jeudi 31 mars 2011

Todd décrypte la décomposition de la droite française


Emmanuel Todd par franceinter

Emmanuel Todd par franceinter

Emmanuel Todd revient sur les "concepts-zombies" dont il prédit la fin prochaine; sur l'erreur funeste consistant à vouloir imiter l'Allemagne dont la structure anthropologique familiale est fondamentalement différente de celle de la France, d'où un tissu industriel, social et démographique totalement incompatible entre les deux pays; et sur l'idée profondément erronée que se fait la droite française (sarkozyste) de son électorat en le considérant, sous l'influence néfaste de "l'idéologie française" de l'imposteur BHL, comme intrinsèquement raciste, ce qu'il n'est pas, et s'enfonçant dans cette erreur avec obstination malgré les échecs électoraux à répétition qu'elle subit en conséquence.
Un parti (l'UMP) tellement déconnecté de la population, qu'il est incapable de comprendre ses vraies préoccupations et va finir par imploser sous le poids de son mépris du peuple et de son entêtement. "La vérité du peuple français, c'est qu'il n'est pas raciste, il est malheureux." conclue-t-il.

mercredi 30 mars 2011

Libye : Se poser les bonnes questions


Le journaliste belge Michel Collon nous invite à plus de prudence concernant le conflit en Libye. 

Toutes les guerres sont précédées de grands "média-mensonges"."Les grandes puissances n'ont pas de principes, seulement des intérêts" disait cette vieille raclure d'Henry Kissinger. Deux concepts essentiels qu'il ne faut jamais négliger.

Pourquoi "l'occident" n'intervient-il systématiquement que dans les pays pétroliers et/ou géostratégiques ?

S'il y avait vraiment un massacre en Libye, n'y avait-il vraiment aucun autre moyen pour l'arrêter qu'un bombardement massif par des centaines de missiles de croisière à l'uranium appauvri ? 

Pourquoi les offres de médiations, du Venezuela ou de l'Union Africaine notamment, ont-elles été systématiquement refusées par les US, la France et le CNT Libyen ?

Que penser des affirmations d'un journal Italien sur cette affaire ? (*)

Cette intervention est-elle vraiment légale ?

Et surtout, pourquoi BHL dirait-il subitement la vérité ???

Beaucoup de questions qui sont plus que légitimes.

(*) Pas très crédibles selon moi, étant donné la précipitation désordonnée et l'improvisation dans laquelle cette opération a été lancée. le scénario ne cadre pas vraiment avec la théorie.

jeudi 24 mars 2011

Todd : « Face au FN, il faut rompre avec deux concepts-zombies : le libre échange et l'euro »



Dans une interview exclusive à Marianne2.fr, Emmanuel Todd actualise les thèses de son livre Après la démocratie (Gallimard) pour nous proposer une grille de lecture inédite du premier tour des élections cantonales. Pour lui, c'est la double erreur historique des élites concernant l'euro et le libre-échange qui explique la montée du Front national dans les classes populaires et même dans des zones sans immigration.

Lire sur Marianne2

dimanche 20 mars 2011

La France, nouvelle petite main du micro-militarisme théatral US


Un article du journaliste-système Bruno Roger-Petit plus motivé en réalité par l'anti-sarkozysme que par une recherche de vérité mais quelques parts de vérité s'y glissent quand même incidemment. (Voir les réserves du Connétable en fin d'article.)

Libye : pourquoi la télévision française cache-t-elle que Sarkozy est sous commandement américain ?

Depuis hier, les télévisions françaises, reprenant sans vérifier les informations "storytellées" de l'Elysée (faut quand même admettre que la machine est bien rodée) nous bassinent avec le leadership français que la France se serait attibuée dans la décision d'intervenir dans l'affaire libyenne et dans l'action militaire qui s'est engagée par la suite. "La France en première ligne", "Sarkozy, commander in chief", "La France frappe la première", "Les avions français ont été engagés les premiers", "Le leadership français contre Kadhafi"... Toute la journée de samedi a été consacrée à la récitation de cette belle histoire. Sans notre glorieux président, héritier de César,Talleyrand, Charles XII de Suède, Bismarck, Clausewitz, Sun Tzu, Ike et Churchill, rien n'aurait été possible.

Soumis à ce déluge uniforme autant qu'univoque, il est alors bon de se pencher sur la couverture des mêmes événements par la presse américaine, entre New York Times et Washington Post, organes de presse qui ont fait leur preuve en matière d'indépendance et de sérieux. Cette lecture permet (hélas, je dis bien hélas..) de mesurer l'écart entre la "vérité sarkozyste" telle que les télévisions françaises la serinent depuis hier et la dure, froide et objective réalité. De cette lecture, on peut tirer deux leçons :

1/ Ce sont les Etats-Unis, seuls, qui ont décidé qu'il était enfin possible de se lancer dans l'opération diplomatique ouvrant la voie à l'emploi de la force contre la Libye.

2/ Une fois ces opérations entamées, la France sarkozyste a été placée sous commandement américain et obéit depuis au doigt et à l'oeil à ce que disent et décident Hillary Clinton et le président Obama.

On reprend.

1/ Un article visiblement très bien informé du New-York Times (à lire ICI en VO) décrit le processus qui a mené Obama à se décider à intervenir en Libye. Ce sont trois femmes, Hillary Clinton, Susan Rice (ambassadeur américain à l'ONU) et Samantha Powers (conseiller au National security council) qui ont convaincu Obama jeudi dernier (soit AVANT le show Juppé de vendredi devant le Conseil de sécurité) qu'il était possible d'intervenir sans risquer de se lancer dans une opération débouchant sur un nouvel Irak. Le président américain a pris sa décision parce qu'il a été alors convaincu par ces trois femmes que les pays arabes et africains l'approuveraient et ne verraient pas en lui un néo-Bush.

Par la suite, les Américains ont laissé les Français être les petits télégraphistes de leur décision, décision sans laquelle rien n'était possible. En clair, si les trois femmes en question n'avaient pas convaincu Obama, Juppé, Sarkozy et leur résolution se seraient fait retoquer à l'ONU. Du reste, il suffit pour s'en convaincre de lire attentivement le papier du NYT consacré aux coulisses du VRAI pouvoir où s'est joué la prise de décision contre Kadhafi : le nom de Sarkozy n'y apparait pas une fois...

2/ Quant au leadership français dans la direction des affaires militaires depuis hier, un autre article du Washington Post (à lire ici en VO) vient réduire la communication sarkozyste sur le sujet à l'état de fable pour les enfants. En effet, dans cet article faisant le point sur le début des opérations militaires contre les troupes de Kadhafi, le Washington Post précise que l'ensemble de ces opérations est placée sous le commandement des forces américaines en Afrique. "The French sorties were followed quickly by the wave of missile strikes against Libyan air defenses. More than two dozen warships and a large number of warplanes made up the initial strike force, which was led by the U.S. military’s Africa command, a senior U.S. military official said." Encore une fois, la réalité est cruelle : si leadership français il y a, il s'agit d'une politesse faite par les Américains à la France de Sarkozy, "Messieurs les Français, tirez les premiers... Parce que ça nous arrange..." Rien de plus.

Tout bien considéré, c'est assez accablant. Le président français, en campagne permanente, est en train d'instrumentaliser une juste (1) opération militaire internationale en opération de communication personnelle dans le but de grapiller quelques points dans les sondages, le tout en racontant, pour faire les gros titres de l'actualité, une fable que la lecture des meilleurs journaux américains vient balayer en deux temps trois mouvements. Il est bien triste de constater que le président français ne peut donc rien faire, même pour livrer un juste combat, sans que cela soit nécessairement destiné à satisfaire son narcissisme exacerbé et sa campagne électorale permanente.

Bruno Roger-Petit

Sources : New York Times

(1) Note de Bertrand : Employer le terme "juste" à propos de cette opération militaire est un terrain glissant sur lequel je ne me risquerais certainement pas.
En tout cas, une chose me parait évidente  : si les choses se passent bien (peu probable), TOUS les bénéfices seront pour les anglo-saxons; si les choses se passent mal (beaucoup plus probable), TOUS les reproches seront pour les français. En d'autres temps, on appelait cela :"Travailler pour le roi de Prusse".
  CQFD

PS : à lire en complément :  Intervention en Libye : la France est placée sous commandement américain par Jean Guisnel

vendredi 18 mars 2011

L'Amérique n'impressionne plus les Tunisiens

 Admirez la pétillance du regard de la secrétaire d'état

Sale temps pour la diplomatie occidentale en cette ère de Révolution en Tunisie. A la question posée par une consoeur à l'ambassadeur de France : "Quelle leçon la France ne nous donnera pas maintenant" (et qui l'a mis en rogne !). L'un de nous aurait pu, le 17 mars, si la conférence de presse avait eu lieu au ministère des Affaires étrangères, poser cette question à Madame Clinton : "Quelle menace nouvelle inventera l'Amérique pour tenir la Tunisie en laisse ?" [Une centaine de personnes opposées à la venue d'Hillary Clinton en Tunisie avait organisé un sit-in devant le siège du ministère des Affaires étrangères où des mesures de sécurité draconiennes avaient été mises en place, donnant lieu à des tensions entre les équipes de sécurité tunisiennes et américaines. La conférence a finalement eu lieu au siège du Premier ministre à la Kasbah après plus de trois heures de retard].


L'Oncle Sam a fabriqué Ben Laden et à ses yeux, Ben Ali "se justifiait" parce qu'il représentait "un rempart contre la mouvance intégriste ou ce qu'il  appelle le terrorisme". Et puis, les Tunisiens n'oublieront pas que Washington a pris son temps pour applaudir à la Révolution tunisienne. Et maintenant, que les choses se clarifient aux yeux de la Maison Blanche, Madame Clinton affirme "l'engagement américain à soutenir la transition démocratique tunisienne, politiquement et financièrement".

Politiquement, on sait que l'Amérique, pays d'un bipartisme de fait, serait très à l'aise  si une bonne centaine de partis politiques s'installaient sur l'échiquier au nom du respect des sensibilités. Et gare à écorcher les sensibilités religieuses ! Mais sur le plan financier, on ne sait pas vraiment comment vont s'y prendre les Américains.

Cela dit, la démarche américaine reste la même : sa diplomatie consiste immanquablement à faire brandir des menaces. Après Al-Qaïda, voilà que Hillary Clinton agite celle de Kadhafi. "La Tunisie sait très bien que si Kadhafi ne s'en va pas, il va très probablement créer des ennuis chez vous, en Egypte et à n'importe qui d'autre, c'est dans sa nature", a-t-elle déclaré sur Nessma TV. Cela ressemble a du chantage. C'est comme si elle demandait à la Tunisie - comme elle y avait fait allusion en Egypte [où Hillary Clinton s'est rendue le 15 et 16 mars]  - à aider à renverser Kadhafi. Et alors, on ne sait pas vraiment ce qu'est venue faire Madame Clinton. Que nous a-t-elle apporté ? A moins qu'elle ne soit venue prendre, chez nous, la température de la Libye. Quant à la parodie de sa conférence de presse, elle restera dans les annales. Bel échantillonnage de liberté d'expression. Il est vrai qu'elle ne pouvait pas bouger à son aise, comme quelques années en arrière, à Sidi Bousaïd, au centre Ettadhamen et à travers les associations mafieuses d'une certaine... Leïla Ben Ali.

courrier international

mercredi 16 mars 2011

Comment les soit disant gardiens de la liberté d’expression musèlent le messager

(JPG)
L’hypocrisie des USA et de la Grande Bretagne qui cherchent actuellement un prétexte pour envahir un autre pays arabe riche en pétrole, nous est familière.

Le colonel Kadhafi est "fou" et "assoiffé de sang" tandis que les auteurs de l’invasion d’Irak qui a coûté la vie à un million d’Irakiens, ceux-là mêmes qui ont kidnappé et torturé en notre nom, sont, eux, tout à fait sains d’esprit et pas le moins du monde assoiffés de sang et s’autoproclament une fois de plus les arbitres de la "stabilité".
Mais quelque chose a changé. La réalité n’est plus ce que les puissants décident qu’elle doit être. De toutes les révolutions qui secouent actuellement la planète, la plus intéressante est l’insurrection de l’information que Wikileaks a déclenchée. Ce n’est pas une idée nouvelle. En 1792, le révolutionnaire Tom Paine a alerté ses lecteurs sur le fait que leur gouvernement pensait "qu’il faut tromper le peuple et le maintenir dans une ignorance superstitieuse en brandissant quelque vision cauchemardesque". L’ouvrage "Les droits de l’homme" de Paine a été considéré comme une telle menace par les élites au pouvoir qu’elles ont ordonné à un Grand Jury qui délibère à huis clos de l’accuser d’être " un dangereux conspirateur et un traître". Il a été assez avisé pour aller se réfugier en France.
La Fondation pour la paix de Sydney a fait référence au calvaire et au courage de Tom Paine quand elle a remis à Julian Assange la médaille d’or australienne du prix des droits de d’homme. Comme Paine, Assange est un non-conformiste qui ne sert aucun système et qui est menacé par un grand jury qui délibère à huis clos, une instance sinistre à laquelle la Grande Bretagne a renoncé mais pas les USA. S’il est extradé aux USA, il peut très bien disparaître dans le monde kafkaïen qui a engendré le cauchemar de la baie de Guantanamo et qui accuse maintenant Bradley Manning, la source présumée de Wikileaks, d’avoir commis un crime passible de la peine de mort.
Si l’appel qu’a fait Assange devant la Cour britannique contre son extradition vers la Suède devait être rejeté, il serait probablement enfermé, une fois l’acte d’accusation émis, sans pouvoir communiquer et sans pouvoir bénéficier de la liberté provisoire sous caution, jusqu’à son procès à huis clos. L’accusation portée contre lui avait déjà été considérée comme irrecevable par un procureur respecté et elle n’a été relancée que lorsqu’un politicien de droite, Claes Borgstrom, a affirmé en public la "culpabilité" d’Assange. Borgstrom, un avocat, représente à l’heure actuelle les deux femmes concernées. Il a comme associé Thomas Bodstrom qui, quand il était le ministre suédois de la justice en 2001 a été impliqué dans le kidnapping de deux réfugiés égyptiens innocents par la CIA à l’aéroport de Stokholm. Plus tard, la Suède a été obligée de leur octroyer des dommages et intérêts en réparation des tortures qu’ils avaient subies.
Ces faits ont fait l’objet d’un communication au parlement australien de Canberra le 2 mars. En soulignant que pesait sur Assange la menace d’une énorme erreur judiciaire, l’expert responsable de l’enquête a mis en évidence que, selon les standards internationaux de justice, le comportement de certains officiels suédois pouvait être qualifié de "hautement inapproprié et répréhensible [et] ne permettrait pas un juste procès". Un ancien diplomate australien haut placé, Tony Kevin, a décrit les liens étroits qu’il y avait entre le premier ministre suédois, Frederic Reinheldt, et la droite républicaine étasunienne. Selon lui "Reinheldt et [George W. Bush] sont des amis". Reinheldt a attaqué Assange publiquement et a engagé Karl Rove, l’ancien copain de Bush, pour le conseiller. Tout cela augure très mal des chances qu’a Assange d’échapper à une extradition de la Suède vers les USA.
L’enquête australienne a été ignorée en Grande Bretagne où l’on a un faible pour la farce noire. Le 3 mars, le Guardian a annoncé que Stephen Spielberg rêvait de réaliser un "film à suspense dans le genre de "Tous les hommes du Président" à partir du livre "Wikileaks : Inside Julian Assange’s War on Secrecy" (la guerre intérieure de Julian Assange contre le secret). J’ai demandé à David Leigh qui avait écrit le livre avec Luke Harding, combien Spielberg avait payé le Guardian pour les droits d’auteur et combien il comptait gagner personnellement. "Je n’en ai pas la moindre idée" m’a répondu, à ma grande surprise, "le directeur d’enquêtes" du Guardian. Le Guardian n’a pas donné un sou à Wikileaks pour le trésor de fuites que ce dernier a trouvé. C’est pourtant Assange et Wikileaks -et pas Leigh ni Harding- qui sont à l’origine de ce que le directeur du Guardian, Alan Rusbridger, appelle "un des plus grands scoops journalistiques des 30 dernières années".
Le Guardian ne cache pas qu’il n’a plus besoin d’Assange. C’est un cowboy solitaire incapable de s’intégrer au monde du Guardian et qui s’est révélé un négociateur exigeant et insociable. Et courageux. Dans l’histoire autocentrée que le Guardian écrit dans ses colonnes, Assange est amputé de son l’extraordinaire courage. Il devient une personne sans importance qui fait sourire, un "australien bizarre" dont la mère "a des cheveux crépus" et que le Guardian insulte gratuitement en le traitant de "sans coeur" et de "personne perturbée" qui "a des tendances autistiques". Comment Spielberg décrira-t-il l’assassinat de ce personnage infantile ?
Dans l’émission Panorama de la BBC, Leigh s’est empressé de colporter des ouï-dire selon lesquels Assange se ficherait de mettre en danger les gens dont les noms figurent dans les fuites. Par ailleurs Assange a catégoriquement démenti en les qualifiant de "complètement fausses dans la lettre et dans l’esprit" les allégations selon lesquelles il se serait plaint d’une "conspiration juive", allégations qui ont suivi sur Internet le torrent d’inepties qui en faisait un agent du Mossad.
Il est difficile de décrire, et encore plus d’imaginer, le sentiment d’isolement et l’impression d’être assiégé que doit avoir Julian Assange qui d’une manière ou d’une autre paie le prix fort pour avoir déchiré la façade du pouvoir cupide. Le cancer ici n’est pas l’extrême droite mais le manque de respect pour la liberté d’expression de ceux qui en gardent les frontières. Le New York Times est celui qui a le plus déformé et censuré le matériel de Wikileaks. "Nous allons remettre tous les câbles à l’administration" a dit Bill Keller, le directeur. Ils nous ont convaincus qu’il serait sage de retraiter certaines informations". Dans un article Keller insulte personnellement Assange. A l’école du journalisme de Columbia, le 3 février, Keller a dit sans détour qu’il serait dangereux de publier d’autres câbles car cela pouvait causer une "cacophonie". Le garde-barrière a parlé.
L’héroïque Bradley Manning est obligé de rester nu en pleine lumière sous l’oeil des caméras des caméras 24 heures sur 24. Grey Barns, le directeur de l’Alliances des avocats australiens a dit que les craintes de Julian Assange de "se retrouver dans une prison étasunienne de haute sécurité et d’y être torturé" étaient fondées.
Qui partagera la responsabilité d’un tel crime ?

John Pilger

Traduction : Dominique Muselet

jeudi 10 mars 2011

lundi 7 mars 2011

Todd chez Schneidermann


"Pour la modernisation d'une société, l'islam n'est pas le problème"(Todd)

Et si tout s'expliquait par la démographie ? Et si le taux de fécondité, le taux d'alphabétisation et le taux de mariages entre cousins expliquaient les révolutions arabes ? C'est la thèse, assez peu romantique, mais séduisante, développée par l'historien et démographe Emmanuel Todd dans un livre coécrit en 2007 avec Youssef Courbage, Le Rendez-vous des civilisations (éd. du Seuil). Relu à la lumière des événements de ces derniers mois, l'ouvrage est stupéfiant. Cette semaine, Emmanuel Todd est sur notre plateau pour discuter de ses théories et analyser les mutations en cours du monde arabe.


L'émission est animée par Daniel Schneidermann, et réalisée par François Rose et Dan Israel.

Chroniqueurs : Didier Porte, Anne-Sophie Jacques et La Parisienne libérée


Arret Sur Images

mardi 1 mars 2011

Tom Engelhardt : Le déclin à l’américaine dans un monde nouveau



Il faut lire l'article de l'excellent Tom Engelhardt dont voici la conclusion :

Nous ne sommes pas les Bons

Imaginez ceci : pour la première fois dans l’histoire, un mouvement d’Arabes inspire les américains du Wisconsin et peut-être d’ailleurs. En ce moment même, il y a quelque chose de nouveau sous le soleil et ce n’est pas nous qui l’avons inventé. Attention, respirez un bon coup avant de lire ce qui suit : nous ne sommes même pas les Bons de cette histoire. Les Bons étaient ceux qui réclamaient la liberté et la démocratie dans les rues du Moyen orient, tandis que les Etats-Unis se livraient eux à des numéros indécents de "déséquilibristes" en faveur de ces voyous que nous avons soutenus pendant si longtemps au Moyen orient.

L’histoire change avec une telle ampleur que tous les événements majeurs des dernières années du siècle américain – la Guerre du Vietnam, la fin de la Guerre Froide, et même les attentats du 11/9 – risquent de se voir éclipsés par les événements en cours. Pourtant, à l’intérieur de la chambre acoustique de Washington, les esprits réagissent au ralenti. Pendant ce temps, notre pays malheureux, désorienté et dérangé, avec ses infrastructures vieillissantes qui tombent en ruines, représente de moins en moins un modèle pour quiconque dans le monde (mais ça, vous ne le sauriez que de l’extérieur).

Insensible aux événements, Washington a clairement l’intention de poursuivre ses guerres et fortifier ses bases militaires permanentes, provoquant des rejets et des déstabilisations encore plus forts et encore plus nombreux, jusqu’à ce qu’il se consume de l’intérieur. C’est cela la définition du déclin à l’américaine dans un monde nouveau et imprévu. Oui, les crocs sont peut-être plantés dans la jugulaire mais n’en déplaise au général Petraeus, il reste encore à savoir quels crocs et dans quelle jugulaire.

Tandis que le soleil se lève sur le monde Arabe, l’obscurité tombe sur l’Amérique. Dans la pénombre, les Etats-Unis continuent de jouer les cartes qu’ils se sont distribuées eux-mêmes, parfois en trichant, alors même que les autres joueurs sont en train de quitter la table de jeu. Pendant ce temps, on entend au loin les hurlements. L’heure du festin a sonné et l’odeur du sang plane dans l’air. Alors, gare !

Tom Engelhardt

Lire l'article en intégralité sur : Le Grand Soir