l'accord-cadre politique sur le programme nucléaire iranien, qui sera traduit dans la langue d'un accord juridiquement contraignant. Un autre succès est le renouvellement de l'intérêt en Syrie pour l'établissement du dialogue politique entre le gouvernement et l'opposition. La Russie et la Chine, ainsi que certains autres pays ont été les rares à prôner une solution politique depuis plus de quatre ans. On a tenté de nous faire passer pour des "complices du régime", on disait que son renversement apaiserait le peuple syrien. Mais je pense que l'irrecevabilité de cette solution est désormais claire pour tout le monde. Le processus est en cours – c'est un travail diplomatique normal, et nous ne le faisons pas pour vaincre quelqu'un mais pour que le monde soit stable. Nous voulons que partout dans le monde, avant tout dans les régions avec lesquelles nous avons des liens de longue date, la situation soit stable, calme, que les conditions soient favorables pour le développement des échanges commerciaux, économiques et culturels mutuellement bénéfiques, ainsi que pour le dialogue politique.

Question: Nous avons besoin de la paix, mais êtes-vous sûr que nos partenaires soient du même avis? Que faire? Comment trouver un compromis?

Sergueï Lavrov: Parfois on a des doutes, on a l'impression que pire c'est mieux: c'est le principe que certains de nos collègues cherchent à appliquer. A peine après avoir détruit la Libye, sans aucun remord ils essaient de nous demander de l'aide pour éliminer les conséquences provoquées par l'action de l'Otan dans ce pays. L'une d'elles: les immigrants clandestins qui fuient actuellement ce pays, ce qui pose de plus en plus problème à l'Europe. Il est proposé de soulever cette question au Conseil de sécurité des Nations unies pour qu'il octroie aux pays de l'UE le mandat pour prendre des mesures afin d'empêcher le flux migratoire illégal en provenance d'Afrique du Nord, essentiellement de Libye. Bien évidemment, nous étudierons ce problème, il faut faire quelque chose. Mais il est important de ne pas prendre de décisions qui pourraient être mal interprétées dans la pratique et entraîner une nouvelle effusion de sang. Bien évidemment, il est important pour nous que la Libye se rétablisse. Dans ce pays il existe aujourd'hui deux gouvernements, deux parlements. Bernardino Léon, représentant spécial du Secrétaire général de l'Onu pour la Libye, tente d'organiser un processus de négociations - qui avance difficilement. Le Yémen se trouve à proximité. Dans ce pays, malgré l'annonce de la fin des bombardements des positions contrôlées par un mouvement représentant un tiers de la population, l'opération militaire se poursuit.

Les problèmes sont nombreux, et nos partenaires prennent de plus en plus conscience de la nécessité d'agir de concert.

Question: On a parfois l'impression que quand les partenaires regardent dans des directions opposées, ils cherchent à se causer des problèmes. Vous avez mentionné le Yémen. Avez-vous noté la déclaration du Secrétaire d’État américain concernant l'évacuation de citoyens américains du Yémen?

Sergueï Lavrov: Je laisserai ça sur leur conscience. Nous avons évacué à bord de nos navires et avions pratiquement tous ceux qui le souhaitaient. Sur l'ensemble (plus de 1 500 personnes), il y avait près d'un tiers de Russes, les autres étaient des étrangers. Nous n'avons pas fait de différence. La Russie a évacué des Américains, des Ukrainiens, des Biélorusses, des Kazakhs, des citoyens de pays du Moyen-Orient. Je ne sais pas comment s'explique cette "gêne" dans les commentaires du Département d’État américain et de certains de nos voisins. Nous avons agi en partant de notions humanitaires – nous avons sauvé des gens.

Question: Est-ce que quelque chose change dans les positions des USA et de l'UE par rapport à la crise en Ukraine, qui est devenu le début des épreuves pour la Russie sur l'arène internationale ces dernières années?

Sergueï Lavrov: On prend de plus en plus conscience du fait que le gouvernement ukrainien "freine" l'accomplissement de ses engagements. Il est très difficile d'interpréter de manière erronée les accords de Minsk du 12 février: ils sont très clairs et stipulent les démarches à entreprendre par les parties, ainsi que leur déroulement. Il devient de plus en plus flagrant pour tous que les autorités de Kiev enfreignent ce processus, cherchent de nouveau à tout mettre sens dessus dessous et interprètent le fond de chaque démarche à leur manière. Je n'énumérerai pas tous les points qui suscitent de nombreuses questions à cause de la position de Kiev. Mais la position du gouvernement ukrainien se réduit au refus de s'entendre directement avec Lougansk et Donetsk, alors que c'est prévu par les accords de Minsk du 12 février.

Nous appelions et appelons toujours, avant tout nos partenaires allemands et français qui ont participé à Minsk avec nous à l'élaboration des accords signés ensuite par le Groupe de contact, à influer sur le gouvernement de l'Ukraine pour qu'il cesse de saboter l'accomplissement de ses engagements politiques. J'en parlais avec mon homologue John Kerry. Il me semble qu'ils comprennent ce qui se passe mais prennent des décisions un peu étranges, qui cachent une tentative de "justifier" les actions des autorités ukrainiennes et de présenter la situation comme si l'accomplissement des accords de Minsk ne dépendait que de la Russie.

A la réunion du Conseil européen de l'UE le mois dernier, il a été décidé que les accords de Minsk devaient être mis en œuvre. Quand ils seront remplis, l'UE lèvera alors les sanctions contre la Russie. Il n'est pas dit directement que Kiev ne doit pas faire d'efforts pour remplir les accords de Minsk, mais ils sont associés uniquement aux actions de Moscou, tandis que la Russie n'est pas une partie du conflit. Nous faisons certainement plus que tous les autres pour rétablir une vie normale dans l’État ukrainien grâce au dialogue politique, au règlement des problèmes économiques et à l'aide humanitaire. La situation est très grave dans le Donbass.

Nos partenaires de Kiev disent périodiquement: "Essayez de convaincre Lougansk et Donetsk d'accepter l'aide humanitaire du gouvernement ukrainien". Lougansk et Donetsk répondent: "Nous subissons un blocus économique, les retraites et les prestations sociales ne sont pas versées, notre population civile en souffre – les vieillards, les femmes et les enfants". Maintenir le blocus avec une main et proposer des produits humanitaires de l'autre – ce n'est pas sérieux. Et il y a beaucoup d'autres exemples, y compris le plus important: la réforme constitutionnelle. La décentralisation politique, économique, financière et culturelle – tout cela est décrit point par point dans les accords de Minsk, qui prescrivent les démarches à entreprendre en ce sens. Les auteurs des "décryptages" sont l'Allemagne et la France. Le processus constitutionnel doit impliquer une concertation avec Lougansk et Donetsk sur les amendements à la Constitution ukrainienne concernant ses territoires. Une commission constitutionnelle a été formée auprès du président, sans aucun représentant de Lougansk ou de Donetsk. Nous posons ces questions à l'OSCE, au Conseil de l'Europe, qui s'était proposé pour aider à écrire la nouvelle Constitution et les amendements à la Constitution actuelle, ainsi qu'à nos partenaires européens et américains. Il leur est de plus en plus difficile de se dérober.

Question: Qu'arrivera-t-il après le conflit en Ukraine? Certains pensent que les dispositions russophobe et prooccidentale divisaient auparavant le pays en deux parties. Aujourd'hui cette ligne de démarcation s'approche de la Russie. Nos partisans deviennent de moins en moins nombreux. Ne pensez-vous pas qu'après ce conflit nous nous retrouverons avec un voisin encore plus agressif qu'à l'époque de Viktor Iouchtchenko, quand on soutenait activement les sentiments russophobes?

Sergueï Lavrov: Le Président russe a déclaré plusieurs fois que personne ne nous brouillerait avec la nation ukrainienne. Le coup d’État anticonstitutionnel en Ukraine et l'arrivée au pouvoir des forces ultra radicales, qui dictent pour l'instant "leurs règles" dans la mesure qu'on connaît et qui ont été surnommées "parti de la guerre", ne changent rien à cela.

J'ai de nombreux amis ukrainiens. Nous communiquons régulièrement et je sais ce qu'ils ressentent. Bien sûr, ils sont très inquiets. Mais je ressens également dans les contacts avec eux qu'ils ne partagent pas l'ultra-radicalisme et "ne se font pas avoir" par les tentatives de semer la discorde. Le parlement ukrainien adopte des lois à tout bout de champ (notamment sur la décommunisation, appelant à détruire les symboles et à interdire le port public des rubans de Saint-Georges, des récompenses remportées par les vétérans au prix de leur sang pendant la Grande Guerre patriotique). Dans le même temps est adoptée une loi faisant des complices des nazis condamnés par le tribunal de Nuremberg des "combattants pour l'indépendance". Cette loi a été adoptée lors de la visite à Kiev du Président polonais Bronislaw Komorowski. Tous ceux qui s'intéressent un peu à l'histoire de la Seconde Guerre mondiale connaissent le massacre de Volhynie, quand les combattants de l'Armée insurrectionnelle ukrainienne ont exterminé des dizaines de milliers de Polonais. De retour à Varsovie, Bronislaw Komorowski a fait une déclaration sur le caractère inadmissible de telles décisions. Mais je le répète, sciemment ou non, l'adoption de cette loi a coïncidé avec sa visite en Ukraine.

Je n'ai pas le sentiment qu'à l'issue de ce drame ukrainien nous abandonnerons nos positions et renoncerons au soutien de nos compatriotes. Tout ce que nous faisons aujourd'hui, tout ce que fait le Président (qui a initié les accords de Minsk du 12 février) vise à conserver l'Ukraine comme un État uni à condition que les Ukrainiens arrivent à s'entendre sur la coexistence pacifique et en sécurité des régions de ce pays très différentes, sur le plan culturel, civilisationnel et linguistique. J'ai déjà dit que le Donbass ne célébrerait jamais les nouvelles dates instaurées par le gouvernement ukrainien, qui glorifient Choukhevitch, l'Armée insurrectionnelle ukrainienne, et le fait que Lvov ne portera jamais le ruban de Saint-Georges (dans le dernier cas il est question de la majorité). C'est pourquoi il n'est possible d'appliquer des cultures, des systèmes de valeurs et des modes de vie aussi différents qu'à travers le dialogue. Le principal dans notre position est d'arriver au dialogue direct entre Kiev, Lougansk et Donetsk. Le Président russe Vladimir Poutine en parle régulièrement lors de ses contacts avec le Président Petro Porochenko. Nous espérons que les Ukrainiens prendront conscience du caractère nuisible de toute autre approche.

Question: Est-ce que l'acceptation ou le refus de participer aux festivités qui se dérouleront à Moscou à l'occasion du 70e anniversaire de la Victoire de la part des dirigeants étrangers est, selon vous, un indicateur de la place de la Russie dans l'histoire moderne?

Sergueï Lavrov: Personne ne peut prendre à la Russie sa place dans le monde contemporain. Il y avait de tels risques après l'effondrement de l'Union soviétique, mais tout cela est derrière nous, tout comme les tentatives de nous rendre assistés ou incapables de régler nos propres problèmes, de diviser la Russie en entités plus réduites. D'ailleurs, nous savons qu'elles ont eu lieu – le Président russe en a parlé dans de nombreuses interviews. La disposition de notre peuple, y compris en prévision de l'anniversaire de la Victoire, en est la meilleure preuve.

Notre ligne sur l'arène internationale ne vise pas, comme certains le prétendent, à voler la victoire aux autres. On cherche à nous la voler alors que nous soulignons en permanence la nature multiethnique de cette guerre: le rôle de l'Union soviétique, qui a apporté une contribution décisive, et de la coalition dans laquelle ont héroïquement combattu des Américains, des Britanniques, des Français et bien d'autres citoyens de pays alliés, ainsi que les combattants de la Résistance. C'est notre fête.

En ce qui concerne les réactions aux invitations, qui ont été envoyées aux chefs d’État et de gouvernement, je n'en ferais pas un grand problème. Certains ont refusé pour des raisons idéologiques, cherchant à manipuler cette journée sacrée dans leur ligne pour retenir et isoler la Russie. D'autres ont été menés à la bride des premiers ou ont eu peur. Cela ne change rien à ce que cette fête représente pour nous tous.

Question: Je vous remercie et vous souhaite de bonnes fêtes!

Sergueï Lavrov: Pareillement, joyeuse fête de la Victoire à vous!




Source russe : LIEN

Emmanuel Todd : "Le 11 janvier a été une imposture"


Le 7 mai prochain, l’historien et démographe Emmanuel Todd publiera  «Qui est Charlie ?» (Seuil), charge terrible contre la France de François Hollande. Un texte écrit dans la fièvre, au sujet duquel il a accordé à "L’Obs" un entretien exclusif. Son angle d’attaque, particulièrement original, consiste à observer l’origine régionale et socio-politique des manifestants du 11 janvier.

Sous les bons sentiments brandis, Todd fait parler les cartes et les statistiques pour comprendre la signification profonde de ce qui restera comme le plus important rassemblement de l’histoire moderne du pays. Et ce qu’il voit n’est pas destiné à plaire. Ce qu’il voit c’est un épisode de «fausse conscience» (Marx) d’une ampleur inouïe. Ce qu’il voit ce sont des millions de somnambules se précipiter derrière un Président escorté par tous les représentants de l’oligarchie mondiale, pour la défense du droit inconditionnel à piétiner Mahomet, «personnage central d’un groupe faible et discriminé». Ce qu’il voit c’est un mensonge d’unanimisme aussi, car ce jour-là, les milieux populaires n’étaient pas Charlie, les jeunes de banlieue, qu’ils fussent musulmans ou non, n’étaient pas Charlie, les ouvriers de province n’étaient pas Charlie.
Source : l'Obs

Extraits de l'interview à paraitre demain  :
«Lorsqu’on se réunit à 4 millions pour dire que caricaturer la religion des autres est un droit absolu - et même un devoir ! -, et lorsque ces autres sont les gens les plus faibles de la société, on est parfaitement libre de penser qu’on est dans le bien, dans le droit, qu’on est un grand pays formidable. Mais ce n’est pas le cas. (…) Un simple coup d’œil à de tels niveaux de mobilisation évoque une pure et simple imposture.»
 «Ce sont les régions les moins républicaines par le passé qui ont le plus manifesté pour la laïcité, avouez qu’il y a là quelque chose d’étrange.»
 «La "néo-République" est cet objet sociopolitique étrange qui continue à agiter les hochets grandioses de la liberté, de l’égalité, de la fraternité qui ont rendu la France célèbre dans le monde, alors qu’en fait notre pays est devenu inégalitaire, ultraconservateur et fermé.»
«Il y a eu une subversion de ce qu’était la gauche française. Cette dernière, aujourd’hui dominée par le PS, est en vérité tout à fait autre chose que ce qu’elle prétend être. C’est une gauche qui n’adhère pas aux valeurs égalitaires. (…) L’agent le plus actif et le plus stable des politiques économiques qui nous ont mené au chômage de masse actuel, c’est tout de même le PS. Le franc fort, la marche forcée à l’euro, toute cette création idéologique extrêmement originale s’est faite sous Mitterrand, traînant Giscard derrière lui comme un bateleur.»
«Hollande aura eu un rôle historique : celui de révéler que la gauche pouvait se concilier avec les structures les plus inégalitaires, prouvant par là même que le système politique français est totalement détraqué.»
 «Ce qui m’inquiète n’est pas tant la poignée de déséquilibrés mentaux qui se réclament de l’Islam pour commettre des crimes, que les raisons pour lesquelles, en janvier dernier, une société est devenue totalement hystérique jusqu’à aller convoquer des gamins de 8 ans dans des commissariats de police.»
«Je ne fais pas dans l’angélisme : l’antisémitisme des banlieues doit être accepté comme un fait nouveau et indiscutable. Ce que je ne peux pas accepter cependant, c’est l’idée qui est en train de s’installer selon laquelle l’islam, par nature, serait particulièrement dangereux pour les juifs. Il n’existe qu’un continent où les juifs aient été massacrés en masse : c’est l’Europe.»
«Qu’on les laisse tranquilles, les musulmans de France. Qu’on ne leur fasse pas le coup qu’on a fait aux juifs dans les années 30 en les mettant tous dans le même sac, quel que soit leur degré d’assimilation, quel que soit ce qu’ils étaient vraiment en tant qu’êtres humains. Qu’on arrête de forcer les musulmans à se penser musulmans.»
Bonus : Une interview d'Emmanuel Todd du 30 Mars 2015 pour le magazine Hérodote :

 Emmanuel Todd s'explique sur sa démarche d'historien, ses recherches sur les structures familiales et leur intérêt pour la compréhension du monde.

Alexandre Orlov : "Nous les russes, ressentons cette politique de sanctions comme une humiliation"


Le 19 mars 2015, le mouvement ETHIC recevait l'Ambassadeur de Russie en France Alexandre Orlov devant 200 chefs d'entreprise.
Extraits :


Débat ETHIC avec l'Ambassadeur de Russie 1 - Crise en Ukraine


Débat ETHIC avec l'Ambassadeur de Russie 2 - Les sanctions européennes


Débat ETHIC avec l'Ambassadeur de Russie 3: Relations franco-russes

Le compte rendu du débat en pdf : LIEN

Motorola a félicité Barack Obama pour le 70e anniversaire de la Victoire


Le commandant du bataillon "Sparta" Motorola et ses hommes ont décidé de se joindre à l'action de la chaine de télévision LIFE news intitulée #VictoryDayForObama et de féliciter le leader américain Barack Obama pour le 70e anniversaire de la Grande Victoire. Motorola a rempli l'une des cartes de vœux préparées par l'équipe de rédaction, qui seront ensuite envoyées à Washington.



Reportage sur l'opération #VictoryDayForObama :



Pour aller plus loin sur le sujet :

L'Histoire vue d'un tabouret

Ukraine/Novorossia : Le rire résiste toujours...

Couverture de la revue satirique "Perets" ["Poivre"] parue en 1956
Comme le montre le dessin ci-dessus, il y a des constantes historiques incontournables (notez l'objet contondant dans la poche du personnage de droite qui n'est pas sans rappeler ceux utilisés à profusion par les manifestants pro-européens pacifiques contre la police pendant les évènements de la place Maidan). Une chose est certaine, si la trêve des armes lourdes dans le Donbass est plus ou moins effectivement respectée, celle de l'humour, par contre, n'a toujours pas été signé...

Petit florilège :

- Horreur!!! Les terroristes nettoient les rues de Donetsk. Où sont l'OSCE et l'ONU ?
"Le désordre en Libye ? quel désordre ? Et puis c'est où çà, la Libye ? De toute façon, l'important est de blâmer entièrement la Russie pour le désordre en Ukraine!"
"Les soldats mobilisés dans l'armée ukrainienne sont des canailles, et leurs véhicules sont des poubelles ..."

"Arrêtez de divulguer des secrets d’État, espèce de traître!"
Plan anticrise de l'administration présidentielle ukrainienne :
1. Prendre un crédit
2. Prendre un crédit
3. Prendre un crédit
4. Prendre un crédit
5. Prendre un crédit
6. Voler tout l'argent
7. Acheter un billet pour Londres.
Ici et ici, les ventes de sucreries sont très mauvaises...
- Que pouvez-vous voir dans cette image?
- Des tirs d'artillerie russes contre les troupes ukrainiennes
Conférence sur l'Ukraine





Épisodes précédents :
 
Ukraine/Novorossia : De l'humour, encore et toujours...

Rions un peu en attendant les bombes...

Ukraine/Novorossia : Humour de guerre

... La suite au prochain épisode!

samedi 25 avril 2015

Ukraine/Novorossia : SITREP du 24.04.2015 : "L'oeil de Sauron"


Photo Guillaume Lenormand
 
Par Erwan Castel
 
Je profite de quelques minutes de repos (et de connexion) entre 2 missions pour vous donner des nouvelles : 

- Le "team Vikernes", (groupe franco-brésilien avec Guillaume Lenormand et Rafael Lusvarghi et 6 autres volontaires) a pris position sur le front Nord, dans le secteur de l'aéroport, sur une ligne de front articulée entre les bataillons Vostok et Somali. Les "ukrops", malgré les accords de Minsk bombardent régulièrement les positions républicaines et mènent des reconnaissances offensives cherchant à définir et fixer le front... Un article ultérieur plus détaillé sera fait ces prochains jours.

- L'unité de "Razviedka" où se trouve d'autres volontaires francais est quant à elle sur le front Ouest, déployée sur un front ou la ligne de front s'appuie sur des usines de charbon abandonnées et leurs villages dispersés de part et d'autre de l'Histoire en train de se jouer.

Ces 2 secteurs sont le théâtre de missions de renseignement de plus en plus pressantes et permanentes, ainsi cet étrange OVNI trouant la nuit novorossienne qui est un "Bezpilotnik" ("satellite sans pilote") drone ukrainien (ou américain ?) 

Cet œil scrutant chaque centimètre du territoire rebelle est devenu notre quotidien, car chaque nuit, nos positions sont survolées par ces drones ennemis, brillances bicolores se démarquant dans le manteau étoilé recouvrant un Donbass encore parcouru par des frissons hivernaux...

De part et d'autre de la ligne de front, on s'observe, on se renifle tout en aiguisant ses griffes, toutes les pensées tendues vers le prochain affrontement. L'Unité tactique à laquelle avec 2 autres volontaires français, j'appartiens a commencé son travail de reconnaissance sur la ligne de front : identification des positions ennemies, sécurisation de zone ou d'opération de minage et déminage, observation etc... ponctué par les gardes sur notre position. 

Autour de nous les préparations s'accélèrent, en prévision d'un nouveau choc : renforcement des positions, et des unités , en hommes et en matériels. En face la ligne d'horizon laisse s'échapper des informations confirmant l'escalade et la reprise prochaine de l'offensive notamment l'arrivée d'un bataillon spécial devant nos positions. Et cette nuit, un violent accrochage a eu lieu pendant une heure environ, engageant chars, mortiers et unités d'infanterie entre 2 villages séparés par le front. 

Peu de temps après, le silence froid glissait à nouveau entre les ombres de la nuit, à peine griffé par les cris des oiseaux nocturnes et les frissons des arbres. Et nous restons silencieux, guettant le vent de de la steppe et l'Histoire, le coeur réchauffé par la froideur de l'acier de notre fusil d'assaut prêt à aboyer l'alarme au coeur de la nuit violée.

Derrière nous, à quelques centaines de mètres à peine, les lumières se sont éteintes au coeur des foyers russes, et malgré la présence blafarde des drones ukrainiens et des bruits suspects rampants dans l'obscurité, les familles s'endorment, bercées par la confiance portée aux sentinelles de Novorossiya, dépositaires de leur Liberté...
 
... Lire la suite sur le blog d'Erwan Castel : LIEN
 

Graham Phillips : L’Ukraine que je connaissais est morte à jamais

L’Ukraine est morte. Qu’est-ce-qui la remplacera ?

(Graham Phillips est un journaliste britannique qui travaille pour la chaine TV russe RT. Il réside en Ukraine depuis 2 ans et était auparavant installé à Odessa.)

C’est dur à dire et triste pour ceux d’entre nous qui aimaient l’Ukraine, comme je l’ai aimée – j’y ai vécu deux ans avant la guerre – c’était un pays que j’aimais beaucoup – mais après Euromaïdan, l’Ukraine est morte.

Voici pourquoi :

1. Sans loi, il n’y a pas de pays, mais un État en faillite

La récente vague d’assassinats de quiconque est perçu comme anti-régime en Ukraine, accompagnée non seulement du refus d’enquêter, mais aussi de l’approbation effectivement officielle des assassins – le fait que la police en Ukraine s’en remette au groupe néonazi terroriste Pravy Sektor pour assurer l’ordre. Ce n’est que le début d’une longue liste. Il y a aucune loi, d’aucune sorte, dans l’Ukraine post-Euromaïdan.

2. S’il y a pas de démocratie, ce n’est pas un pays




Dmitry Yarosh (à droite) avec le chef d’état-major de l’armée
C’est une république bananière. Le 22 février 2014, Euromaïdan a chassé non seulement un président démocratiquement élu, mais un gouvernement démocratiquement élu. Il a attendu trois mois avant la tenue d’élections pour un nouveau président, huit mois pour un nouveau parlement. À ce moment, c’était déjà trop tard, l’élément extrémiste avait pris les manettes de l’État sans contrôle électoral – le parti néo-nazi Svoboda, malgré un score inférieur à 5% dans les élections législatives, assure sa prééminence au parlement de l’Ukraine, envoie régulièrement des combattants sur le front. Le  leader du groupe terroriste néo-nazi Pravy Sektor Dmitry Yarosh, qui a récolté moins de 1% des voix à l’élection présidentielle, est sur la liste des personnes recherchées par Interpol, et il est maintenant conseiller du chef d’état-major de l’armée ukrainienne.

3. Il n’y aura jamais la paix en Ukraine

Il y a maintenant un passé, et un futur, de révolution violente. Maidan a créé un précédent, en installant son président en Ukraine par un coup d’État. Pourtant Maidan était composé de différentes factions, toutes ne soutenaient pas le président, loin de là.



Éléments du bataillon Azov faisant le salut nazi
En fait, le bataillon néo-nazi Azov a souvent affirmé son intention de provoquer un nouveau Maidan en transportant le combat du Donbass à Kiev. Même le journal pro-Kiev Moscow Times a parlé de la probabilité d’un autre Maidan.
Maidan a fixé les modalités pour la démolition institutionnalisée de la démocratie en Ukraine – quelques centaines d’extrémistes, et une masse facilement dupée par des slogans patriotiques, dans le centre de Kiev, peut renverser violemment n’importe quel gouvernement. Le président de l’Ukraine Porochenko le sait, il fait tout ce qu’il peut pour apaiser les radicaux. Toute personne objective sait que, quoiqu’il arrive, il n’y aura jamais de paix dans l’Ukraine post-Euromaïdan .

4. La Crimée

Après que le territoire d’or du pays a tenu un référendum pour voter sa séparation de l’Ukraine, il n’y reviendra jamais, même la chancelière allemande Angela Merkel l’a admis avec sa récente déclaration: «Nous ne l’oublierons pas» (mais nous ne ferons rien à ce sujet).
Lorsqu’un pays perd une partie de son territoire, il ne sera jamais plus le même pays.

5. Les Républiques populaires de Donetsk et de Lugansk, ne reviendront jamais

Les Forces ukrainiennes n’ont récupéré aucun territoire là-bas depuis juillet 2014, elles en ont seulement perdu. Les forces de la DPR et de la LPR ont consolidé leurs lignes, et s’il y a mouvement, ce sera pour prendre plus du Donbass – actuellement, elles ont environ un tiers de la région qui a produit autrefois 80% du charbon de toute l’Ukraine, mais la DPR et la LPR ne fournissent plus l’Ukraine, la production industrielle dans le reste de l’ancien centre industriel du Donbass est essentiellement au point mort.



La DPR et la LPR ont organisé un référendum, et une élection, pour se séparer de l’Ukraine. La majorité des personnes du Donbass a voté pour la sécession. Pendant ce temps le reste de l’Ukraine devient à la fois moins préoccupé par la reconquête des territoires, et plus ambivalente envers l’Ukraine en raison du point suivant.

6. La vie normale est presque impossible en Ukraine


L’inflation en Ukraine a été de 272% en 2014, la hryvnia, la monnaie ukrainienne, est tombée à  moins de 40% de ce qu’elle était il y a un an. L’inflation a explosé, les salaires se sont effondrés, les entreprises à travers l’Ukraine ont fermé. En bref, les gens n’ont plus d’argent en Ukraine – ventes de voitures neuves en baisse de 67% d’une année sur l’autre, production de voitures en baisse de 96%, 46 banques déclarées insolvables dans la dernière année.
Quant à l’épine éternelle dans le pied de l’Ukraine, la corruption, qui apparemment était l’un des objectifs justifiant le Maidan, elle est encore pire que ce qu’elle était avant.

Et pour les soldats ukrainiens tués en action dans Donbass, leur nombre est estimé à plus de 20 000 en août dernier. J’ai vu les corps de dizaines de soldats ukrainiens, dont on a pu identifier moins d’un quart. L’extrême pauvreté, l’hyper-inflation, le chômage, les parents qui sont partis ou ont été mobilisés pour combattre dans le Donbass disparus à jamais, dont le sort ne sera jamais connu, tout cela fait qu’il n’y a désormais plus rien de normal en Ukraine.

7. La dette de l’Ukraine est de plus de $80 milliards

Cent milliards de dollars, bientôt, 100% d’un PIB en chute libre. Un récent programme de sauvetage du FMI de 17,5 milliards de dollars ne ferait que gratter la surface. L’économie de l’Ukraine a rétréci de 7,5% en 2014, selon des estimations prudentes. Les estimations pour cette année varient de 6% à plus de 20%. Les gouvernements européens s’engagent à soutenir le pays, alors que les entreprises européennes se retirent en masse, des centaines ont déjà quitté le marché ukrainien, la plupart des 600 entreprises allemandes opérant en Ukraine effectuent un audit pour décider d’un éventuel retrait du marché.
Le commerce avec le pays qui était de loin le principal importateur et exportateur, la Russie, est évidemment décimé, l’économie de l’Ukraine est frappée, et condamnée au déclin.

8. La signification de l’Ukraine a totalement changé 

Il suffit de regarder l’évolution de l’image de l’Ukraine entre 2011, 2012 et 2015



Ukraine 2011
Ukraine 2012
Ukraine 2015
L’Ukraine est maintenant associée avec le sang, la mort, et la guerre. Il y a du sang associé au drapeau ukrainien par ses tirs militaires à Odessa, à Marioupol, et ses bombardements sans relâche des zones civiles du Donbass. La perception, l’identité, la définition même de Ukraine ont changé pour toujours.

9. Il n’y a personne qui pourrait réunifier l’Ukraine

Il n’y a pas de personnalité politique qui puisse unir l’ancien pays. Nul personnage élu ou imposé à Kiev ne pourra jamais gagner le soutien des régions qui se sont détachées et qui refuseront toujours de revenir dans le giron de Kiev. Aucune personnalité politique ne serait jamais élue dans ces régions sécessionnistes sur l’idée de l’Ukraine unie.
Il n’y a tout simplement personne qui peut refaire l’Ukraine.

10. Il y aura une Ukraine, quelle qu’elle soit, dans l’avenir

Mais l’Ukraine, qui était pour certains Une Ukraine est terminée. Morte. Le plus tôt les pro-Ukrainiens l’accepteront, le plus de vies seront sauvées et plus vite ils pourront comprendre ce qu’est devenue l’Ukraine, où elle va, et commencer à construire, plutôt que de détruire l’ancienne Ukraine.

Traduit par jj, relu par Diane pour le Saker Francophone.

Slaviansk, chroniques de guerre - par Maxim Fadeïev [Vidéo intégrale]


Un documentaire exceptionnel signé Maxim Fadeïev réalisé à partir d'images filmées tout au long du siège de Slaviansk par l'armée ukrainienne entre le 3 Mai et le 11 juillet 2014 :


Vidéo traduite et sous-titrée en anglais par Kazzura

Autres vidéos de Maxim Fadeïev :

"Ici c'est Sparta, frangin!" un film de Maxim Fadeïev (Vidéo S/T)

Sur les routes de la guerre (Le Donbass sous le feu part. 8)

La guerre, c'est la guerre (Le Donbass sous le feu part. 7)

Le Nouvel an 2015 (Le Donbass sous le feu Part. 6) 

Séparatistes (Le Donbass sous le feu Part. 5)

Le Terminal (Le Donbass sous le feu Part. 4)   

vendredi 24 avril 2015

Sergueï Narychkine : Le monde n'est pas débarrassé des instincts colonisateurs


Cet article de Sergueï Narychkine, président de la Douma, chambre basse du Parlement russe, est paru dans le quotidien "Vedomosti" le 13 avril 2015 :

 Le président de la Douma Sergueï Narychkine s'exprime sur l'impérialisme américain :

Plus le règlement du conflit ukrainien est retardé et plus Kiev s'obstine à ne pas remplir les accords de Minsk, plus souvent le thème du rôle particulier des USA dans l'exacerbation de cette aventure militaro-politique ressort sur le devant de la scène. Pourquoi Kiev ne remplit pas les accords approuvés par le "quartet Normandie"? "Le président ukrainien Petro Porochenko a transgressé pratiquement tout ce qu'il avait accepté" à Minsk, écrit Steven Landman sur Thepeoplevoice.org et y voit un "ordre de Washington". L'objectif final des USA n'est pourtant pas dévoilé jusqu'au bout. Ils continuent de dicter une ligne de conduite non seulement à l'Ukraine, mais aussi à l'Union européenne. Ni les accusations d'ingérence dans la politique paneuropéenne, ni la réputation des dirigeants de deux puissances de l'UE ayant participé à la signature des accords de Minsk ne les arrêtent. Il est difficile de s'extraire au sentiment que les États-Unis ont besoin que l'effusion de sang perdure dans le Donbass pour obtenir quelque chose d'important pour eux-mêmes.

En effet, l'accès aux richesses de l'Eurasie par la "fenêtre" ukrainienne et le déploiement dans cette région de nouvelles bases militaires font partie des plans américains. Mais quand on se souvient comment ils ont fait pression sur l'UE concernant les sanctions antirusses, et sur la presse par rapport aux livraisons d'armes à Kiev, on se rend compte qu'ils ne cherchent pas à gagner du temps pour rien. L'Amérique a besoin d'une longue épopée, à l'encontre du droit international, et d'une atmosphère d'hystérie médiatique pour poursuivre le pillage économique en toute impunité. Le but final n'étant pas un avenir paneuropéen prospère pour les citoyens ukrainiens, mais la signature d'un accord économique rigoureux et global avec l'UE, où cette dernière jouera le rôle de partenaire subalterne.

En plus du Nafta déjà en vigueur depuis deux décennies (entre les USA, le Mexique et le Canada), on promeut aujourd'hui activement deux autres grands projets d'accord – avec l'UE sur le Partenariat transatlantique de commerce et d'investissement (TTIP) et le Partenariat transpacifique (TPP) avec douze États de la région. Qu'y a-t-il de mal? Toute puissance veut s'ouvrir de nouveaux marchés et avoir un maximum de partenaires commerciaux. Cependant, on préfère ne pas afficher les informations sur les accords en préparation, et ce n'est pas par hasard qu'un million d'Européens ont signé une pétition contre le TTIP. C'est seulement sous la pression de la société européenne (plus d'un an après l'approbation d'un mandat à ce sujet par la Commission européenne) qu'il a été possible d'obtenir quelques détails sur les négociations transatlantiques à huis clos.

Il y a un an, les négociations avaient mis en évidence de sérieuses divergences entre les parties. Aujourd'hui on parle d'un accord d'ici fin 2015, bien que les points litigieux soient très nombreux. Mais le plus dangereux est le piège de nouvelles restrictions très rigoureuses pour les Européens. Ainsi qu'une sérieuse diminution du rôle de l'OMC: il est difficile de s'imaginer une "coexistence pacifique" de plusieurs associations commerciales qui représentent une grande part du PIB mondial. Les deux projets sont très critiqués en Europe et dans les États d'Asie-Pacifique, mais aussi aux USA. Dans le premier cas, on entend des craintes justifiées pour le sort de segments entiers de l'économie nationale, qui se feront écraser par des secteurs plus puissants des USA. Dans le second cas, les objections (y compris au congrès) sont plus politiques. Mais faut-il douter de la capacité des USA à imposer rapidement à ses partenaires une décision? Disons aux alentours de la présidentielle américaine en 2016.

Suite à l'ouverture de deux nouvelles zones, l'OMC pourrait se retrouver en otage des règles de commerce et d'investissement élaborées à huis clos. Et tout cela pourrait entraîner une profonde crise. Y compris dans les relations politiques entre les pays et les continents à qui on imposera un nouveau modèle de relations économiques sans avoir demandé leur avis. L'histoire sait quelles conséquences sinistres peuvent être provoquées par la volonté de certaines puissances de redistribuer les richesses économiques de la planète et de "partager le monde" selon leur propre vision. Mais ces ambitions ne viennent pas de nulle part – leurs origines renvoient à l'époque coloniale. Et si certains pensent que les derniers "litiges" d'anciennes puissances coloniales ont pris fin il y a plusieurs décennies: ce n'est pas le cas. Les invasions militaires dans plusieurs régions du monde aujourd'hui sont souvent dictées par la volonté d'établir le contrôle sur une partie de la planète. A une époque, on appelait cela "néocolonialisme", aujourd'hui l'"hégémonisme" ou encore le "leadership". Cela ne change pas le fond des choses pour autant.

Bien évidemment, il est bien plus simple de prendre que de créer quelque chose de nouveau. Il est plus facile de voler que de gagner. Il est moins coûteux de nourrir l'armée que tout un peuple, et avec l'aide de celle-ci de conquérir des terres étrangères riches en pétrole, en gaz et d'autres ressources. Ou encore de transformer un pays pillé et noyé dans le sang en annexe de matières premières ou en réserve industrielle. C'est de la barbarie moyenâgeuse - peu importent la rhétorique démocratique et le voile médiatique qui l'accompagnent. Tous les nouveaux conflits qui éclatent dans plusieurs régions du monde à cause de provocations extérieures indiquent que les instincts des colonisateurs sont toujours bien vivants. Ils se manifestent avec une nouvelle force chez certains aventuriers du continent européen, et pour les USA ils sont devenus l'essence de la stratégie géopolitique. L'obéissance de l'Europe presque entière sur le plan militaire est déjà un fait, et sur le plan politique beaucoup de choses sont déjà sous contrôle. C'est au tour du commerce et des finances.

A partir de là nous, les citoyens des États européens, devons tirer des conclusions pratiques importantes pour une nouvelle union des forces pour un ordre mondial juste fondé sur le droit. Et nos frères ukrainiens doivent réfléchir au véritable rôle imparti à leur pays par le "metteur en scène" de l'autre côté de l'Atlantique. Après tout, pour les USA la tragédie de leur Patrie n'est même pas un second rôle, mais un simple épisode. Et peu importe le nombre de victimes. Un bain de sang est une toile de fond habituelle pour les exploits du "héros principal" selon les normes hollywoodiennes.

Kiev : Obsèques d'un journaliste d'opposition ukrainien assassiné [vidéo]

Obsèques d'Oles Bousina à Kiev, le 19.04.2015

 Suite de l'article précédent :
Enquête sur les morts en séries d'opposants au régime ukrainien (Traduction et sous-titres français par Thalie Thalie) :










Pour en savoir plus sur les assassinats politiques en Ukraine : 
Kiev a lancé une vague d’assassinats d’opposants politiques

Des eurodéputés PPE veulent une UE prête à la guerre contre la Russie

La Renaissance de l'Occident, co-écrit par Roland Freudenstein

Des propos belliqueux ont animé une réunion organisée par le groupe de centre-droit PPE (Parti populaire européen) au Parlement européen le 21 avril. Les eurodéputés ont prévenu que la prochaine cible de la Russie serait les pays baltes et que la meilleure des dissuasions était d'être prêt à entrer en guerre.

Tunne Kelam, l'eurodéputé qui a présidé la réunion, a déclaré que la Russie était devenue l'adversaire de l'UE et que sa prochaine cible serait les pays baltes. La crédibilité de l'Occident serait alors mise à l'épreuve, a-t-il estimé.
En tenant ce discours, il a fait écho aux remarques du président estonien, Toomas Ilves, qui a déclaré il y a quelques jours que le manque d'engagement de l'OTAN pour défendre son pays pourrait mener à la fin de l'alliance.
L'eurodéputé roumain, Cristian Dan Preda, coordinateur à la commission des Affaires étrangères au sein du groupe PPE, a quant à lui déclaré qu'une majorité de Roumains pensaient que Poutine continuerait ainsi jusqu'à ce qu'il unisse la Russie à la Transnistrie en Moldavie, et ce, via les territoires sud de l'Ukraine.
Roland Freudenstein, directeur adjoint et directeur de recherche au Martens Centre, le groupe de réflexion du PPE, est allé encore plus loin, en disant que Vladimir Poutine voulait détruire, au moins moralement et politiquement, les deux grandes institutions euroatlantiques : l'UE et l'OTAN.

Ayant récemment co-écrit un livret publié par le Martens Centre intitulé La Renaissance de l'Occident, Roland Freudenstein regrette que, malgré la visibilité de la nouvelle menace russe, la question « sommes-nous prêts à entrer en guerre ? » n'ait pas été sérieusement et publiquement examinée.
« Cela doit changer [...] Nous devons montrer clairement que oui, nous sommes prêts à entrer en guerre pour sauvegarder les principes existentiels à l'avenir de l'Europe », a-t-il affirmé.

Dissuasion nucléaire
Rolan Freudenstein a également soutenu que l'Occident devrait revenir au concept de dissuasion, ajoutant que cela inclut la dissuasion nucléaire.
« En Allemagne, la dissuasion nucléaire actuelle de l'OTAN consiste en 20 bombes lisses rouillées, de type B-61, qui peuvent être détruites par un seul tir des forces russes. Certaines choses doivent changer, nous devons nous ressaisir », a-t-il déclaré, reconnaissant quand même que ces questions sont très difficiles à aborder en public.
Selon lui, les dirigeants occidentaux devraient dire aux Russes « oui, nous vous entendons, oui, nous comprenons ce que vous dites, nous pensons juste que vous avez tort ».

La diplomatie russe parodiée
Quant aux compétences diplomatiques russes, Roland Freudenstein a pris pour exemple une conférence internationale organisée il y a trois ans où plusieurs intervenants avaient critiqué la position agressive de la Russie envers la Géorgie.
Se lançant dans une saynète théatrale, Roland Freudeunstein s’est amusé à imiter l'ambassadeur russe auprès de l’UE, Vladimir Chizhov, avec un fort accent russe en disant : « S'il vous plait mes amis, nous avons tant en commun. Souvenez-vous de notre passé commun ». L'intervenant géorgien, que Roland Freudeunstein a également imité dans un anglais parfait aurait alors répondu : « Nous nous souvenons, Mr l'Ambassadeur, nous nous en souvenons tous les jours ».
« Ce qui était frappant c'est que Vladimir Chizhov n'imaginait même pas que quelqu'un, un non-Russe, puisse penser qu'il y avait quelque chose de terrible à propos de ce passé commun [sous l'Union soviétique]. C'est ce que nous devons essayer de leur faire comprendre. Je ne sais pas si nous y parviendrons, mais nous devons essayer », insiste Roland Freudenstein.
Selon lui, les Européens qui espèrent encore un retour au statu quo avec la Russie se trompent. S’appuyant sur une idée développée dans le livret La renaissance de l'Occident, il a rappelé que le conflit entre Vladimir Poutine et l'Occident ne se terminerait que quand le dirigeant russe « quitterait le Kremlin, de quelque manière que ce soit ».
« C'est un jeu à somme nulle», a-t-il commenté.
Selon Roland Freudenstein, le Martens Centre a préparé une autre publication intitulée Museler l'ours, traitant de la façon de répondre à la propagande russe.

Faucons
Jacek Saryusz-Wolski, vice-président du groupe PPE, a déclaré en plaisantant qu'avec tous ces faucons, il n'avait peut-être pas besoin de parler. Les autres « faucons » étaient l'eurodéputé Elmar Brok (CDU, Allemagne), président de la commission des Affaires étrangères, l'eurodéputée Sandra Kalniete (Lettonie), vice-présidente du groupe PPE et responsable de la politique de voisinage, l'eurodéputé Gabrielius Landsbergis (Lituanie), rapporteur du Parlement européen sur l'état des relations UE-Russie, entre autres.
Jacek Saryusz-Wolski a rappelé que les pays d'Europe centrale et orientale signalaient depuis longtemps les véritables intentions de Vladimir Poutine, mais ces avertissements ont toujours été rejetés par les partenaires occidentaux et perçus comme anti-russes. « Ceux qui avaient tort devraient le reconnaître », a-t-il insisté.

La Russie ce n'est pas juste Vladimir Poutine, a-t-il poursuivi, c'est aussi le pays de personnalités comme Boris Nemtsov, Andrei Sakharov ou Anna Politkovskaya.
« Notre meilleur moyen d'influencer la société russe est de montrer qu'une vie différente est possible, même dans la sphère post-soviétique. Si nous gagnons avec l'Ukraine, nous gagnerons un jour avec la Russie. Si nous échouons avec l'Ukraine, Poutine gagnera », a-t-il déclaré.

Message aux dirigeants européens
« Le temps des négociations et de la persuasion est terminé. « Il est temps que nous passions à une politique plus ferme, plus réaliste, et que nous nous concentrions sur la défense et la sécurité, car le flanc oriental de l'UE se sent profondément menacé », a-t-il affirmé.
Puis, dans un message apparemment adressé aux dirigeants européens qui se réuniront demain (23 avril) pour un sommet extraordinaire, il a déclaré : « Un dernier mot à ceux qui ne se trouvent pas dans cette salle. La partie sud de l'UE ne parviendra pas à obtenir l'engagement des pays de l'est de l'UE sur le sujet de l'immigration, qui est le thème du sommet extraordinaire, si elle continue à ne pas comprendre, ou à ignorer, les menaces existentielles auxquelles les pays de l'est font face. ».

euractiv

Enquête sur les morts en séries d'opposants au régime ukrainien [Vidéo]

Le journaliste d'opposition ukrainien assassiné Oles Bousina
Voici une vidéo-enquête en deux parties sur les meurtres en séries d'opposants au régime de Kiev et leur traitement (ou absence de) par les médias occidentaux, par Vincent Parlier :

Vidéo en français réalisée par Vincent Parlier (1ere partie)


Enquête sur les assassinats d'opposants ukrainiens (2eme Partie)

La réaction au meurtre d'Oles Bousina par le journaliste ukrainien en exil Anatoly Shary :

Traduction et sous-titres français par YD ("Thalie Thalie")

PS :
L'extrait de la conférence d'Oles Bousina à Paris vient de la vidéo suivante publiée par "Les Journées du Livre Russe" lors de la rencontre "La langue russe en Ukraine et en Biélorussie":


La pseudo-gauche et la catastrophe libyenne


Outre Barack Obama et Hillary Clinton, Nicolas Sarkozy en France et David Cameron au Royaume-Uni, il y en a d'autres qui ont le sang des réfugiés noyés en Méditerranée sur les mains. Il s’agit de la fraternité internationale des intellectuels et des groupes de la pseudo-gauche qui ont applaudi les interventions impérialistes, soutenu la guerre des Etats-Unis et de l’OTAN contre la Libye comme une mission de sauvetage « humanitaire» et ont même proclamé que les événements libyens étaient une « révolution ».

Juan Cole
Le professeur Juan Cole de l’Université de Michigan est représentatif de cette couche sociopolitique. Il avait transformé son site web très regardé Informed Comment (Commentaire éclairé) en véhicule déclaré de propagande pour la guerre impérialiste.
« J’encourage sans complexe le mouvement de libération et je suis content que l’intervention autorisée du Conseil de sécurité [des Nations Unies] les ait sauvés d'un écrasement », écrivait le professeur Cole en mars 2011, dans une « Lettre ouverte à la gauche ».
Il écrivait avec sarcasme qu'il voulait « exhorter la gauche à apprendre à mâcher du chewing-gum et à marcher en même temps ». Il voulait dire par là qu’il fallait apprendre à s’arranger de façon pragmatique avec l'impérialisme, à décider quelles guerres américaines de changement de régime on devrait soutenir en s’appuyant sur ce qu’il appelait le « cas par cas ».
Il rejetait toute suggestion que son « mouvement de libération » était mené par des éléments liés à Al-Qaïda, malgré les nombreuses preuves existant à l'époque, pour ne pas mentionner la confirmation sanglante donnée depuis. Il avait attaqué de la même façon toute suggestion que l'administration Obama avait été motivée par autre chose que les plus pures « préoccupations humanitaires ». Cole a qualifié de « bizarres » les accusations que les USA et leurs alliés impérialistes visaient à établir leur domination sur la Libye et ses réserves de pétrole et de priver leurs rivaux, principalement la Chine, de l’accès à ces ressources.
Ne laissant aucun doute quant à sa loyauté, Cole avait proclamé fièrement: « Si l'OTAN a besoin de moi, je suis là ».
Le dernier article majeur de Cole sur la Libye a été écrit en Juin 2012. Après avoir passé quelques jours dans le pays, il a écrit un compte-rendu enthousiaste où il raillait « une sorte de légende noire de la Libye, qui serait devenue un État défaillant chaotique, où il y a des miliciens armés partout, où tout le monde est un sécessionniste, où le gouvernement de transition ne fait rien, et où les gens d'origine subsaharienne sont molestés dans les rues, etc., etc. ».
Maintenant que tous les éléments de cette « légende noire » sont manifestes et incontestables, Quelle est l’évaluation de Cole ?
En février dernier, dans un billet sommaire sur le bombardement égyptien de la Libye en réponse à la décapitation de masse de chrétiens coptes, Cole a écrit que ISIS (l’Etat islamique) avait gagné « des petites têtes de pont en Libye en raison d'un vide du pouvoir ». Il ajoutait de façon rassurante que « les Etats révolutionnaires tombent souvent dans la violence politique, comme en témoigne la Vendée en France après 1789, dans le cadre du processus de création de nouvelles formes de légitimité ».
Cole qui est historien prostitue sans vergogne sa crédibilité universitaire pour répondre aux besoins du département d'Etat américain en matière de propagande. S’il y a un « vide du pouvoir » en Libye, c’est précisément parce qu'il n’y pas « d’Etat révolutionnaire » qui commande l'allégeance du peuple libyen. Comparer le présent affrontement entre bandes d’islamistes et chefs de guerre nombreux pour le contrôle des puits de pétrole et du territoire libyens avec la suppression par les Jacobins du soulèvement paysan, dirigé par les catholiques et les royalistes, contre la Révolution française, est un acte de crétinisme intellectuel.
Cole n’a pas été, loin s’en faut, le seul à prendre le train de la guerre « humanitaire » des USA et de l’OTAN. Le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) était un partisan enthousiaste de la guerre contre la Libye [LIEN]. Alors que la guerre se dirigeait vers son dénouement sanglant, le NPA a déclaré qu’en conséquence de ce « processus révolutionnaire…, » c’était une nouvelle vie qui s’ouvrait pour le peuple libyen. Il s’est enthousiasmé, disant que la liberté, les droits démocratiques, l’utilisation des richesses dues aux ressources naturelles pour la satisfaction des besoins fondamentaux du peuple étaient maintenant à l’ordre du jour.
Que dit le NPA maintenant sur ​​ses prédictions élogieuses? La « nouvelle vie » qu'il a promise aux Libyens n’est qu’une réalité de violence incessante, d'effondrement économique et de dévastation sociale.

Les amis de Bernard-Henri en plein processus révolutionnaire

La liberté et les droits démocratiques? La torture, les exécutions sommaires et les emprisonnements arbitraires sont monnaie courante. Pour ce qui est de la richesse des ressources naturelles, l'économie est en chute libre, s’étant contracté de 30 pour cent l'année dernière. La production de pétrole, qui représente quelque 80 pour cent du produit intérieur brut du pays, est tombée à moins d'un cinquième de ce qu'elle était avant la guerre des Etats-Unis et de l’OTAN. Les écoles et les hôpitaux, autrefois les plus avancés dans la région, ont été fermés dû aux combats. Les pannes d'électricité sont fréquentes, tout comme les pénuries de nourriture, de carburant et de fournitures médicales.
Le parti La Gauche en Allemagne, l'International Socialist Organization aux États-Unis, le Socialist Workers Party en Grande-Bretagne et un certain nombre d'autres groupes de la pseudo-gauche ont tous pris du service pour l'impérialisme. Ils ont soutenu les « rebelles » pro-impérialistes et aidé à habiller une intervention brutale pour des intérêts pétroliers et géostratégiques en une croisade pour la protection des civils et la promotion de la démocratie et des droits de l’homme.
Cette orientation vers l'impérialisme « humanitaire » n’a ni commencé ni fini avec la guerre criminelle en Libye. Cette nouvelle base de l'impérialisme avait fait ses débuts avec le soutien de ces organisations pour les bombardements « humanitaires » des USA et de l’OTAN contre l'ex-Yougoslavie en 1999. Tout comme pour la Libye, l'intervention avait été organisée sous prétexte de sauver les Albanais du Kosovo d'un massacre supposé aux mains des Serbes et a occasionné par la suite une hausse vertigineuse du nombre de morts.
Quel a été le résultat de cette guerre « humanitaire » et de « libération », conclue il y a 15 ans? Le Kosovo, un territoire où vivent 1,8 millions de personnes, reste économiquement, politiquement et socialement non viable, dominé par la pauvreté, le crime organisé et la corruption. Le taux de chômage y est de 45 pour cent – 60 pour cent pour les jeunes – et des dizaines de milliers de personnes quittent le pays en flux continu.
Et, bien sûr, en Syrie, toutes ces organisations politiques se sont alignées sur une guerre par procuration pour un changement de régime soutenu par les Etats-Unis, leurs alliés européens et ceux des régimes monarchiques les plus réactionnaires du Moyen-Orient. Une fois de plus, elles ont qualifié de « révolution » une sale guerre impérialiste et ont rejeté les preuves accablantes qui montraient que les principales forces armées mobilisées contre le régime Assad se composaient de milices islamistes liées à Al-Qaïda. Comme en Libye, le résultat a été la dévastation de toute une société.
La tentative des groupes de la pseudo-gauche de faire passer l’intervention impérialiste pour une « révolution » a atteint son apogée ou plus précisément son nadir avec le coup d'Etat orchestré par les Etats-Unis à Kiev. Il a été soutenu par ces groupes comme une révolte de masse d’Ukrainiens pour la démocratie, selon le NPA. Le chef d'une organisation pabliste russe [organisation sœur du NPA] est allé jusqu'à faire l'éloge des voyous néo-fascistes qui ont dirigé le coup d'Etat comme étant « la partie la plus combative et la plus militante du mouvement ».
Toutes ces organisations portent la responsabilité morale et politique des catastrophes que ces interventions impérialistes ont provoquées dans un pays après l’autre. Leur alignement sur les guerres sanguinaires d'agression au nom des « droits de l’homme » n’est pas un hasard et ne peut être attribué à la simple bêtise politique. Il reflète l'alignement sur l'impérialisme d'une couche de la classe moyenne supérieure privilégiée, y compris des éléments du milieu universitaire et des médias, dont les intérêts sociaux s’expriment dans la politique de ces groupes.
(Article original publié le 21 avril 2015)

Par Bill Van Auken (WSWS)